film de Depardon…

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… Mais, revenons au film de Depardon.

Dans ma tête, tout est confus, j’entends des mots, des phrases, l’agriculteur et le boucher

Discutent le bout de gras au sujet des agneaux achetés, les bêtes sont bien plus belles

Aujourd’hui qu’avant… Devant la maison de pierres, à l’extérieur, la caméra

Est fixée par terre pour nous montrer une route où défilent en permanence des voitures

Sur un sol mouillé direction « Le Monastier », indiquée à 23 km.

Dans une cuisine rustique, un homme, paysan depuis le jour de sa naissance,

Verse du lait chaud dans une casserole en inox, puis dans un bol, bol me rappelant

Mes joyeuses colonies de vacances, du temps de mon enfance, dans le Massif central français,

Avec cette odeur de lait trop frais à peine sortie du pis de la vache le matin même,

Que ce doit être un régal pour celui qui aime ça, moi, ça me donnait envie de vomir

Toute la bile accumulée la nuit dans ce dortoir loin de ma mère…

Le lait passe de la casserole à la tasse jusqu’à la dernière goutte, la fourchette retient

La fine pellicule de lait. Le bol est plein à ras bord, l’autre a mis deux morceaux sucres,

Touille le tout avant de le boire par petites gorgées, tant la boisson est chaude.

Il avait préparé ses deux tartines de pain beurrées avant l’arrivée de l’équipe de tournage.

Il trempe la première dans le bol et la porte à ses lèvres. Paul a 55 ans,

Il est célibataire et travaille à la ferme, Depardon est là de l’autre côté de la table,

Sa caméra sur un trépied filme, est-il seul ou accompagné d’une équipe, on ne sait pas ?

Mais lui, ce paysan, fait comme s’il n’y avait personne et continue à prendre son petit-déjeuner

Comme tous les matins, il fait comme si, il fait comme font les comédiens

Lorsqu’ils répètent plusieurs fois un même plan, il s’adapte au contrat établi à l’avance

Avec le cinéaste, avec la société de production qui paye la prestation ou ne paye rien.

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Au Lido…

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D’ailleurs, il m’a fallu aller payer à la caisse en faisant attention à ne déranger personne.

Je descends les Champs Elysée comme certains acteurs dans certains films classiques.

J’ai été tenté d’entrer au Lido, mais là, blocage de ma part, je n’ai pas pu aller plus loin,

Ma culture d’intellectuel de gauche me l’interdisant. Malgré tout, je voulais tout de même

Réaliser un fantasme un peu fou : m’asseoir au Fouquet’s.

La démocratie c’est formidable, pour six euros seulement, vous pouvez boire un café

Avec deux petits biscuits faits maison, et vivre ainsi ce moment privilégié

Que seuls des hommes exceptionnels côtoient tous les jours…

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Avenue des Champs Elysées…

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Hier, j’ai décidé d’aller réparer un stylo Mont Blanc resté en souffrance dans mon tiroir

Depuis plus de dix années. J’ai pris la direction de l’Avenue des Champs Elysées

Où j’arrive à me garer sans difficulté, près du Fouquets, brasserie très connue maintenant

Grâce à un certain président de la République et à son ex-épouse.

Je suis happé par la nouvelle installation de la boutique Vuitton.

J’entre à l’intérieur voulant voir à quoi peuvent ressembler des gens achetant

Dix fois plus cher ce qui coûte dix fois moins, ailleurs. Je dois vous faire un aveu,

Vuitton, ce n’est pas ma tasse de thé, alors j’ai demandé à l’accueil si l’on pouvait me

Communiquer l’adresse de la boutique de mon porte-plume. Un gars très aimable

Est même sorti de son carré professionnel pour me montrer sur le trottoir

La bonne direction pour mon stylo de luxe.

J’y suis allé en faisant attention en traversant l’avenue,

Car il y a plus de monde ici que dans les p’tites rues de ma banlieue tranquille.

La pompe à encre ne fonctionne plus ; une charmante vendeuse me demande d’attendre

Patiemment un coup de fil me donnant le montant du devis qu’elle n’a pu me faire sur place.

Après cette démarche affolante, j’éprouve le besoin de reprendre des forces,

Et puisqu’il est dix-huit heures, je m’installe à la terrasse d’un truc suédois

Pour une assiette de saumon, crevettes et hareng à doses apéritives, mais heureusement

Accompagnées de pains nordiques que l’on trouve facilement aujourd’hui

Dans tous nos centres commerciaux au rayon pain en tranche de tous les pays.

Alors que le vent a emporté mon petit beurre à moitié consommé,

Je continue mon repas léger sans m’alourdir d’un désert, faute de serveuse,

Elle devait avoir autre chose à faire, que de s’occuper de ce pauvre client.

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Notre très cher Marcel Proust…

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Entre mille individus, je peux deviner immédiatement celui dont le postérieur fait mal

Au point de vouloir le faire rentrer à l’intérieur de lui, anxieusement et où

Les crispations l’obligent à des mimiques de douleur d’une violence sans pareil.

À la vérité, comme moi, ils me ressemblent, ils connaissent ce que beaucoup

De bien portants ne peuvent imaginer. Chacun a sa manière d’affronter

Ce mal si particulier, ce symptôme dont nous aurons tout le loisir de développer

En cette ville où peut-être il n’y a pas grand-chose à faire de la journée,

En dehors des heures occupées à la cure dont je n’ai pas encore eu le programme.

Sans vouloir imiter notre très cher Marcel Proust, j’irai, avec votre autorisation,

Passer toutes mes soirées au casino puisqu’il y en a un ici. Les vieux et les malades

Je les reconnais à leur manière de marcher, faisant un effort insoupçonnable

Pour ne rien montrer, mais se déplacent comme sur des échasses,

Des chaussures à hauts talons pour dames. En fait, nous formons tous une grande famille,

Nous sommes des rhumatisants.

Si par chance ou par malchance, cette souffrance ne vous est pas étrangère,

Sachez qu’il va en être question tout au long de mes vacances et donc évidemment

Tout au long de mon livre, que j’espère poétique, afin d’éviter de trop médicaliser

Ce qui peut être vu autrement. Généralement, ces gens ont la mine triste,

Je le constate dès ma descente du train en les voyant porter leurs valises trop pleines,

Trop lourdes. Contiennent-elles leurs symptômes ou leurs vies tout simplement.

Bien sûr, comme eux je souffre et me sens souvent démuni devant la maladie,

Mais pour l’heure, je refuse de m’appuyer bêtement sur une canne pour marcher.

J’ai l’impression que cela retirerait ce qui fait encore de moi un homme respectable…

Illusoire impression. Je titube souvent depuis quelque temps, mais cette cure,

Je l’espère, apportera un peu de réconfort à l’ensemble de mon corps qui jadis connut

Tant de beauté, tant d’élégance. Les voyant si mal en point, j’ai un sentiment affreux :

Ce spectacle me fait du bien, je pense ne pas être comme eux,

Même si j’ai les mêmes douleurs, je ne le montre pas de la même façon,

Du moins, j’ai cette conviction…

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Gilles-Robert…

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Gilles-Robert a laissé tomber son projet de faire la liste de toutes les maladies du maître.

Il a décidé de retourner à sa comptabilité, puisqu’il est aussi comptable,

Sous les ordres de monsieur Schreber. Seulement, nous nous sommes demandé ce qui

L’avait déterminé à annuler ce travail de recherche au fond si intéressant.

Il nous a dit avoir compris qu’avec le temps, on saura tout de sa vie de malade, alors…

Nous n’avons pas trop insisté, bien que voir quelqu’un dans notre équipe reculer

Devant un projet nous déprime un peu, surtout de la part d’un si beau stagiaire,

Volontaire comme il est, depuis qu’il travaille dans notre maison.

Nous n’avons jamais su quelles étaient les motivations de nos supérieurs

À nous recruter, mais lui, Gilles-Robert, nous a fait quelques allusions croustillantes

Sur ses rapports avec la direction. Nous avons tous déduit qu’il avait été pris,

Non pas tant pour ses compétences, mais pour sa mine de jeune éphèbe…

Lorsque le train s’arrête, je descends. Je regarde autour de moi,

Tout est merveilleusement nouveau, même le bleu du ciel.

Le voiturier de l’hôtel où j’ai réservé une chambre n’est pas encore là, ce qui me permet

D’apercevoir quelques futurs curistes qui, comme moi, souffrent affreusement

Du nerf sciatique et viennent ici pour quelques soulagements.

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271 tableaux de Picasso…

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Un article dans le journal attire mon attention. Il s’agit des 271 tableaux de Picasso

Retrouvés chez un couple ex-amis et employés du peintre et de sa femme…

Comme les Picasso, artiste peintre, j’ai vécu dans un château au moment de mon existence

Où je produisais le plus de tableaux. En 1991, j’avais à restaurer ce bâtiment,

J’ai donc employé des ouvriers et des artisans pour exécuter ces travaux.

Il se trouve qu’avec ces hommes j’avais une relation privilégiée. Sous mes consignes,

Ils travaillaient tous en harmonie, et si souvent j’étais exigeant, mon respect à leur égard

Était si absolu, que parfois, pour me remercier, ils me laissaient fixer le montant

De leurs honoraires, mais ils savaient les bougres, que j’étais large financièrement.

Ils évoluaient donc dans mon atelier/appartement où mes tableaux,

Exposés sur les murs fraichement peints, obtenaient de leur part

Un regard admiratif, mais surtout respectueux… Pour eux j’étais le Picasso de Chartres.

Alors, comme les Picasso, il m’est arrivé de donner des tableaux à ces hommes,

Je me souviens de l’un d’eux, il était électricien, je lui ai donné trois tableaux…

Il est donc tout à fait normal pour un artiste d’avoir ce genre d’élan de générosité

À l’égard de personnes n’ayant aucun rapport avec l’art. Alors pour ce couple

Qui garde pendant 40 ans ces paquets offerts par leurs patrons,

Ces toiles sont comme des objets relevants du sacré,

Et chez ces gens-là monsieur, un don ça ne se vend pas…

Mais dans la vie on ne fait pas ce que l’on veut, un cancer terrible bouffe l’épouse,

Alors pour la soigner, l’homme a besoin d’argent,

C’est à ce moment-là que la police est venue pour les punir.

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Une drôle de carcasse que cet homme-là…

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Lui – De Racine, on a dit du mal et du bien, mais pour moi, malgré son oeuvre,

Il eut été préférable, pour lui du moins, qu’il fût un homme ordinaire,

Sa vie en aurait été bien meilleure. Tous ces drames dont il nous a donné la quintessence

N’étaient probablement qu’à l’aune de ce qu’il vivait en son for intérieur,

Une drôle de carcasse que cet homme-là, tout le monde l’a encensé,

Comme il sait si bien le faire devant les barbares et macaques de tous poils,

Et cela depuis la nuit des temps.

Moi – Je partage votre point de vue, en effet être un homme « ordinaire » est de loin

Préférable à vivre sous les projecteurs de la reconnaissance, tarte à la crème,

Cause de toutes les dérives, les malentendus, les aliénations.

Sartre est coupable de m’avoir séduit avec son théâtre, ému avec ses livres,

Et malgré sa personnalité imparfaite, je m’autorisais à son image à devenir un homme pensant,

C’est bien cela qu’il m’a inculqué, mais aujourd’hui je n’ai plus la force de porter

Sur mes épaules, ce poids trop lourd, je ne sais plus ce que sont les relations avec les humains.

Est-ce bien raisonnable de la part d’un auteur de nous mettre dans cette situation ?

Sartre était un sacré bonhomme, je ne sais si je lui ressemble, en attendant,

Je vieillis comme lui a vieilli, involontairement. Je ne suis pas triste, seulement

Je tiens à garder les yeux ouverts sur mon existence, je veux rester conscient.

Ma peau est une carapace faite de marbre, tout glisse sur moi comme le vent.

Mais reconnaissons au moins une chose, lorsque nous avons à vivre une telle dégradation

De la santé, nous éprouvons tous le même dilemme : comment repousser ce qui a demandé

Des années à se construire, quant à l’évidence il n’y a plus rien.

Quand l’heure est venue de dire adieu,

L’homme persiste à se raconter des histoires,

Se raccrocher à de l’espoir auquel il veut croire encore un peu.

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Les artistes sont nos amis…

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Moi – Les artistes sont nos amis, les garants de nos institutions, et par leurs mots,

Leurs actes, ils crient leurs vérités à la face du monde. Je les vois presque toujours

En avance sur leur temps, et parce qu’ils mettent le doigt sur ce qui fait mal,

On les insulte, les rabroue de toute part, et principalement au sein

De ces hommes de loi ne pensant qu’à leurs revenus, leurs défraiements.

On promulgue des lois qui à peine votées sont caduques et donc bonnes

À être remise à l’ordre du jour d’une prochaine session… ce qui permet

À tous ces gens de continuer à soutirer l’argent du peuple pour rien, car

Le voleur reste voleur et le tueur continu à tuer, et leurs juges impuissants,

Déshonorés de tant d’échecs, baissent les bras en pensant à Socrate.

Lui – Socrate est un bel exemple pour étayer notre discours, que n’a-t-il connu,

Les pires condamnations de ce peuple dont vous vous faites l’avocat,

Condamnations allant jusqu’à sa mise à mort, lui, l’homme de génie, audacieux

Et si bizarre parfois, en arriverait à mettre en cause vos certitudes les plus assises.

Moi – Mon cher monsieur, si les lois étaient toutes bonnes,

Elles ne feraient aucun mal aux innocents, ne persécuteraient pas les génies, puis,

Être intelligent ne protège-t-il pas de la bêtise et du mal en général ? Certains d’entre eux,

Sont certes insupportables, et dans ce cas, à votre avis, que devons-nous faire avec eux ?

Lui – Il faut les noyer.

Moi – Très drôle ! Vous n’y allez pas de main morte…

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Ne faire venir personne à la maison…

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Les week-ends, nous serons libres de voir qui on voudra, quand on voudra,

Par contre, la semaine, on s’arrangera à ne faire venir personne à la maison.

Pour le courrier, j’ai une préférence : avoir ma propre boîte aux lettres,

Bien que si elle était commune, nous aurions moins de publicité…

Nous éviterons bien sûr de partir ensemble en vacances,

Je ne supporte pas la promiscuité quand il fait chaud.

Par contre, nous passerons beaucoup de temps à parler pour ne rien dire

Autour d’un verre ou d’une tasse de thé.

Le premier souvenir que j’ai d’elle, c’était dans mon lit…

J’étais très souvent malade, allongé pendant des heures à me reposer.

Comment étais-je tombé sur elle ? Peut-être l’influence d’une émission de télé.

Je faisais part de ma découverte à tous mes amis, mais eux, disaient, ce n’est pas grave,

Il radote le pauvre…J’avais fini par l’appeler « La Nothomb », tant je l’aimais,

Recevant chacun de ses mots, chacune de ses phrases

Comme des notes de musiques en pleine figure…

Depuis quelque temps j’éprouve du plaisir à revenir sur mon passé,

À retourner sur les traces du jeune homme que j’ai été jadis.

Pourtant, rien d’extraordinaire ne m’est arrivé, mais ce passé-là me revient

Sans cesse sans même le vouloir. Que veux-tu, vieillir est une chance,

Il faut en accepter les inconvénients.

Il n’y a rien d’anormal à cela, mais pourquoi est-ce ainsi ? Voilà ce qui me tracasse,

Aggrave ma situation. À voir et revoir ces images de ma jeunesse,

Le plaisir éprouvé de certaines situations particulières me venant tel un rêve à répétition

Et voulant dire quelque chose que je n’arrive pas à saisir.

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