J’ai toujours rêvé d’habiter un hôtel de passe…

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J’ai toujours rêvé d’habiter un hôtel de passe ancien et hors activité,

Retranché quelque part, perdu en plein centre-ville, seulement elle a toujours voulu

Rester près de ses enfants, de sa famille, c’est sacré, qu’elle disait tout le temps…

 Quant à Mamie, elle envisage d’aller voir son notaire pour mettre son testament à jour.

Elle m’a fait une confidence que je garde évidemment secrètement pour moi :

Elle envisage de déshériter son fils à mon profit. Dans un premier temps,

J’ai trouvé ça indélicat, car il est gentil mon père ! Je reconnais, et toi qui l’a côtoyé

Tu ne diras pas le contraire, il a des qualités, certes, mais aussi des défauts,

Et c’est ce que Mamie ne supporte plus maintenant.

Son notaire ne m’a jamais trop aimé, je t’explique. Il y a quelques années,

Il y a eu un précédent entre lui et moi au sujet de ratures qu’il avait observées

Dans les cahiers comptables du grand-père, dont j’étais son responsable aux écritures.

Lors de l’héritage de Papy, il a déduit que je voulais arranger les choses pour m’enrichir,

Ce qui n’était pas le cas, du moins pas consciemment. Alors, aujourd’hui,

Il ne me fait plus confiance… Enfin, que veux-tu, ce sont les aléas de la vie !

Avec le pain sec que maman avait trempé la veille pour ne pas étouffer

Ces pauvres pigeons parisiens, nous formions avec nos petites paluches de gosses,

Des boulettes de la grosseur d’un pépin de raisin, histoire de faire durer le plaisir !

Je me suis demandé si c’était de la bienveillance à l’égard de ces oiseaux

Dont très franchement, on n’avait rien à faire, car dans ma famille ce n’était pas

Dans nos coutumes d’aimer les animaux, t’as qu’à demander à ma mère et tu verras.

 À moins que ce ne fût tout simplement un moyen de se débarrasser du pain sec,

Car on devait le jeter de toute façon, mais lorsqu’on croit en Dieu, c’est péché de jeter…

Il m’arrive encore maintenant, si je suis à la terrasse d’un troquet,

De mettre innocemment par terre quelques-unes de mes miettes…

Pendant qu’elle se changeait, je l’attendis dans le couloir, mais la porte était entrebâillée,

Je pus la voir, comme dans certains films avec Monica Vitti, mettant ses bas de soie noirs

Dans une gestuelle d’une sensualité inoubliable pour l’adolescent que j’étais.

Je ne pouvais détacher mes yeux de ce corps, tout ce qu’elle me montrait je le voyais

Avec son consentement complice. Timide comme un gosse coupable pris la main dans le sac,

Je rougissais comme une tomate mure sur le point d’éclater. Je n’en pouvais plus

De ce jeu douloureux, alors je fuis tel un voleur, puis retrouvant mon calme dans la rue,

Je marchais plus lentement, parcourant ma ville, plus apaisé.

 Première partie (cliquez ici)

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