La dure odeur des pensions…

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Certains touristes du quartier de la montagne Sainte-Geneviève aiment ce côté rustique

De ces maisons anciennes dites de caractères. Et pour rustique, les murs de la salle à manger

L’étaient absolument, le bas était recouvert de lambris jaunis par le temps, et au-dessus

Un papier peint des plus vieux faisait de la résistance. Evidemment, pour décorer et donner

De l’âme à ce lieu, la propriétaire y avait accroché des tableaux achetés quatre sous

Dans une brocante ou offerts par des clients généreux et bienveillants, sans omettre

Ces vases pleins de fleurs artificielles posées négligemment sur le bord de la cheminée

Se trouvant au fond de la pièce. Mais le plus terrible, le plus difficile à supporter ici,

Est l’odeur, la dure odeur des pensions. La maison sent le renfermé, le moisi, le rance,

Elle pue l’hospice des vieux avec ce mélange des parfums de la teinture d’iode

Et des eaux de Cologne les plus ordinaires. Curieusement, après avoir passé un moment

Dans cette salle à manger détestable, le salon, lui, devenait tout à coup supportable.

Si un jour on eut le courage de peindre cette pièce, aujourd’hui il est impossible

D’en deviner la couleur d’origine tant la crasse a fait son travail, sans que cela n’éveillât

Un quelconque soupçon d’incongruité de la part de cette proprio à louer

Ses services d’hospitalité dans un lieu dégradé, abandonné et à l’hygiène aussi douteuse.

Des buffets gluants cachaient les ustensiles d’usage de tous les jours dont ces assiettes

Venues directement de la fabrique de Tournai. Dessus sont rangées les serviettes trop souvent

Sales des pensionnaires, un baromètre et des gravures tiennent encore sur le mur

Par quelques clous récupérés dans les poubelles voisines, un poêle vert, une longue table

Couverte de toile cirée aussi vieille que sa propriétaire, et puis des chaises boiteuses,

Bref, vous l’avez compris, l’ensemble du lieu n’est pas beau à voir ni à vivre,

C’est la misère d’une radine comptant sans fin ses sous comme une pauvre malheureuse…

Vers sept heures, le chat se réveille au moment où sa maîtresse entre en cuisine

Et prépare le petit déjeuner des clients de la maison. Elle n’a pas encore eu le temps

De faire sa toilette, alors si vous la croisez, vous éclaterez de rire de la voir porter

Ces faux cheveux faisant pitié, vous rappelant cette terrible condition humaine,

Dont Malraux a fait un livre,

Toujours présent dans ma bibliothèque, toujours pas lu, le lirais-je un jour ?

Patchwork (cliquez ici)

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