Madame Octave, vous irez à cent ans..

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Elle en rendait compte à ma tante qui ne supportait presque plus personne chez elle,

Dans sa chambre, sauf Eulalie, une jeune fille ayant une maladie de peau repoussante,

Mais sachant y faire avec notre parente, maintenant âgée, exigeant à la fois

Qu’on l’approuvât dans son régime, qu’on la plaignît pour ses souffrances

Et qu’on la rassurât un peu : « Connaissant votre maladie comme vous la connaissez,

Madame Octave, vous irez à cent ans », mais ma tante préférait ne pas assigner

À ses jours un terme trop précis… Elle aimait Eulalie qui venait la voir tous les dimanches.

Ce jour est celui du Seigneur, mais aussi de la table après la messe, préparé chez nous,

Par notre paysanne de Françoise, parfaite cuisinière puisque parfaite en tout. Avec elle,

Nous aurions pu ouvrir un restaurant à l’arrière de notre maison de Combray

Et nous aurions fait fortune dans la restauration, seulement à l’époque,

Il était mal vu de gagner sa vie avec ces choses aussi terre-à-terre : la boustifaille.

Nous finissions ces repas par des framboises que Monsieur Swann nous avait apportées

 Ou bien par une crème au chocolat, inspiration toute personnelle de qui vous savez

À l’attention de mon père amateur de cette mousse à nulle autre pareille,

Dont nous étions tous preneurs au risque d’être traité de goujat si l’on s’avisait

À repousser ce dessert classique des dimanches. Après le repas, maman m’autorisait

À aller lire dans ma chambre, mais avant, elle me conseillait de prendre l’air

Dans le jardin, alors je m’installai à la fenêtre de l’arrière-cuisine,

Regardais Françoise agir comme une sainte, encore et toujours au service

De notre très honorable et très respectable famille. Ensuite, j’entrais dans le cabinet

Que mon oncle Adolphe occupa un temps, au début de sa retraite de commandant.

Et que s’est-il donc passé d’autre en 1968, sans armes, grand Dieu merci,

Sinon que les syndicats, valeureux représentants des ouvriers, ont été récupérés par le pouvoir

Pour venir à bout de cette chienlit…

Chapitre 3 – « De nationalité américaine et pourtant étrangers… »

Qu’on le veuille ou non, lorsque des individus passent de leur pays d’origine à un autre,

Ils entrent dans la danse des « étrangers à perpétuité ». Toute intégration, aussi bonne

Et réussie soit-elle, reste malheureusement, dans ses profondeurs, à la surface

De l’être déplacé. Dans son intimité subsistera toujours :

« Qu’il n’est pas comme tout le monde », comme ceux qui le reçoivent.

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