Clients pauvres de passage…

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Les deux autres chambres servaient aux clients pauvres de passage,

À des étudiants généralement, car le prix de la pension était abordable.

Madame Vauquer n’aimait pas trop cette clientèle affamée lui coutant cher en pain,

En pâtes et en pommes de terre, elle leur préférait de loin ces personnes à la diète, au régime,

Comme on dit aujourd’hui. En ce moment, un jeune homme venant des environs d’Angoulême

Pour faire ses études de droit à Paris avait prit place dans l’une de ces chambres,

Sa famille se soumettant à de dures privations afin d’aider leur garçon

À faire ce qu’elle considérait une bonne chose pour lui.

Eugène de Rastignac savait que pour arriver au sommet de la société, il fallait

Travailler beaucoup et manger de la vache enragée. Rapidement,

Il sut entrer dans ces salons dont tout le monde parle grâce à sa façon de voir

Et d’interpréter les évènements les plus mystérieux de Paris.

Le troisième étage avait une pièce servant de grenier pour y étendre le linge

Et deux chambrettes où logeaient un garçon de peine, Christophe et la cuisinière.

En dehors de ces pensionnaires réguliers, d’autres personnes avaient pris l’habitude

De venir prendre leurs repas du soir dans cette maison toute proche de leur lieu d’habitation.

Tous les matins et les midis, régnaient là un calme plat, on aurait dit une réunion de famille

Où chacun venait fagoté selon son humeur du jour, et les conversations allaient bon train,

Sur le dos des absents bien sûr. Ces sept pensionnaires réguliers étaient servis

En fonction de ce qu’ils payaient, Madame Vauquer veillait à tout, même à ce détail.

Le hasard avait rassemblé dans cette maison pauvre et sale, ces êtres laissés pour compte

D’une société de malheur, comparable à leurs vêtements délabrés…

La dame surprise ne dit rien, il propose d’aller chez son notaire à Bernay

Et de signer la promesse de vente dès mardi ou mercredi prochain,

Il visiterait l’intérieur de la maison après. Le prix ne fut pas négocié, car il n’était pas question

De contrarier cette héritière. Mais pourquoi ce samedi soir là, était-il seul ?

D’habitude, avec son ami, ils passaient la soirée à diner, soit dehors à Saint-Germain-des-près,

Soit dans son petit appartement d’Arcueil, tout près de celui qu’avait occupé Eric Satie.

Après quelques investigations, nous pensons que cet ami, faisant partie d’un club

De jeunes catholiques, il était sorti avec son groupe pour le Week-end.

À l’intérieur de cette maison régnait une atmosphère de fermé, les vêtements portés

Par les uns, les chaussures par les autres, tout sentait le vieux, le périmé, l’usé à la corde.

Ces locataires tenaient à garder ces habits portés du temps de leur jeunesse

Comme des reliques d’un passé maintenant révolu, où ne restaient aujourd’hui

Que ces stigmates de souvenirs pitoyables. Ces corps avaient résisté aux tempêtes de la vie,

Aux aléas des tourments en temps de guerres, des finances les ayant tous déchus,

Restait en eux une énergie vitale, ils voulaient encore faire parti du monde,

Mordre à pleines dents, dans la chair l’ennemi, et cela à n’importe quel moment,

À n’importe quel prix. Là vivait une vieille fille, Mademoiselle Michonneau,

Portant un chapeau confectionné d’un abat-jour récupéré tôt le matin dans les poubelles.

Patchwork (cliquez ici)

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