à été décerné à l’unanimité pour l’ensemble de son oeuvre
à LUC LANG

à été décerné à l’unanimité pour l’ensemble de son oeuvre
à LUC LANG


Je reconnais qu’il s’agit là d’une façon de vivre à deux un peu particulière, mais enfin,
C’est notre manière à nous de nous aimer. Je ne me mêlerai pas trop de ses affaires,
Chacun doit s’occuper des siennes, sans trop s’interférer dans la vie de l’autre,
Mais, enfin, si je peux dire quelque chose, je dirai qu’Albin Michel,
Il exagère un peu de ne l’autoriser à pondre qu’un seul livre par an,
C’est frustrant. Ma mère attend toujours le suivant et parfois,
Je ne sais pas quoi lui donner à lire en attendant…
J’espère qu’elle aime les restaurants, bien qu’elle ait entretenu toute une saga sur sa nourriture,
Probablement encore un coup médiatique de son éditeur…
Ne faisons pas une fixation sur ce sale bonhomme.
Elle me dit que je ne l’aime pas, car il ne veut pas publier mes frasques.
Mes frasques, qu’elle appelle ça, elle ne manque pas d’air, elle, pour qui prend-elle ?
Je ne serai pas jaloux, elle pourra voir tous les gens qu’elle jugera utiles
Pour sa carrière ou sa vie privée, à la seule condition
Que cela ne dérange pas trop notre quotidien.

Aurait-il voulu se marier, faire couple avec Amélie Nothomb ?
Comment répondre à cette question sans lire très attentivement ces fameux textes
Trouvés sur son bureau, et dont voici quelques bribes
Pour vous faire une idée de ce qu’il était.
Ma petite Amélie chérie, je l’ai rencontrée un jour,
Elle sortait du cinéma MK2 des halles, et moi j’y entrai.
Cette rencontre était bien une rencontre loupée quelque part … Mais, à quoi ça sert
De ressasser toujours ces choses qui font mal : c’est triste de savoir
Que nous ne vieillirons pas ensemble. C’est comme une histoire qui ne s’est jamais écrite,
Dommage, elle et moi, nous aurions pu faire un sacré couple.
C’est une écrivaine, même que le journal ELLE lui avait demandé un texte
Pour occuper ses lectrices… C’est étrange qu’elle ait accepté ce contrat avec ce journal.
Quelquefois, je me dis qu’elle est incohérente, mais fait-elle ce qu’elle veut ?
Sa maison d’édition a l’air de bien maîtriser son affaire :
De Nothomb, n’en a-t-elle pas fait une vedette ? À y réfléchir de près,
Envisager de vivre avec elle au quotidien, je me demande si c’est une si bonne idée ?
… Je pense que oui, avec elle, ce serait encore possible, car je sais
Qu’elle est indépendante, qu’elle le sera avec moi et ça, pour moi c’est rédhibitoire.
Nous aurons un grand espace pour vivre ensemble, genre deux appartements,
Un pour chacun, plus peut-être, pourquoi pas, une salle commune,
Pour les moments où on accepterait, oh, ma douce Amélie,
De partager quelque chose : nous voir.

Ce que tu dois lire pour avoir ton Bac :
– Le Cid, Horace, Polyeucte, Don Sanche d’Aragon, Andromède,
La conquête de la toison d’or, Psyché, Médée, L’Illusion comique, de Corneille
– Andromaque, Britannicus, Bérénice, Bajazet, Phèdre, Athalie, de Jean Racine
– Tartuffe, Le Misanthrope, Dom Juan, George Dandin, Les Fourberies de Scapin,
Les Précieuses ridicules, Le Bourgeois Gentilhomme, de Molière
– La double inconstance, de Marivaux
– Le Barbier de Séville, Le Mariage de Figaro, de Beaumarchais
– Henry III et sa cour, d’Alexandre Dumas père
– Hernani, Ruy Blas, de Victor Hugo
– Ubu roi, d’Alfred Jarry
– Les Mains sales, de Jean-Paul Sartre
– Les Justes, Caligula, d’Albert Camus
– La Nuit vénitienne, Lorenzaccio, Spectacle dans un fauteuil, André del Sarto,
Les Caprices de Marianne, On ne badine pas avec l’amour, d’Alfred de Musset
– Le Gendre de Monsieur Poirier, Les Lionnes pauvres, d’Émile Augier
– La Dame aux camélias, La Question d’argent, Le Fils naturel, d’Alexandre Dumas fils
– Le Voyage de Monsieur Perrichon, La Cagnotte, d’Eugène Labiche
– La vie des douze Césars, de Suétone
– La Machine infernale, de Jean Cocteau
– Œdipe roi, de Sophocle
– La guerre de Troie n’aura pas lieu, de Jean Giraudoux
– Euridyce, de Jean Anouilh
– La Reine morte, de Henry de Montherlant
– Hamlet, Le Conte d’hiver, Songe d’une nuit d’été, de Shakespeare
– La vie est un songe, de Calderon
– La nuit de Valognes, Variations énigmatiques, Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran,
La Tectonique des sentiments, Kiki van Beethoven, d’Éric-Emmanuel Schmitt
– Art, Le Dieu du carnage, de Yasmina Reza
– Théâtre sans animaux, Musée haut, musée bas, René l’énervé, de Jean-Michel Ribes
– La Nuit juste avant les forêts, Combat de nègres et de chiens, Quai Ouest,
Solitude des champs de coton, Le Retour au désert, Roberto Zucco,
De Bernard-Marie Koltès
– Incendies, de Wajdi Mouawad
– Il y avait foule au manoir, La Comédie du langage, de Jean Tardieu
– Le Rhinocéros, d’Eugène Ionesco
– Oh les beaux jours, de Samuel Beckett
– Des journées entières dans les arbres, de Marguerite Duras
– Les Bains, de Maïakovski
– Mère Courage, La Vie de Galilée, de Bertolt Brecht
– Le Soulier de satin, de Paul Claudel
– Le Sens de la marche, Paolo Paoli, d’Arthur Adamov
– Par-dessus bord, Le Compte rendu d’Avignon, de Michel Vinaver
– Le Dernier Caravansérail, Les Éphémères, d’Ariane Mnouchkine
– Anthologie du théâtre français, de Philippe Tesson
– sans oublier les auteurs suivant : Diderot, Alfred de Vigny, Georges Feydeau,
Eugène Labiche, Jean-Louis Barrault, Patrice Chéreau, Stanislas Nordey,
La commedia dell’arte, Roger Planchon, Jean-Claude Grumberg.

Olivier Py, 48 ans, a fait l’école nationale supérieure des arts et techniques du théâtre,
Le conservatoire national supérieur d’art dramatique, il a étudié la philosophie et la théologie,
Si je m’en tiens aux données de Wikipédia notre bible à tous. Il a publié vingt livres,
A joué dans une dizaine de pièces, mis en scène près de soixante-dix spectacles
Entre 1988 et 2013. C’est donc à partir de son travail, de son expérience béton,
Théâtrale et personnelle, que nous arrive encore l’exemple à suivre. La critique,
Brigitte Salino, incontestable spécialiste des planches, nous donne un papier
Sur ses impressions toutes personnelles du Roméo et Juliette de Py. Combien d’élèves
Sont allés plus de dix fois au théâtre dans leur vie ? Que voulez-vous que ce brillant article
Leur dise sinon que ce couple shakespearien, statufié dans le marbre depuis des siècles,
A été maltraité, à tort ou à raison, par cet artiste contemporain. Nous sommes dans l’anecdote,
Le débat est impossible, il ne peut avoir lieu par manque d’expérience et de préparation.
Ce point de vue, je le mets sur la table de discussion, car peut-être, sur ce coup, ai-je tords ?

C’est incroyable comme les gens superficiels peuvent être parfois intéressants,
Je m’en suis toujours éloigné de peur d’attraper cette maladie contagieuse,
Alors qu’ils sont si charmants dans le fond…
J’ai toujours préféré m’entourer de gentils « intellectuels qu’on dit de gauche »…
Lorsqu’on voit où ils m’ont mené… S’il y a des amis dans la salle, qu’ils m’excusent
De cet égarement, c’est une façon de parler, histoire de dire quelque chose…
Je n’ai jamais fait de CV de ma vie, jamais.
Si tu veux rester au chômage, le CV c’est génial.
Si tu cherches un emploi, il n’est pas facile d’en trouver un, certes,
Mais voilà un mode d’emploi : prendre la rue de Rennes, si vous êtes à Paris,
Dans une autre ville, dégottez une rue pleine de commerces et de bureaux.
Dans cette rue donc, vous entrez partout, là où la porte s’ouvre à vous…
Depuis quelques semaines, il se voyait faire l’inventaire de quelque chose.
Il avait pensé ouvrir les placards de son appartement afin d’y faire la liste
De tout ce qu’il y avait à l’intérieur, avec des photos explicatives, seulement,
Il n’arrivait pas à s’y mettre, manquait la motivation, reine de toutes actions poussant à agir.
Puis, un soir, l’idée de sa bibliothèque lui vint à l’esprit naturellement,
C’était l’évidence même. Il s’y jeta à corps perdu, c’était devenu sa drogue.
Les mots du neveu de Rameau m’amusèrent beaucoup, alors je m’installai avec lui
Pour une conversation à deux pour un temps indéterminé.
Moi – Les génies revendiquent toujours leur génie.
Lui – Peut-être, mais pas d’une manière franche, ils aiment à laisser le doute
S’installer dans nos esprits.
Moi – Vous me donnez l’impression d’entretenir une forte haine à l’égard de ces hommes-là ?
Lui – Tout à fait, j’en ai horreur d’une façon irréversible !
Moi – N’avez-vous pas l’impression de faire partie vous-même de cette société
Dont vous dites avoir la nausée ? Si nous voulons être heureux,
Nous devons essayer de voir clair en nous, seulement nous avons tendance
À tergiverser naturellement et à ne pas regarder les choses en face,
À rester dans un entre-deux confortable. Écoutez-moi, avec ou sans folie,
Les génies sont ce qu’ils sont, et nous en avons besoin plus que tout,
Et j’ai du mal à imaginer un siècle sans…

C’était l’époque du film « les 400 coups » avec Jean Pierre Léaud,
Deux amis et moi formions trois bons copains inséparables, nous étions des gosses de Paris
Largués par des parents dépassés par leurs vies branlantes…
Sa mère à Gérard était malade psychiatriquement. Il s’en occupait beaucoup,
Mais ne disait rien, ne se plaignait jamais. Lui et moi, nous sommes restés
Quelques longues années à ne pas nous adresser la parole pour un malentendu
Dont la teneur m’échappe aujourd’hui. Sa mère et sa grand-mère fréquentaient la terrasse
D’un café » l’Etincelle « , situé à l’angle de la rue de Rivoli et celle du Bourg Tibourg.
Tous les après-midi, elles y étaient installées avec d’autres amies et ça parlait,
Ça parlait en français, en yiddish et en je ne sais quoi encore, et ça buvait
Un café à deux balles pour cinq heures non-stop, j’imagine, le garçon devenir fou.
Dans cette robe de mariée qu’elle voulait blanche à tout prix, elle disait
» Pour l’occasion, il faut marquer le coup c’est important «
Comme elle était jolie avec sa mine d’éternelle étudiante, ses chaussures de soie et
Ses bas de chez monoprix. Elle était heureuse et moi j’étais ému, troublé, malade,
Mais quand même heureux aussi.
C’est dans un petit restaurant de la rue du Bourg Tibourg que nous eûmes l’idée
De fêter cet événement majeur. Nous avions organisé cette fête dans la discrétion.
Il y avait nos deux familles, la sienne et la mienne, elles ne se connaissaient
Pas encore, alors, elles ont bu et mangé ensemble. Dans le fond, c’est pas mal
Les réunions familiales, ça rapproche les gens. Là également étaient présent
Les patrons de mon père. C’était important pour lui de montrer que nous étions
Capables de faire des choses de riches… Mon père, vous savez, c’était un cas…
Et puis, nous avions invité quelques-uns de nos amis, avec qui d’ailleurs,
Nous avons terminé la soirée au Pub Renault des Champs-Elysées.
Depuis, je ne me suis jamais remarié.

… Elle dit ce qu’elle veut sans se soucier du bien-fondé de son discours.
J’ai longtemps considéré ces flashs comme inutiles, mais je me rends compte
Maintenant qu’il s’agit là peut-être de quelque chose d’important.
Ces petites histoires, ces associations, ces images fortes, nous construisent,
Se renouvellent, se réactualisent en permanence. Probablement
Est-ce la base même de notre personnalité, de ce qui nous tient debout ?
La contrainte que je m’impose dans ce travail sur ma mémoire
Est de ne pas chercher à vérifier quoi que ce soit, de ne pas aller sur place
Pour me rappeler je ne sais quoi. Je tire de ces rues de Paris le témoignage
D’une parcelle du contenu de mon propre cerveau.
La règle du jeu est de proposer à la mémoire de s’exprimer pour le plaisir,
Et trouver les mots convenant à ces promenades. Dans mon enfance,
Ayant toujours souffert de l’exiguïté de nos logements, il m’est arrivé de rêver
À l’espace d’une DS, voiture mythique à l’époque. Dans ces vastes fauteuils,
Je me voyais organiser un appartement à moi tout seul, organiser un coin-lit
Pour dormir tranquillement, un autre pour manger et vivre sans personne autour,
Déjà ce désir de solitude m’attirait ombrageusement.
Cette problématique du manque d’espace a dû jouer un rôle important
Quant au choix de ma profession par la suite.
J’ai travaillé dans l’immobilier pendant près de vingt années.
J’ai passé mon temps à » tourner autour de ça « , surtout après mon divorce,
Lorsque je me suis senti libre de faire ce que je voulais. J’ai cherché à compenser
Ce qui me tenaillait aux tripes, j’ai habité tantôt une chambre de bonne, tantôt un château
Avec des pièces immenses. Souffrance, tu m’as obligé à me dépasser, et c’est tant mieux.
Tu as pris ta revanche sur les injustices de l’existence,
Et avec le temps, je suis devenu l’acteur de mon propre destin.

Nous dînons souvent entre amis et nous rencontrons parfois Witold.
Il vient souvent en ces lieux de l’écrit que représente Saint-Germain,
Draguer les p’tites minettes de cet îlot de chiens. Mais trêve de plaisanterie,
Julien nous a fait quelques confidences incroyables au sujet de Gombrowicz,
Mais nous lui avons promis de les garder pour nous,
C’est pourquoi je ne vous dirai rien là dessus ici.
L’humanité s’écroule et Marie m’ennuie toujours. Hier soir, alors que nous étions
Confortablement installés devant l’écran de toutes les catastrophes,
Regardant comme des millions d’individus ce qui ne nous est pas arrivé,
Elle, me fit toute une histoire au sujet de mes obsessions concernant le thé de Chine.
Moi, lui ai-je objecté quelques reproches sur sa façon de voir ses anciens amants ?
Nous les voyons arriver sans être prévenus et ils s’attablent à toutes heures du jour.
Pas de la nuit, je m’y suis refusé dès le départ, il y a des limites, faut pas exagérer.
Parfois, je me dis, si l’appartement de Margueritte Duras aux Roches noires,
À Trouville-sur-Mer, se libérait, aimerai-je y aller vivre, m’y installer ?
Vous savez, Trouville, c’est toute ma jeunesse. Mon père nous y emmenait l’été
Au mois d’août, on savait quand on arrivait, mais le jour du départ, on ne le savait jamais,
Ça dépendait si au casino il avait perdu l’argent de nos vacances…
Heureusement, prévoyant, il achetait d’avance les billets de train pour le retour…
Pas idiot, il se connaissait bien ! Je ne sais si Marguerite Duras aimait le bridge,
Mais si c’était le cas, il est possible, il est même certain qu’elle l’ai connu,
Car, mon père connaissait beaucoup de monde, mais je ne me souviens pas
Qu’il nous parla d’elle. De toute façon, nous, cette dame, on ne la connaissait pas
Et puis de toute façon, il faisait ce qu’il voulait, on n’avait rien à dire…
La mémoire se promène dans le passé comme dans un jardin.