C’était devenu une idole, un Johnny…

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Peut-être pas un placard, mais un p’tit réduit de rien du tout, dans le couloir,

Et pour y accéder il y avait une petite porte avec l’inscription suivante : DÉBARRAS.

Notre héros avait accepté cette humiliante situation sans précédent dans les annales

De l’administration, et pour se calmer, tous les jours il lisait le journal, la rubrique

Des faits divers plus précisément, à chaque crime, il voyait son sous-chef en victime…

Transfert, dirait Freud ou Lacan, mais laissons la psychanalyse tranquille pour l’instant.

Tous les médiats l’ont mille fois questionnés, combien de fois l’ai-je vu donner de l’argent

Aux SDF ou des autographes aux cons. C’était devenu une idole, un Johnny

Un homme hors pair, surtout au lit, et de cela j’ai témoigné devant vous comme j’ai pu,

Avec mes mots, mes pauvres mots.

Tenez, par exemple, dans deux jours, il va y avoir la fête de la musique, tu crois

Qu’il va sortir pour voir « Les jeunes », être avec eux, prendre plaisir à écouter leur travail,

Reconnaître leur talent ? Pas du tout, c’est devant sa télé, son ordinateur,

Que monsieur passera sa soirée. Combien de fois sa mère lui avait dit :

Dans la foule, fait attention mon fils, on ne sait jamais, ça peut très mal tourner,

Fais attention de ne pas tomber en marchant, et tant de choses encore…

 Tout au plus, il ira à la Fnac près de chez lui, ou restera assis pendant des heures

À siroter un thé ou lire son journal. Seulement, voilà une chose que personne ne sait :

Personne n’a été autant aimé que je le fus par lui, j’ai été la seule à avoir été comblée

D’un bonheur absolu, pardonnez-moi de m’étendre ainsi devant vous,

Mais je tenais à dire la vérité, rien que la vérité, la main sur le cœur, votre honneur !

Il m’arrivait d’écouter au travers de ma porte les conversations de ces dames sur le palier,

Il me revient celle-ci où il était question de grosses asperges préparées par Mme Imbert

Lors d’un repas familial dont elle avait eu écho, et ma tante demandait à Françoise

D’agir comme Interpol pour savoir qui lui avait fourni ces légumes hors du commun.

 Mais la bonne avait l’information, c’était monsieur le curé en personne,

Il fournissait en asperges Mme Imbert. Je voudrais ici m’arrêter un instant.

C’est quoi cette question d’asperges du curé ?  Qu’elles puissent être plus grosses

Que les nôtres, qu’y avait-il de si extraordinaire ? Un curé, n’est-il pas un homme

Comme les autres ? Alors pourquoi Proust a-t-il insisté si lourdement sur ce point

En disant même qu’elles étaient aussi grosses que les bras de je ne sais plus qui ?

Pour l’heure, nous n’irons pas plus loin dans nos investigations, puisqu’il s’agit

D’une première, mais restons vigilants quant à ces associations dévoilant déjà

Un esprit tourné, j’allai dire exclusivement, vers ces choses de la sexualité des hommes…

Un jour, le chef fit irruption dans ce cagibi et se mit à beugler, à traiter l’employé

De cancrelat routinier pour avoir formulé ses lettres administratives

Comme à l’accoutumée et lui jeta son travail froissé à la figure.

À ces mots, l’autre se retint, eut chaud, très chaud,

Mais se décida à préparer une vengeance exceptionnelle et bien méritée.

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