Maman n’est pas venue me dire bonsoir

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Et tout cela pour vous dire :  » Maman n’est pas venue me dire bonsoir. « 

Cette phrase-là vous l’attendiez avec impatience, alors ne privons pas votre plaisir,

Je vous la donne comme un enfant tend ses lèvres au sein de sa nourrice

Pour en tirer un peu de miel et beaucoup d’amour. Tout le reste n’est que broutille,

Je suis dans ma chambre à Combray, chez mes grands-parents et tout va bien.

Il est dix heures. Il est temps de me lever, sachant qu’il me serait possible de faire la sieste

À tout moment de la journée, si le besoin s’en faisait sentir.

Bien des années ont passé depuis Combray, et la dame chez qui je suis aujourd’hui

Au moment même où je vous parle, me fiche la paix toute la journée,

Elle préfère la nuit pour exister, quant à moi, soit je l’accompagne, soit je reste là

À ne rien faire du tout. Je laisse défiler, comme dans un film, ces images

Des chambres où j’ai vécu, tout au long de ma belle vie, des périodes

Plus ou moins bonnes, des moments aux facettes multiples.

Sur un sofa, je m’allonge près de la cheminée, ma figure d’ange s’ouvre à celle

M’offrant le gite et le couvert. Il n’y a pas de lit à baldaquin,

Mais un parfum au vétiver que je n’aime pas du tout.

Je regarde le pendule, c’est fou comme le temps passe tout le temps de la même façon.

Il m’arrive parfois de me regarder dans la glace, je m’étire comme un malade.

Je suis bien éveillé maintenant, mais je ne cesse de penser au temps et aux lieux

De ma jeunesse. Mentalement, je visite la maison de ma grand-mère qu’on appelait Suzy

Pour la faire raller, elle n’aimait pas ce prénom attribué par son mari,

Jadis travaillant dans la liqueur, mais dont l’entreprise fut un jour liquidée bêtement.

Avec ma mère et ma grand-mère, nous avions l’habitude, à la fin des après-midis,

De penser à des préoccupations dont j’étais le principal acteur. Parfois pour se distraire,

Elles s’amusaient avec une lanterne à projeter des couleurs vives sur le visage embrumé

Du dormeur que j’étais, mais tout cela ne m’amusait guère, je préférais de loin

Rester seul dans ma chambre, là où rien ne dérange mes habitudes de jeune vieux garçon

Déjà symptomatiquement marqué. Il m’arrivait presque toujours de prendre un livre

Pour oublier ces femmes habitant le même toit que moi, j’y voyais Golo

Sortant d’une vaste grotte pour sauver une fille qui n’était pas ma mère…

On y parlait de royaumes et de je ne sais quoi d’autre, il y avait des ombres effrayantes

Glissant sur cette pauvre enfant perdue. Le château était jaune et le ciel bien bleu.

Pendant ce temps-là, ma grand-mère hurlait dans la cuisine plus fort que notre héros,

Mais Golo s’en foutait, il s’occupait de la jeune fille qu’il avait à sauver.

 Première partie (cliquez ici)

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