Et si je n’étais pas le fils de mon père…

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Bêtement, ai-je pensé un jour, et si je n’étais pas le fils de mon père, mais l’enfant

De l’amant de ma mère… C’était après la guerre. Comment voulez-vous savoir ce qui

S’est passé dans sa tête. Et pas que là, dirait Lacan, toujours prêt à faire des blagues

Sur des sujets aussi douloureux, qu’aujourd’hui, avec ses quatre-vingts ans,

Je ne peux tout de même pas demander à ma mère de me raconter par le détail

Cette l’histoire abracadabrante à laquelle je n’ai rien compris et pourtant

Si capitale pour toucher au cœur, le fond de mon existence.

Chaque jour nous écoutions les informations, et surtout la rubrique des morts.

C’est à Saint-Gilles que ça se passait, ailleurs, c’était vivable.

Mais la vérité très vite nous sauta aux yeux, et nous ne pouvions plus

Ne pas la regarder en face : la peste avait envahi maintenant tout le pays sans exception

Et il n’était plus question de mentir, ni à soi-même ni à la population

De la situation des plus effrayantes dans laquelle nous étions.

La contagion avait atteint un point de non-retour, certains, pour atténuer la panique,

Diminuaient le nombre de morts, trichaient sur le nom de la maladie des disparus,

Mais ces sparadraps n’y firent rien, et tous comprirent ce qu’il nous arrivait.

Les chroniqueurs toujours bienveillants avec le peuple brossaient chaque semaine

Dans les moindres détails, un tableau récapitulatif des emportés, même

La gendarmerie mit son nez dans ces chiffres et dévoila quelques dysfonctionnements.

Mais tout cela n’était que bagatelle à côté de ce qui allait advenir. Nous étions en plein été,

Il faisait chaud, très chaud, et un symptôme nouveau était apparu, les gencives

Se mirent à enfler et tous ces malades ne pouvaient plus cacher leur contamination.

Mais revenons à Freud et à sa lettre adressée à Ferenczi le 15 décembre 1914.

 » Je suis plus que jamais isolé du monde maintenant, et le serai encore plus du fait

Des conséquences prévisibles de la guerre. Je sais que j’écris actuellement

Pour cinq personnes, pour vous et quelques autres. L’Allemagne n’a pas mérité

Mes sympathies en tant qu’analyste, et mieux vaut ne pas parler de notre patrie commune.

Mon gendre Max, lui aussi est passé devant le conseil de révision à Hambourg ;

Il ne sera mobilisé que dans un temps indéterminé. Au printemps,

Quand arrivera le grand bain de sang, j’y aurai, pour ma part, trois ou quatre fils.

Ma confiance après la guerre est fort réduite… J’éprouve beaucoup de dégoût

Pour la façon dont nous menons les choses.  » Aujourd’hui, près d’un siècle après cette lettre,

Peut-on expliquer psychanalytiquement la guerre d’une façon claire et convaincante ?

Peut-on démontrer les mécanismes pouvant mener les hommes à en arriver là ?

Peut-on expliquer l’inexplicable ? Si je devais le faire, je partirai de deux postulats :

L’âme humaine n’a aucune notion du temps, elle ne sait pas différencier non plus

Le bien du le mal tout comme la notion d’hier ou d’aujourd’hui.

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