Calmer mes désordres…

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Je suis le lecteur privilégié de ma propre prose auquel je me réfèrerais plus tard

Pour calmer mes désordres dus soit à l’âge, soit à la maladie, qui alors

Auront fait des dégâts auxquels je ne pourrai plus rien.

Ce qu’il voulait, c’était aligner des mots, libérer des choses qui un jour

Changeront quelque chose à défaut de la face du monde, son état d’âme de poète

Rêvant d’une écriture éloignée de l’intelligence maîtrisée, à liquider partiellement,

Je dis bien partiellement, car la liquider complètement ce serait de l’Alzeimer

Et ça vraiment, ce n’est pas ce qu’il y a de mieux pour écrire des poèmes.

L’horloge de la maison sonnait, telle toutes les horloges du monde, mais la nôtre,

Parfois, je ne l’entendais pas du premier coup, il me fallait tendre l’oreille

Afin de prendre conscience qu’elle avait bien marqué l’heure. J’attribuai cette sourderie,

Tendance à être sourd, non à la masturbation, mais à l’emprise opérée par ma lecture,

Me prenant pleinement corps et âme. Imaginez mon bonheur sous le marronnier

Du jardin de Combray, dans un calme parfait, surtout les dimanches après-midis,

Après avoir mis au placard tous les soucis pouvant contrarier mon plaisir. Ainsi,

Je pouvais me plonger dans toutes ces vies racontées par des gens qui comme moi

Se consacrent à l’écriture. Quelquefois, la fille du jardinier sortait mon imaginaire

De son près carré pour me ramener à la réalité de la vie de famille, elle m’annonçait

Avoir perdu une dent de lait et attendait en retour un cadeau sous son oreiller au réveil,

Ou l’arrivée de militaires traversant la ville devant notre demeure où la foule s’agglutinait

Pour applaudir nos vaillants soldats. Assis dehors sur des chaises empruntées

À notre salle à manger, nos domestiques regardaient Les promeneurs dominicaux de Combray

Et chacun selon son tempérament commentait tel ou tel évènement.

Mais ce calme fut bousculé par l’arrivée massive de la garde

Avec leurs chevaux aux galops et leurs casques étincelants.

J’entendais Françoise, toujours optimiste, prier pour qu’il n’arrivât aucun malheur

À ces pauvres garçons, près à tout pour l’honneur de notre pays.

Ces jérémiades amusaient beaucoup notre jardinier qui n’en manquait pas une,

Ajoutant à la figure de notre bonne : Mourir pour la France, ce n’est pas mourir !

Et l’autre de rétorquer : La vie, on n’en a qu’une, alors essayons de la préserver…

Mais il est vrai qu’en temps de guerre, la mort paraît être la soeur jumelle de l’existence.

Patchwork (cliquez ici)

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