Partageant le lit avec ce garçon…

basquiat20

Pour cette jeune fille, tout allait parfaitement extérieurement,

Mais extérieurement seulement. Gardant tout en elle, elle avait accumulé tant d’années

De tristesse et de morosité dans cette maison où, partageant le lit avec ce garçon,

Elle s’était habituée à exister dans un autre monde afin de sortir de la monotonie

Et du vide de son existence. Pour ses rêveries, elle aimait aller s’étendre sur l’herbe,

Seule, s’offrant à la nature comme à un amant interdit, bestial, vulgaire, grossier.

À ce jeu, elle trouvait un plaisir hors normes dans ces bizarreries où les sens

S’épanouissent dans le débridé et la décadence. Physiquement, chacun de ses membres,

De ses organes intérieurs trouvaient un nirvana si parfait, un peu comme si elle avait été

Sous le coup de la prise d’une substance dont elle ne pouvait supputer l’existence.

Elle faisait des rêves fous. Elle aurait voulu voir la mer la prendre et l’emporter loin d’ici,

En finir avec ce quotidien insupportable par sa fadeur, son manque d’évènements,

Sans parler d’aventures… À ces idées destructrices, elle leur opposait la force de l’espoir,

Un jour viendrait où tout changerait et à ce moment-là, elle pourra enfin être elle-même.

Rentrant à la maison, baissant l’échine, elle redevenait la bonne fille, raisonnable,

Qu’on voulait la voir jouer. Le soir au coin du feu, elle cousait auprès de sa tante.

Camille, lui, de l’autre côté de la pièce faisait la comptabilité de la famille.

On parlait peu en cette demeure, on cousait, on comptait. Madame Raquin

Tremblait à l’idée de mourir et de laisser son garçon malade, seul et souffrant.

Elle aimait Thérèse et comptait bien sûr sur elle pour la remplacer, mais se disait-elle,

Une mère est-ce vraiment remplaçable ? Pourtant sa confiance était sans borne,

Elle avait même programmé à l’égard de sa nièce et de son fils, le mariage.

Ces enfants maintenant devenus grands couchaient dans le même lit, les mêmes draps,

Et un jour ils connaîtront leur nuit de noces, alors on changera le lit,

On en achètera un nouveau, un tout neuf. Ce mariage devenait pour tous une réalité,

Pour la petite c’était une fatalité auquel rien ne pouvait l’en détourner, sauf l’âge,

Elle n’avait pas atteint celui défini par la tante, elle n’avait pas encore vingt et un ans.

 Patchwork (cliquez ici)

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