Donner à manger aux pigeons…

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Avec maman, souvent nous allions au jardin du Luxembourg donner à manger aux pigeons.

Le pain rassis mouillé préalablement quelques heures avant notre départ, à la condition,

Disait-elle, d’être bien sage et de ne pas pleurer pour une glace à la vanille ou au chocolat.

Alors, j’en pris mon parti et compensais en regardant les belles boules de glace

Posées sur des cornets ou des timbales avec la petite cuillère qui va avec.
J’admirai ces garçons jouant avec leurs cerceaux, ou leurs bateaux à voiles dans le bassin,

Que ce doit être des gosses de riches, me disais-je, pour avoir les moyens

D’offrir ça à leurs sales morpions. Je compensais comme je pouvais. Plus tard,

Je me rattrapais et devins même un consommateur effréné.

Il me reste toutefois un regret : je n’ai jamais mis les pieds au théâtre de marionnettes

Du jardin du Luxembourg, et maintenant c’est trop tard, pour qui me prendrait-on

Si dans un moment de courage absolu je m’aventurai à y entrer ?

Timidement, je regardais les statues de ces hommes et ces femmes entièrement nus,

Dommage qu’elles soient en pierre, me disais-je en pensant à je ne sais quoi…

Mon éducation fut exemplaire, seulement elle n’a pas tenu compte

De ce que tout humain est humain et portait en lui dès le premier jour de sa naissance,

La marque indélébile de la sexualité… S’accumulait en moi une petite boule d’abord,

Se transformant ensuite en une bombe ne demandant qu’à exploser,

Mon tempérament n’en pouvant plus de ces retenues à n’en pas finir, mes désirs

Montèrent à la surface de la terre, j’étais devenu grand maintenant, mon temps était venu.

J’utilisais ma raison, mon esprit pour arriver à mes fins et jamais je n’aurai osé agir autrement.

Pourtant, autant qu’il me souvienne, je pouvais perdre la tête, saoulé par les alcools,

Tels Apollinaire, Baudelaire ou Rimbaud. Qu’importe, seule la jouissance comptait,

Ainsi va la vie de chacun d’entre nous, c’est pour nous tous pareil, nous n’y pouvons rien.

Mes parents ne riaient jamais devant moi, craignant plus que tout

De me voir piquer une crise de fou rire pouvant me tuer sur le coup

D’après les dires des médecins consultés pour ce symptôme peu ordinaire.

J’allais aux toilettes lorsque ça me prenait, ne voulant pas les inquiéter,

Les rendre plus fous qu’ils n’étaient déjà. Pourquoi aimai-je tant rire ?

Peut-être était-ce le seul moyen que j’avais pour me raccrocher à la vie

Purgeant un trop-plein d’émotion, impossible à définir pour l’instant.

Patchwork (cliquez ici)

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