Rapports humains détestables…

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Nous étions un petit groupe de gens sincères, unis dans le but de travailler ensemble,

Puis voir arriver cette tyrannie de plein fouet m’a beaucoup déçu.

Nous vivions dans une société fondée sur des rapports humains détestables

Que nous voulions détruire pour trouver enfin le bonheur, et au lieu de cela,

Nous agissions de la même façon. Ceux qui commandaient le faisaient

D’une façon sournoise, ils atteignaient toujours les opprimés, les malheureux.

– C’est troublant en effet.

– Troublant, le mot est juste. Tout cela m’apparaissait extrêmement grave,

Car sans le vouloir et contre notre volonté, nous reproduisions les stigmates de la société

Que nous rejetions tous en cœur. Je me suis mis à réfléchir. Nos intentions étaient bonnes,

Mais nos moyens erronés. Par quel bout prendre la difficulté dans laquelle nous étions,

Voilà la question qui a failli me rendre fou.

Dans mon atelier, j’aime l’odeur des fleurs provenant de mon jardin

Et allongé sur mon divan fait de sacs persans, comme une Diva j’admire ces oiseaux

Venant me rendre visite, se posant sur le rebord de ma fenêtre, me faisant

Une bise matinale pendant que les abeilles cherchent leur butin dans les branches

Du chèvrefeuille de notre admirable demeure. Nous sommes à Londres,

Et sur mon chevalet est posée une toile représentant un beau jeune homme.

La jeunesse a toujours été mon moteur, un cheval de bataille avec lequel

Je vis sous son emprise en permanence. Mon immaturité, toujours elle, prend sa place

Dès les premières lignes de ce récit, mais enfin que voulez-vous,

On ne se refait pas d’un coup de baguette magique… Sur cette toile,

À côté du modèle, je m’étais permis de faire mon autoportrait, avec aux lèvres

Un sourire digne de la Joconde, si vous me permettez cette modeste coquetterie.

Je considérais ce tableau comme le plus réussi de ma production

Et l’idée me vint de vouloir l’exposer quelque part, mais dans un lieu plutôt discret,

Intime ; il n’aurait jamais supporté la vulgarité de ces grandes salles

Fréquentées par des milliers de visiteurs indifférents à tout et sans culture,

Sans cette sensibilité dont seuls quelques-uns d’entre nous sont très heureusement lotis.

Mais cette idée ne traversa mon esprit qu’un court instant, très vite, je me ressaisis

Et décidais de ne jamais montrer cette oeuvre à personne. Elle risquait de me faire passer

De la cour des petits à celle des grands, et de cela je ne voulais pas…

Je voulais rester dans l’ombre.

 Patchwork (cliquez ici)

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