Chapitre 52

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Nous apportant notre petit déjeuner au lit, la fille nous a dit ce matin

Que nous formions un très joli couple et qu’elle nous verrait bien

Avec deux ou trois marmots…On a bien rigolé et ne l’avons pas contrarié.

Sur la terrasse où nous sommes en vacances, nous avons la chance de pouvoir être à poil,

Personne ne nous voit, alors on en profite beaucoup, car la vue directe sur la mer

Nous donne une pêche d’enfer… Les couchers de soleil, c’est comme partout,

Au bout de l’horizon, il y a comme une aurore boréale. Le soir par contre,

Ça sent les poubelles, le patron les sort après la vaisselle

Et le ménage de la salle du restaurant.

Ici, la nuit est bien noire, surtout depuis que j’ai perdu mes lunettes,

Il va falloir en commander une nouvelle paire à la rentrée, mais pour l’instant,

Laissons ces tracasseries à plus tard et profitons de ces vacances,

Avant qu’elles ne finissent. Le coiffeur du village, le malheureux, est mort subitement

La semaine dernière. Les villageois l’exposent devant son échoppe

Avec son fauteuil de travail lui ayant permis de vivre 75 années.

Il a bien profité de la vie ce salaud, disent ses voisins, je n’ai pas compris

Pourquoi ils avaient tant d’animosité à son égard, je demanderai à la fille

De l’hôtel demain matin. Ce que j’aime le plus, c’est l’esprit familial

Règnant dans ces contrées, si loin des villes polluées par la mondialisation.

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Vider cet enfer dont Nancy Huston parle…

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L’enseignement pratiqué à l’école peut être le point de départ d’une nouvelle réflexion,

Mais jamais la référence ultime. La seule culture à reconnaître est celle portée

En chacun des enfants, par ces millions de choses qu’ils ont vécues, toutes mises au placard

Et ne demandant qu’à sortir, les moyens ne manquent pas aujourd’hui pour les aider

À vider cet enfer dont Nancy Huston parle dans ses livres. Mais qui sont donc ces gosses

Auxquels on s’adresse dans ce gavage de connaissance ? Et puis, toutes ces questions

Universelles qu’on engrange, ne sont-elles pas justement éphémères, ne sont-elles pas

Des hypothèses, des possibilités de réponses, variant selon qui les profère,

Et comme nous sommes des millions d’individus à nous intéresser de près ou de loin

À ces questions, tu vois un peu dans quelle situation métaphysique nous sommes.

Nonobstant ce petit détail, à la page 20 du fascicule du Monde, on se fiche

De la gueule du peuple en proposant un exercice, à faire frémir Germaine dans sa cuisine,

Certainement fort amusant pour des profs en retraite en mal d’occupation, s’ennuyant grave

Toute la journée devant leur bibliothèque pleine de livres amassés depuis leur tendre jeunesse.

Mais là, on ne rigole plus, c’est un acte d’une violence insoutenable, puisqu’il s’adresse

À tous ces jeunes qui savent à peine lire et écrire. De quoi s’agit-il ?

Il faut rédiger une lettre à quatre auteurs : Balzac, Flaubert, Maupassant et Huysmans,

Pour leur reprocher la vision très pessimiste de leurs romans. Dans un premier temps,

Et pour certains intellectuels, cela peut apparaitre amusant et pour ceux-là, je n’ai rien à dire.

Par contre, pour l’ensemble des gosses, cet exercice est impossible, car pour l’envisager

Il faudrait un minimum de connaissance de l’œuvre de l’écrivain et pas uniquement avoir lu

Un compte rendu sur Wikipédia. J’en veux pour preuve les deux copies données en exemples

À suivre, rédigés par des profs égoïstes ne pensant qu’aux difficultés infligées à ces gosses…

Pour eux, l’école devient inutile, ils n’en sont pas dignes, la preuve : ils sont incapables

De rédiger ce qu’on leur demande. Je ne lance pas la pierre au journal le Monde,

Ils font leur travail, mais je la lance à ces instances cachées au fond de leurs tanières,

Anonymes pour l’essentiel, se protégeant comme ils le peuvent… Les traitres !

Il est surprenant de ne voir personne réagir à ce scandale. Que fait-on des connaissances

Des sciences humaines acquises depuis plus d’un siècle, je pense à la psychanalyse,

La philosophie, la médecine, la littérature… Rien, ça n’existe pas, nous sommes

À l’âge de pierre et non des lumières. Grrrrr ! Je vais boire un café. A l’évidence,

L’école est faite pour ceux qui en ont les moyens. Nous pourrions donc la garder telle quelle

Pour ces enfants-là. Pour les autres, tout est à reconsidérer et créer une autre école

D’une tout autre nature. Là, mille possibilités sont mises sur la table, l’objectif n’étant plus

De voir les enfants ingurgiter ces matières, mais de faire en sorte que chacun, inlassablement,

Cherche et trouve en lui ce qui le motive, l’intéresse intensément, et tout mettre en œuvre

Pour l’aider à se réaliser dans cette direction.

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Ne pas crever la gueule ouverte…

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Pourquoi un petit lapin ? À vrai dire, je n’en sais rien, mais probablement

Voulais-je prendre de la distance pour ne pas crever la gueule ouverte,

Comme on crève en général.

Si j’ai exprimé du bonheur devant les bonnes choses intellectuelles, il n’en reste pas moins

Qu’elles ne s’adressent malheureusement pas à tous, et nous devons nous arrêter un moment

Pour explorer la légitimité de cette culture. Reconnaissons qu’elle l’est pour certains

Et pas pour d’autres. Volontairement, nous n’entrerons pas dans l’univers obscur

Des statistiques, puisque nous sommes entre gens bien et de bonne foi.

L’école est obligatoire et ce jusqu’à 16 ans, après, chacun fait le choix d’adhérer ou non

À cette aventure (les études) en toute conscience. Mais tant qu’elle est obligatoire,

Elle se doit d’être pour tous. Incontestablement, peut-être depuis toujours, peut-être

Partout dans ce monde, les hommes imposent aux enfants d’avaler la soupe qu’on leur sert

Au risque de se trouver jetés dans la gueule du travail en usines à bas cout, dans la rue,

La prostitution, la violence, la drogue, et dans le meilleur des cas, dans « l’échec scolaire »,

Et dans le meilleur des meilleurs cas, dans la soumission : l’objectif inavoué de cette école-là.

L’école serait-elle responsable de toutes les catastrophes universelles ? Certes non,

Les causes sont multiples, à commencer par celles provenant des éléments se déchainant

On ne sait pourquoi, par la faute de qui, de quoi, de l’homme ou de Dieux incertains

Et mélancoliques, la faute à pas de chance… Trêve de littérature, nous sommes tous

Assis à cette table afin de faire des propositions, alors, essayons.

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Deux paroles s’affrontent en permanence…

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En chacun de nous, deux paroles s’affrontent en permanence, à tel point qu’il est

Difficile de cerner laquelle de ces deux voix est la bonne ou du moins la mieux à suivre.

L’une nous permet d’avoir des rapports avec nos semblables, pour arriver,

Tant bien que mal, à être sociables, grâce à notre faculté d’adaptation qui nous caractérise

Et fait de nous des êtres pouvant évoluer sur tous terrains … Seulement,

À tout moment, un petit animal vient nous susurrer à l’oreille, le salaud,

Un avis contraire sur tout. Il est impensable de vivre en permanence avec ça, pourtant,

Vous comme moi y avons droit, du matin au soir, il ne nous laisse jamais de répits,

Il agît comme un terroriste, et à la vérité, je l’ai nommé l’  » Inconscient Terroriste « .

Sa volonté est de contrer l’ordre établi, briser tous nous projets, toutes nos actions

Avec des idées complètement irrationnelles. Sournoisement, il contestera

Toutes nos décisions, tous nos désirs, nous apportant à chaque fois des idées loufoques,

Débiles, qui nous feront artistes ou vilain parmi les plus vilains. Par contre,

Je ne sais si vous me suivez, si tout cela est assez clair dans votre petite tête de petits lecteurs

Si vous voyez le lien avec les Allemands en temps de guerre ?

Au début de mes investigations sur cette question, ce petit animal je le voyais

Comme un  » petit lapin « , puis les choses avançant je compris

Que nous avions affaire là à quelque chose de plus grave,

Agissant d’une manière involontaire dans l’organisation de nos conflits interne…

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De maison en maison…

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Il avait promis au couple qu’il épouserait leur gamine. Cet homme et cette femme

Haussaient les épaules le traitant de fou, mais moi, je sentais bien qu’il avait l’intention

D’aller au bout de son projet. Il me demanda quelques sous pour je ne sais quelle raison,

Par faiblesse, bêtement,  je cédais à sa demande. Bizarrement,

Il était arrivé à séduire pas mal de monde autour de lui, il pouvait aller de maison en maison,

Picorer, manger ce qu’il pouvait. Il était beau à voir dans ce travail de séduction,

Il se souciait fort peu des convenances du milieu où il était, il en jouissait c’est tout.

Vous ne comprenez probablement pas pourquoi on ouvrait sa porte à un tel homme

Et je vous comprends, seulement voilà, ce n’était pas n’importe qui,

C’était le neveu d’un de nos plus grands artistes, le neveu de Rameau.

À la Comédie-Française, le régisseur était un vieux pervers. À l’époque, je ne savais pas

Ce qu’il me voulait au juste, j’étais beau et n’avais pas encore dix-huit ans…

Un jour, il s’est présenté chez moi en personne pour déposer une convocation

Me donnant les dates de répétitions d’une pièce : Donogoo de Jules Romain,

Dont j’avais obtenu un rôle : traverser la scène sans me casser la figure.

Ma mère l’a reçu, pas aimable pour deux sous, car pour elle, les gens de théâtre…

Ce n’était pas très net dans sa tête à ce sujet. Elle a pris la convoc., et lui,

N’est jamais plus revenu à la maison. Dans cette grande maison,

J’ai également fait une apparition dans « le Cid » de Corneille.

À la vérité, je n’ai pas fait carrière à la Comédie-Française.

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Dormir sur la paille…

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Parfois, par pitié, un quidam l’invite à dormir sur la paille, et au réveil

Il garde sur ses cheveux les traces de son matelas de fortune. Sinon, l’été,

Comme beaucoup de monde, il arpente les Champs-Elysées ou les jardins parisiens.

J’avoue ne pas avoir une attirance pour ce genre de marginal. De tout temps,

Des gens comme lui, il y en a, il y en aura, à Paris comme probablement

Dans tout le reste de notre pays, et rien ne pourra les dissuader à vivre ainsi,

C’est ça la liberté, c’est ça la démocratie… Cet homme, à la vérité

Je l’avais croisé plusieurs fois dans le quartier, particulièrement dans un établissement

Où il y avait une famille constituée d’un couple et d’une jeune fille.

Aujourd’hui nous sommes dans le plus grand désarroi et avons besoin d’un psychanalyste.

Ma première question sera donc : pourquoi n’êtes-vous pas gratuits ?

Ça, Monsieur, c’est une question longtemps réglée par Freud, et personne, grand merci,

N’a l’intention de remettre en cause ce concept essentiel.

Essentiel pour qui ?

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