Vous êtes un voyou, un salaud…

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Comme vous le savez, notre homme avait un pouvoir, il pouvait traverser les murs

Sans que personne ne s’en rende compte. Ce qu’il fit, en entrant seulement sa tête

Dans le bureau de son persécuteur assis à sa table de travail corrigeant comme

Un vulgaire professeur, les virgules mal placées et les fautes d’orthographe

De ses sous-fifres, lorsqu’il entendit tousser dans son bureau, levant les yeux,

Il découvrit la tronche de son subordonné collé au mur, et cette tête était vivante,

Elle lui jetait un air mauvais, un air de haine, pire, elle se mit à parler.

– Monsieur, dit-elle, vous êtes un voyou, un salaud.

Qui peut imaginer qu’une telle chose puisse arriver dans la vie réelle ? Et bien cela fut,

Là, dans ce bureau du sous-chef de notre ami Dutilleux. Tremblant d’horreur,

M. Lécuyer ne pouvait détacher les yeux de cette apparition, fou de rage, il alla

Dans le réduit du coupable et vérifia que tout cela n’était qu’un cauchemar

Afin de calmer son angoisse. Il vit l’employé paisiblement installé à sa table,

Un porte-plume à la main en train de travailler. Déçu, il regagna son bureau, mais

À peine assis, la tête réapparut sur le mur et se remit à vociférer ces mots :

– Monsieur, vous êtes un voyou, un salaud.

Au cours de cette seule journée, la tête redoutée apparut vingt-trois fois…

En dehors de cette question d’asperges, ces femmes passaient un temps fou

À jacter ensemble… Il était important d’occuper ma tante qui pouvait mourir

À tout moment selon ses dires. Françoise, bonne âme, la rassurait et, au moment fatidique

Où il fallait la quitter pour aller dans la cuisine, l’autre la rappelait à son devoir :

 » Vous n’oublierez pas de me donner mes œufs à la crème dans une assiette bien plate ? « 

Bien sûr que non, elle n’oublierait pas, et pourquoi donc qu’elle oublierait ?

Et puis, et puis, il y avait aussi toutes ces informations de ce qui se passait

Dans les chaumières des gens de Combray, de qui y venait, de qui en partait,

Pour quelles raisons ces mouvements avaient eu lieu, et quand on parlait de raisons,

Il s’agissait de raisons sérieuses. Françoise était donc la détective

De notre maison et lorsqu’elle allait aux courses, elle glanait à droite, à gauche

Toutes les données que ma tante avait besoin pour alimenter ses discours et sa raison

De vivre encore. Je vous passe les détails, le fils de Mme Sauton qui rentrait du service,

La nièce de l’abbé Perdreau sortant du couvent avant l’heure, du frère du curé

Qui venait de prendre sa retraite…Bref, vous l’avez compris, Françoise ne manquait pas

De travail et son salaire de misère était dans le fond bien gagné, comme je vous l’ai dit.

Patchwork (cliquez ici)

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