Je ne devrais jamais parler d’amour…

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L’amour, n’est sûrement pas que du bonheur, c’est autre chose aussi.

Elle me dit toujours que je ne devrais jamais parler d’amour, car je ne sais pas faire,

Surtout par écrit. Tu parles comme elle est sympa, ma Nothomb…

– Mon Amélie chérie, écoute-moi bien, si j’ai envie de causer de ça,

Je le fais sans même avoir ton avis, je suis un homme libre et compte le rester…

Pour ce qui concerne les questions d’argent, elle et moi,

Nous garderons, comme maintenant, nos comptes bancaires séparés,

Je ne veux pas qu’un jour, elle dise que c’est pour sa richesse

Que je me sois approché d’elle, je ne le supporterai pas.

À l’idée qu’elle puisse penser une telle chose j’en tremble d’avance…

Une autre question me tracasse beaucoup ces jours-ci, j’ai peur qu’elle veuille

Me demander en mariage, ne serait-ce que pour des questions fiscales.

Je trouverai cela mesquin, petit de sa part. Elle me dirait que c’est une idée d’Albin,

Le vilain, je m’en doutais, celui-là si je le tiens…

– Ma chère Nothomb, n’as-tu pas l’impression que souvent l’écriture est diarrhéique ?

– Bien entendu, comment veux-tu qu’il en soit autrement, ce sont des mots,

De la parole qui se dévide de l’intérieur à l’extérieur de nous…

Nos conversations sont toujours passionnantes, on ne se lasse jamais d’être ensemble

Et pourtant, nous ne sommes pas amoureux l’un de l’autre

Dans le sens commun des mortels…

Pour la promotion de son œuvre, nous avons quelques obligations,

Des choses mondaines avec des gens débiles, mais dans le fond tout ça m’est égal,

Ce qui importe c’est qu’elle soit heureuse avec moi, j’essaie le plus que je peux,

J’espère ne pas la voir malheureuse un jour, mais on ne sait jamais, et là,

On se retrouverait comme des cons à revivre cette putain de solitude

Que personne n’aime avoir sur le dos !

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Mon cher Sigmund,

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Mon cher Sigmund,

Je relève avec beaucoup d’amusement, tes conflits avec tes amis. Entre autres,

Jung à qui tu écris le 3 janvier 1913 :  »  Il est convenu entre nous, analystes,

Qu’aucun de nous ne doit avoir honte de son morceau de névrose.

Mais celui qui, en se conduisant anormalement, crie sans arrêt qu’il est normal,

Éveille le soupçon qu’il lui manque l’intuition de sa maladie.

Je vous propose donc que nous rompions tout à fait nos relations privées « ,

Et Jung t’écrit le même jour, au même moment :  » Je vous offre de déployer

À votre égard les mêmes soins Psychanalytiques que vous m’offrez parfois … « 

Quand je te disais que tous les hommes sont des macaques…

L’amour est un poids, un poids lourd à porter, surtout depuis l’arrivée

De Marie à la maison. Marie l’aimée. Si, aller dormir n’a jamais été

Un problème pour moi, maintenant, je ne dis pas que ce soit un calvaire,

Mais j’éprouve de la réticence, car nous partageons le même lit.

Quelle idée nous avons eue là, c’est la règle, nous a-t-on assuré,

Nous avions le choix de faire autrement, mais c’est délicat, vous savez, ces affaires-là.

Souvent me revient le mot « aimer » comme une rémanence de quelque chose du passé,

Qui a eu lieu, mais n’est plus d’actualité.

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Vivre à Paris…

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Un matin, alors qu’il se brossait les dents, la femme du cabinet de son psy

Lui revenait à l’esprit. Il émit l’hypothèse que cette pauvre femme, venue de Lisbonne

Vivre à Paris, couvait un secret qu’elle cachait à tous, même à son psy :

Elle ne savait pas lire.

De cette terrible découverte, nous pourrions en écrire des paragraphes entiers,

Mais restons-en là pour l’instant. Il informa son psychanalyste de son intention

De mettre un terme à ces séances. Celui-ci eut du mal à entendre cette décision.

Ne fallait-il pas du temps, beaucoup de temps pour guérir ? lui disait-il.

L’autre rétorqua : mais, guérir, guérir, de quoi voulez-vous guérir ?

Bref, comme toutes les ruptures, celle-ci ne fut pas facile …

Le moment de la fin était donc arrivé, il se sentit libre maintenant,

Du moins pour ce qui concernait les mercredis après midi.

Il pourrait occuper ce temps-là à d’autres choses,

Il remplacerait ces rendez-vous par des promenades dans Paris par exemple.

Malgré tout, un certain vide s’était installé en lui. Il caressa plusieurs idées

Pour compenser cette perte, en venir à bout, et la seule qui lui parut viable

Était celle d’entrer dans l’écriture, car avec ça au moins, il resterait

Avec ce qu’il aimait le plus, c’est à dire les mots.

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Claude Olievenstein…

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Je me souviens de ce restaurant où, il y a quelques années, Claude Olievenstein

Était attablé avec une équipée de copains. Tous, s’amusaient comme des petits fous

Et pour mes amis et moi-même, ça nous avait surpris de voir des psys

Se lâcher ainsi en public… Comme l’on peut être conformistes parfois…

La vue de gens connus en chair et en os démystifie l’image qu’on en a

Ou qu’en donnent les livres et les médias. Un jour, cet homme quitte tout :

Son équipe, ses amis, son travail à l’hôpital, sans laisser d’adresse.

Il part à Manille pour vivre une histoire d’amour et écrire un livre.

Là, il traitera de la parano en général et de la sienne en particulier.Probablement

A-t-il voulu s’impliquer personnellement afin de mieux toucher son sujet.

C’est donc un psy qui pète les plombs, jette toutes les souffrances qu’on lui a injectées,

Dans des pages bien blanches, puis revient tout neuf, tout beau, prêt à redémarrer.

En attendant, son livre, faut se le farcir, et même si parfois il dit vrai,

Dans le fond, c’est fatigant, la parano des autres…

Les artistes ne se sentent pas comme nous, Ils vivent dans d’autres sphères

Et personne n’est là pour les remettre à leur place, il le faudrait pourtant.

Les hommes de génie comme mon oncle Rameau sont une charge pour nos sociétés

Et s’ils sont à l’origine des changements du monde, je ne sais si à la vérité

Cela a un quelconque intérêt pour nous tous. La bêtise humaine restera toujours

Le ferment originel des actions des hommes, les menant cahin-caha vers le chaos.

Les sages ne sont pas ceux qu’on croit, les vrais, les purs, se noient dans le peuple

Et porte l’habit moyen des gens moyens, ainsi, vivent-ils et meurent

Dans la plus grande discrétion et l’anonymat le plus respectable.

Quant à mon oncle, il va bien, puisque vous me demandez de ses nouvelles,

Mais j’ai bien peur que le bien qu’il veut apporter à l’humanité

Ne se transforme en catastrophe. Pour vivre heureux, vivons cachés, dit un proverbe,

Permettez-moi d’en ajouter un autre : moins j’en sais, mieux je me porte…

Pouquoi vous dis je cela ? Peu importe, mais je veux vous raconter une histoire

M’étant arrivée un jour où j’étais installé à table avec des politiques

De la plus haute importance pour le pays, ou du moins considérée comme telle.

L’un d’eux affirma que seul le mensonge était entendu par les peuples, quant à la vérité,

Ils ne veulent pas l’entendre, ça leur fait peur ! L’homme à la parole facile

Donna moult arguments dont je ne me souviens plus, mais j’ai bien retenu une chose :

Les pires d’entre nous sont les gens se considérant supérieurs aux autres,

Et si les lois de la République le permettaient, il faudrait ne pas les laisser grandir.

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Épée de Damoclès…

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Un autre jour, alors qu’il attendait au café du coin la bonne heure du rendez-vous,

Il vit passer son psy sur un vélo, avec à l’arrière, un siège d’enfant vide.

Il déduisit alors que cet homme n’avait pas qu’une femme…

À part ça, leur relation était convenable, sauf qu’il y avait entre eux

Cette épée de Damoclès :  » Ce n’était pas une affaire qui allait durer dix ans « .

Cela avait l’air de déranger le psy, non que celui-ci pensât uniquement

À son chiffre d’affaires, d’autant, comme on l’a dit plus haut, qu’il recevait

Ses honoraires par chèque, ce qui, dans cette profession, est plutôt mal considéré.

Le neveu de Rameau. Ce pauvre bougre n’était donc rien de moins que le neveu

De ce musicien célèbre à la cour du roi, mais aussi et surtout dans nos salles de spectacles,

Que tout le monde connait ou peut connaitre en consultant l’Encyclopaedia Universalis,

Wikipedia ou la Bnf tout simplement. Entre lui et moi s’est établi un dialogue

Et je vais essayer de vous en donner la teneur le mieux que je pourrais.

Lui : Mais que fais-tu là mon bonhomme, à la terrasse de ce café de racaille

Alors que tu devrais être en train de travailler pour le bien de l’humanité,

N’es-tu pas philosophe que je sache ?

Moi : Tu me fais rire, je suis un homme comme les autres et j’ai besoin

D’un minimum de contacts avec mes semblables dans ces endroits ordinaires

À les regarder vivre, jouer aux cartes, aux dames où aux échecs,

Car je ne peux rester cloitré chez moi, enfermé à double tour…

Lui : Bah ! en dehors de deux ou trois messieurs, le reste ne vaut pas un clou,

Ils ne font que mimer, singer comme ces acteurs de la Comédie-Française.

Moi : Tu es dur avec les hommes, tous ne peuvent être nés géniaux.

Lui : Certes mon capitaine, mais au jeu comme en art, la médiocrité est insupportable.

Moi : Sinon, que fais-tu de beau ?

Lui : Ce que font tous les autres hommes, rien de plus, rien de moins, je fais du bien,

Je fais du mal, comme tout un chacun, je mange quand je trouve à manger,

Je bois pour apaiser ma soif, toujours à me torturer l’âme tant le besoin d’alcool

Dépasse l’entendement. Et puis, et puis, je me suis rasé la barbe, pour faire propre.

Moi : Et ta santé comment va-t-elle ?

Lui : Comment veux-tu qu’elle aille, couci-couça, un jour bien, un jour mal,

Mais aujourd’hui, elle ne va pas terrible en fait.

Moi : Pourtant ta mine est resplendissante et ton ventre a l’air bien rempli.

Lui : J’ai un problème avec l’humeur, elle me fait grossir, alors que pour mon oncle,

Elle lui coupe l’appétit et le bloque en tout.

Moi : Justement, Rameau, le vois-tu quelquefois ?

Lui : oui, passer dans la rue.

Moi : Comment, riche comme il est, il ne te donne pas un peu de sa richesse ?

Lui : C’est un homme particulier … Les artistes ne pensent qu’à eux,

Le reste du monde peut crever la gueule ouverte, ils s’en foutent,

Voilà la vérité et même sa fille et sa femme peuvent mourir,

Pourvu que rien ne le dérange !

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Voir ce Lacanien…

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Seulement voilà, un jour qu’il attendait son tour dans la salle d’attente,

Il prit une revue posée sur une table basse et lut : tout homme attend

Quelque chose d’un autre, que cet autre ne peut lui donner… Avec ça,

Il eut à improviser une séance qui s’avéra plutôt merdeuse. Le lendemain,

Il déprima, pensant à ces tours de Manhattan tombées en poussière,

Évènement originel, ne l’oublions pas, de sa décision d’aller voir ce Lacanien.

Heureusement, le temps passant, il sentit en lui poindre

La fin de cette souffrance, de cette peur qui le tenaillait jour et nuit.

Il déduisit qu’il s’était agi là d’une crise existentielle qu’il fallait prendre au sérieux.

Certaines choses étranges avaient troublé l’attention de notre héros dans cette aventure,

Il avait l’impression d’être entendu par une personne planquée de l’autre côté

De la cloison séparant le cabinet à l’appartement personnel mitoyen du psy.

Qui était là à écouter ? Qui se cachait de l’autre côté du mur ?

Son psychanalyste avait une femme de ménage, il n’y avait rien d’anormal à cela,

Plusieurs fois, à la fin des séances, la femme de ménage sortait en même temps que lui

Et descendait l’escalier comme si de rien n’était. Que cherchait-elle au juste ?

Les mots qu’elle écoutait avidement au travers de la cloison l’inspiraient-elle ?

Trouvait-elle qu’il y avait quelque chose d’inachevé dans ce dialogue

Entre son patron et ce client ? Mais, au fond, pourquoi s’était-il mis en tête

Qu’il s’agissait d’une femme de ménage ? Et si c’était sa femme à cet homme ?

Pourquoi ce psy ne pouvait-il pas être marié à une femme portugaise ?

Femme de ménage ou épouse tout simplement,

Toujours est-il que cet homme avait bien le droit

De ne pas vouloir vivre dans la solitude.

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Ferenczi…

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Pour faire avancer la « cause », je propose trois points.

1) Le rêve est peut-être autothérapeutique, mais je n’en suis pas sûr.

Si c’était le cas, ce serait un concept psychanalytique révolutionnaire

Remettant en question l’analyse, telle qu’elle peut être pratiquée actuellement.

2) Peut-on concevoir l’idée que chaque rêve est une oeuvre d’art ?

Le travail de l’analyste consisterait à développer cet aspect créatif propre à chacun

Et la psychanalyse serait au service de l’art plus qu’à autre chose…

3) J’ai la conviction que tout rêve mène à une réflexion intellectuelle de haut niveau

Et donc très intéressante pour l’individu faisant ce travail sur lui-même,

Tout cela menant bien sûr au plaisir, but essentiel de l’opération …

Conclusion : nous n’avons rien à craindre de la psy., sinon qu’elle ouvre des portes.

Voilà, c’est dit ! Ouf… Ça fait du bien

Après leur séjour de travail en Amérique, de retour à la maison,

Ferenczi donne l’impression de vouloir titiller le « Maître »

Au sujet d’une relation merdique avec une voyante qu’il consulte,

Histoire de voir si elle voit juste dans la boule de cristal ou si c’est du pipo.

Sachant Freud allergique à toutes ces choses, pourquoi insiste-t-il ainsi ?

Cela me semble être un symptôme : la faille de Sandor.

Sigmund lui répond que toute cette histoire lui paraît compliquée, mais l’autre continue

Et lui envoie le 20 novembre 1909, une lettre de cinq pages, lui racontant

Une nouvelle expérience avec une autre voyante… On n’en sort pas.

Il parla de concepts nouveaux qu’il avait en tête remettant en question

Ceux de Freud, Jung, Adler et de bien d’autres, sans oser nommer Lacan

Qu’il n’avait pas encore lu sérieusement. Bizarrement, ses amis lui disaient

Qu’il était Lacanien, ce qui le surprenait tout de même…

Dans son esprit, sa mère et son père formaient un couple, mais son psy lui expliqua

Qu’il en était ainsi pour tous les êtres vivants sur terre. À la remarque idiote émise,

La réponse du spécialiste lui parut encore plus idiote, tout cela lui parut délirant,

Alors l’idée d’en finir avec ce gars-là germa dans sa tête.

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Chapitre 53

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Revenons à la correspondance Freud/Ferenczi.

Je m’aperçois de trois choses :

  1. a) Ces lettres m’apparaissent trop enfreins de politesse, de formules convenues,

De « Monsieur le Professeur », de « très honoré et très cher collègue ». Cette grande

Gentillesses m’apparait douteuse, elle est là comme pour préserver un désir d’amitié,

Peut-être pas si naturel dans le fond.

  1. b) Ces messieurs ont le projet d’aller en Amérique ensemble

Pour un congrès, en août 1909. Les préparatifs tournent souvent

Autour de la réservation des places à prendre dans un bateau et du choix à faire,

Comme je vous l’ai dit plus haut, entre une chambre individuelle ou une commune à eux deux.

De part et d’autre, ce détail concernant l’endroit où ils vont dormir

Prend une place étrange. Ferenczi dit préférer être seul pour rester libre,

Et son ami Freud a l’air de s’y résoudre…

  1. c) À plusieurs reprises, Freud donne des ordres à tous ceux qui l’entourent,

Il leur dit ce qu’il y a à faire pour  » la bonne cause, la psychanalyse « ,

Mais cela me semble pathologique de sa part, alors gardons l’œil ouvert.

Je ne comprends pas l’intérêt de Freud pour Jung, qui a décidé d’aller les rejoindre

Pour le voyage en Amérique. Quelle équipée ça va être !

J’aurai bien voulu en être aussi de ce voyage, mais je ne ferais pas une crise de jalousie,

De toute façon, je n’étais pas encore né.

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