Oui, j’aime maman…

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Oui, j’aime maman, et aussi papa, ai-je rétorqué sans rire,

Alors le curé termina son assiette à dessert où il restait des framboises bien rouges.

Après, il me posa une autre question ayant trait à son métier et concernant Dieu évidemment.

Moi, bon Dieu de bon Dieu, ne sachant quoi répondre, je le regardais méchamment

Et allais dehors faire pipi de colère sur le gros buisson d’orties juste à côté

Des commissions d’un chien. Il y avait dessus une grosse mouche bleue

Qui bourdonnait autour, alors je la fixais en disant :  » J’aime maman, j’aime maman ! « .

En disant cela ainsi, l’aimai-je pour autant et n’était-ce pas plutôt par convenance sociale,

Qu’il me fallait croire à un amour dont je n’avais aucune certitude, aucune conviction ?

Cet été-là, il y eut la guerre et papa partit se battre sur le front, du coup

Maman se trouva heureuse à rester seule avec moi, j’étais si gentil, si prévenant auprès d’elle…

Dans notre pays, tout le monde aime tout le monde et peu importe ce qu’on est,

Nous, notre métier, c’est d’aimer, j’en ai pour preuve tous les cadeaux faits

Par notre gouvernement à certains voisins, en retour de quoi, par politesse,

Par courtoisie, ils nous ont offert un macaque.

En grande pompe, la télé était là à transmettre le don de l’animal.

Sur l’écran, les hommes faisaient bonne mine, tous contents, tous heureux,

Se disant très émus de ce cadeau, et puis, un singe, tout le monde le sait,

Est un symbole fort et de surcroit portant bonheur à celui qui le reçoit

Comme à celui qui le donne. La Bête était magnifique, imposante même,

Mais après les salamalecs, après les sunlights aveuglants, on se demanda

À quoi pouvait donc servir ce cadeau empoisonné.

Nous aurions pu comme tous les peuples du monde le mettre dans un zoo et

Le tour était joué, nos gosses l’auraient vu comme tous les gosses voient les singes,

Avec des cacahuètes aux mains et des appareils photo à quatre sous et à quatre pattes.

Le général était prêt à accepter cette solution de zoo, mais se ressaisit

Lorsqu’il prit conscience qu’il enfreignait alors les conventions expresses

Entre donateurs de singes : nous devons respecter ces dons comme s’il s’agissait

D’une femme. Seulement les fonctionnaires avaient beaucoup de travail, et malgré

L’incroyable aide financière de nos voisins, nous ne pouvions pas entretenir ce singe,

Pour autant, nous ne pouvions pas rester sans rien faire, une décision s’imposait.

Patchwork (cliquez ici)

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