Lagerfeld

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Revenons au film sur Lagerfeld. Il est sans aucun doute le frère d’Andy Warholl,

Mais peut-être avec beaucoup plus de talent, plus de possibilités créatrices.

Il est à lui seul et Warholl et Basquiat, qui lui Jean-Michel, est le plus grand peintre

Du vingtième siècle, de mon point de vue évidemment…

Ce qui n’est pas peu dire lorsqu’on sait ce que je pense du second…

N’est-il pas, pour moi, le plus grand peintre du vingtième siècle ?

Karl et Andy sont tous deux pathologiquement atteints jusqu’à la moelle,

C’est ce qu’il faut probablement pour faire de bons artistes, n’est-ce pas ?

De toute façon, on pardonnera tout aux artistes, pourvu qu’ils aient du talent.

Là où nous sommes on boit principalement de l’eau, ça déprime un peu,

Parfois nous reviennent des idées noires, le retour au boulot, les factures, les impôts

Et le rendez-vous chez l’ophtalmo, la révision de la voiture, déjà les 100 000,

La femme de ménage qui va revenir nous faire son cinéma, alors quand c’est trop,

C’est trop, on prend un verre de Retsina, tant pis !

Ils nous ont repiqué notre parasol, merde j’en ai ras le bol,

On a payé parasol inclus, alors, le parasol doit être là, c’est tout !

De plus, pour le tournage de leur film à la con, ils nous ont inondé la terrasse

Sous prétexte d’avoir de la réverbération, la lumière du bon côté, encore une idée

De PD d’assistant, j’te jure le cinéma ! Tout cela nous déprime un peu, parfois

Nous perdons le sens des choses de la vie courante, nous laissons notre esprit

Aller où bon lui semble, cela nous repose de notre bonne santé habituelle…

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Cher Sigmund…

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Rêvons un instant, mon cher Sigmund, et imaginons l’homme comme s’il était

La bonté incarnée. Tous ses faits et gestes ne seraient que l’expression de cet état de grâce.

Mais, avec les aléas de l’existence, l’homme s’organise, s’adapte au monde,

Apprend à se défendre et donc à sortir des chaudes jupes de sa maman

Et de la Rolls de papa. Il lui faudra sortir quelques griffes, car dehors,

Sans agressivité, il ne serait rien. Tout se joue là, dans ce conflit où l’objectif

De tout homme est de trouver un compromis entre ces deux poles,

Un semblant de cohérence, d’équilibre et tu sais comme cela n’est pas facile…

Un exemple : fondamentalement l’homme ne veut pas faire la guerre ni se trouver

Dans une situation conflictuelle avec autrui, mais s’il y est contraint, cela le rend fou

De colère et là, sa violence trouve son terreau pour s’exprimer, se déployer,

Et cela est valable partout dans le monde et par tous les peuples.

Les neuroscientifiques affirmeront-ils un jour que le bien et le mal sont installés

Au même endroit dans notre cerveau ? Pour ma part, c’est une évidence :

L’amour et la haine ont un point commun : ils donnent tous deux une énergie incroyable,

Ce sont les stimulants privilégiés des homo sapiens dont, ne l’oublions pas,

L’ennui est le plus féroce des ennemis…

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Cher Sigmund,

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Cher Sigmund,

Ces jours-ci, j’ai ressorti de mes placards, des carnets d’écrits anciens,

Pour me rendre compte tristement qu’il n’y avait rien à en tirer, pas même

Deux ou trois mots sur la vie en général qui vaillent la peine de t’en donner la teneur.

Rien à se mettre sous la dent, j’ai tout jeté sans remords, et plus léger que l’air,

Je peux à nouveau t’écrire pour te parler de la compassion.

Toi, moi, nous, portons sur notre dos cette charge effarante, effrayante de cet autre

Qui cohabite en permanence en nous, ce double trouble, que j’ai déjà défini

Comme étant un terroriste impitoyable. Voilà, mon cher Sigmund,

Comment je nomme aujourd’hui ton fameux « Inconscient » que j’aimais jadis

Nommer « Inconstant », mais ce n’était pas satisfaisant ni pour moi ni pour Lacan

Qui lui disait l’utiliser par manque d’un autre mot, alors, il m’a fallu attendre

Plusieurs décennies pour être maintenant sur le point de le définir plus précisément.

Mais revenons à ta correspondance avec ton ami le pasteur Pfister.

Dès ta première lettre, tu lui annonces la couleur, avec de l’humour certes,

Mais tu n’y vas pas avec le dos de la cuillère. Tu lui fais des éloges sur son essai

« Idée délirante et suicide des écoliers », étude psy faite par un pasteur et comme

Ce n’est pas coutumier, tu le félicites, c’est la moindre des choses !

Seulement, ne perdant pas de temps en salamalecs, dès les premières lignes,

Tu qualifies les jeunes cathos « d’âmes intactes », que veux-tu dire par là ?

Dans la lettre suivante, tu lui dis :  » Cette sublimation religieuse dont vous entraînez

Ces jeunes n’est rien d’autre qu’un transfert érotique sur votre personne « .

J’imagine comment il a dû prendre cela le pauvre pasteur !

Tu ajoutes encore :  » Vous avez le bonheur de conduire ce transfert jusqu’à Dieu… « ,

Lorsqu’on sait ton athéisme radical, permets-moi de rigoler franchement,

« De rétablir ces temps bénis où la foi religieuse étouffait les névroses ».

Tiens, prend ça sur les gencives mon grand, tu vas voir ce que tu vas voir,

Quand Freud analyse, ce n’est pas dans la dentelle qu’il donne. Tu lui dis :

« Nous ne voyons rien qui soit péché ou interdit dans la satisfaction sexuelle en soi,

Au contraire, nous la reconnaissons comme une part précieuse de notre activité vitale ».

Je profite de l’occasion pour te donner mon idée sur l’amour et la haine.

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225 de la rue de Charenton…

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Donc, dans ce majestueux  » 225 de la rue de Charenton « , j’ai fait de belles photos

Avec ses tonneaux de vin, servant de réceptacles à des arbustes datant du temps

Où je n’étais pas encore né. Là, j’ai croisé un homme habitant l’escalier F,

Celui là même où j’avais donc vécu. Lui, est au dernier étage alors que nous,

Nous étions au rez-de-chaussée. Nous avons sympathisé un peu, il me fit alors part

D’un problème de la copropriété : des carrières se trouvent sous les bâtiments et il faut

Les combler de béton, et ça, ça coûte très cher, un pur bordel pour le porte-monnaie..

De cette question, je crois bien en avoir eu écho lors de l’achat de notre appartement

En 1968, mais heureusement, nous quittâmes les lieux bien avant l’arrivée de ces

Travaux ruineux. Sinon, m’a-t-il dit, l’immeuble est très bien, nous sommes très

Contents de vivre là, c’est calme, mais regardez, il y a plein de fissures partout,

Depuis qu’ils ont construit tous ces nouveaux immeubles aux alentours,

Alors ça a fait bouger l’ensemble du quartier…

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Métro Dugommier…

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Christian Lacroix, John Galliano et Karl Lagerfeld créent en permanence

Des nouvelles formes à partir de matières et de couleurs d’une beauté exceptionnelle

Avec des moyens techniques, financiers et humains incroyables…

Dans quel domaine artistique peut-on rivaliser avec ces hommes et ces femmes ?

Que suis-je devant une telle machine d’une telle force ?

À cette question, ma réponse est radicale :  » Rien, je ne suis rien ». À ces mots,

Je me regarde dans la glace de ma salle de bains en pensant à tout ça et ça me déprime.

Ce n’est pas très encourageant pour sortir mes pinceaux, mes toiles et travailler un peu,

Mais pourquoi se voiler la face : je ne suis qu’un fainéant…

J’ai vécu quelques années rue de Charenton, j’allai dire années heureuses, n’exagérons rien !

Lorsque je m’y suis rendu la dernière fois, j’y ai pris des photos dont quelques-unes

Dans un bistrot donnant directement sur le métro Dugommier. Muni de mon appareil,

Je clique sur le carrefour, les passants, le Monoprix, je joue sur la réverbération des glaces

Du bistrot où je suis pour réaliser une photo géniale, mais pas de bol,

Une fois rentré à la maison, je m’aperçois n’avoir rien pris d’intéressant. Alors,

Tout est passé à la poubelle de mon iMac. Quelques instants avant cette séance de photos,

Je suis allé dans cette cour magique où je vécus avec ma petite famille,

Les premières années de notre mariage… Avant d’aller plus loin

Dans cette introspection de pacotille et mieux comprendre l’animal qui vous parle,

Sachez au moins une chose : pour des raisons de santé, les seuls voyages

Que je m’autorise, sont ceux me menant de chez moi à Paris. C’est ma façon

D’aller voir ailleurs et surtout de ne pas m’éloigner de là où j’habite, c’est-à-dire de l’Hay …

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Sans argent, tu ne fais pas un film…

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Je parle, je parle et n’ai pas encore développé mon idée fixe.

La voilà donc, horrible, méchante et résumée en quelques lignes.

Lorsque nous allons au cinéma, nous ne pensons pas à cette évidence :

 » Sans argent, tu ne fais pas un film » . Ce dictat, vous pouvez l’attribuer à tout,

Sans argent tu ne peux rien faire, tu n’es rien. Il est le Dieu de tout, et ça,

Tout le monde l’a intégré, accepté et personne n’en fait un pataquès…

En sortant du cinéma, j’étais content d’avoir vu un beau film commercial de

Merde qui aurait pu être un chef d’œuvre, s’il n’y avait cette question du

Comment faire un film intéressant au plus grand nombre.

Vous voyez, les idées obsessionnelles fonctionnent ainsi. On tourne autour

Sans concession, on ne lâche pas prise facilement. Faut vite passer à autre chose,

Briser, casser l’engrenage dans lequel on est. Heureusement, dans le hall de ce cinéma,

Accoudé à un balustre, je vois deux jeunes adolescents se bécotant, non sur un banc public,

Car ils savaient la chose éculée, mais dans un de ces doubles-fauteuils-rouges signés MK2,

Mis exprès à leur intention par un directeur pervers, et moi, moi, j’avais

Un appareil photo dans ma poche de pantalon rétro, acheté rue de l’Ancienne Comédie.

Avec mon outil à la main, je les ai regardés en face et eux firent de même.

Il y eut même une certaine connivence entre nous, alors

Je leur ai demandé l’autorisation de les prendre, ils ont accepté et j’ai ici, chez moi,

De magnifiques images d’eux, que je garde en secret et ne peux donc vous les montrer,

Car je leur ai promis de ne les divulguer nulle part, à personne, pas même à vous.

Tout cela creuse l’estomac, il est treize heures, c’est le moment de déjeuner.

Je m’assois au restaurant du cinéma. Miracle, je trouve sur la carte un plat mangeable

Entrant dans le cadre de mon régime…

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Au MK2, claustro, je prends l’escalator…

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Au MK2, claustro, je prends l’escalator avec la peur au ventre,

Je pourrai tomber des marches, me dis-je intérieurement, mais j’essaye

De contenir cette peur panique, j’évite de penser à ce qu’on appelle

Un scénario catastrophe … Cette tension fait monter l’angoisse

Et ne sers strictement à rien. J’entre dans la salle de cinéma, le film commence.

J’avais porté mon choix sur : « Un voyage en Arménie » de Robert Guédiguian.

Dès les premières images, une idée récurrente, obsédante, vient prendre place

À côté de moi, je me retrouve comme à côté d’une glace reflétant un aspect sombre

De ma personnalité : je ne supporte plus de voir des acteurs. C’est gênant, me dis-je,

Car sans eux il n’y a plus de cinéma, c’est clair, mais cela est ma vérité à moi.

Les Depardieux, Deneuves et compagnie, ratatinés ou pas, j’en veux plus.

Mais l’idée fixe, le virus en moi, est plus prosaïque, ça relève de la question

Du cinéma et de son rapport à l’argent, encore lui, toujours lui,

Partout dans tous les arts, l’art et l’argent, plus terrifiant encore :

L’art est l’expression du pouvoir de l’argent, du pouvoir par l’argent…

Cette question ne sera jamais résolue ni par moi ni par personne et c’est donc

Indépendamment de ma volonté, qu’elle me vient à l’esprit.

Dans ce film, dès le début, il y a plein de gueules déjà vues mille fois ailleurs

Pour d’autres histoires auquel je n’ai rien à foutre, j’ai envie de partir, de quitter la salle,

Seulement voilà, des gens sont installés près de moi, et pour m’échapper, il faudrait

Les déranger et ça, ce n’est pas bien, alors, je reste, j’attends patiemment la fin. Puis,

Tel Zorro dans certains films anciens, tout à coup une fille, une enfant de je ne sais où,

Sort de l’écran et vient par son regard, son jeu, me poignarder en plein cœur. Pour elle,

Pour le merveilleux voyage qu’elle nous offre, il ne faut pas hésiter un instant… Faut y aller.

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Karl Lagerfeld…

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« Confidentiel » film sur Karl Lagerfeld. Je n’avais pas du tout l’intention d’aller voir

Ce bonhomme tant vu et revu sous tous les angles à la télé, sous toutes les coutures,

Si vous me permettez ce jeu de mots fort drôle. Le film commence avec toutes les bagouzes

Du « Maître », un fou délirant exposant ses costumes sur des cintres récupérés gratis dans la rue.

Sa maison est un grand magasin ouvert à la caméra, magasin de luxe pour fétichiste attardé.

Bizarrement, je n’éprouve aucune envie de m’en aller, de quitter mon siège. Je souris d’abord,

Ensuite, je ris à chaque plan ou presque, c’est peut-être là le secret de ce film,

Nous faire rire de l’artiste, un guignol jouant son propre rôle.

Ne vous y trompez pas, cet homme est un réel artiste, un vrai créatif.

Il créé en permanence, de peur d’oublier de le faire, dans le cas où il viendrait à s’arrêter,

Ce qui serait dangereux pour lui et ses fabuleuses entreprises… À la vérité,

Depuis longtemps, de tous les arts, la couture, la mode, sont incontournables.

Hier, j’ai eu envie de sortir de mon appartement douillet pour aller de ma banlieue,

Quelque part dans Paris, ville dont le poète disait :

Elle se donne toute, si on sait la prendre avec calme et sérénité, si on reste zen.

Bon, d’accord, seulement vous aimeriez avoir le programme de ma journée

Je ne vois rien qui puisse empêcher les confidences qui vont suivre,

Sinon ma tendance toute naturelle à prendre de la distance face aux choses

De la vie courante, mais puisqu’en ces lieux tout est permis et qu’entre nous,

Il n’y a aucune raison de faire tout un ramdam pour si peu,

Comme me le disait Amélie l’autre jour lors d’une promenade dans une rue

Dont le nom m’échappe pour l’instant. Me voilà donc à la Bibliothèque

François Mitterand, homme mort bêtement d’un accident de santé.

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Inconscient terroriste interne…

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Là, tout est simple, sur la table une toile cirée, un buffet, quelques

Vieilles gens et paf., le décor est planté, c’est comme un tableau,

Un tableau de Van Gogh, un peu triste.

Mais revenons à l’homme allemand pendant la guerre. Son inconscient terroriste interne

N’avait-il pas un gendarme assez fort pour le protéger de faire ces saloperies ?

Cela peut-il nous arriver à nous, demain, si certaines conditions étaient remplies :

Situation personnelle, maladie, chômage, divorce, une  » bonne raison  »  justifiant

De reporter nos malheurs sur  » l’autre « , surtout si une voix forte, autoritaire, nous autorisait

À enfreindre le droit chemin. C’est là que les Hitlers et consorts interviennent.

Ils savent très bien dire ce qu’il faut, comme il faut, toujours fortement, car l’animal en nous,

Curieusement, ne sait obéir qu’à la fermeté… D’autant qu’en prenant le costume militaire,

Nous lâchons toutes ces putains d’obligations quotidiennes nous gâchant la vie.

Lorsque les conditions sont rassemblées, vous n’êtes plus vous même,

Vous êtes un soldat qui fait ce qu’on lui demande de faire, et cerise sur le gâteau,

Cela vous comblera de bonheur… Quelle horreur !

Vous allez, comme tous vos copains depuis des siècles,

Pouvoir libérer vos archaïsmes les plus refoulés : voler, violer, tuer sans vergogne

Vous en aurez le droit, l’obligation même, c’est dorénavant votre métier,

Taisez-vous, rompez.

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