Comme lui, son père…

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En partant à quarante-cinq ans, il quittait non seulement la vie, mais aussi son poste

De magistrat au ministère. Comme lui, son père, avait était dans la fonction publique

À Saint-Pétersbourg, dans divers départements, à divers postes, pour arriver

Au bout d’un temps à devenir un pilier indélogeable, indispensable aux travaux

De ces établissements coutant la peau des fesses à tous les contribuables.

Ces gens obtiennent à force de ténacité et de couleuvre avalées, des revenus

Dépassant largement ceux de leurs concitoyens dans le domaine privé.

Pour vous donner une idée, cet homme gagnait entre six à dix mille roubles par mois

Et à sa retraite, son revenu restait intact, malgré son inutilité sociétale.

Cet homme avait un nom : Ilia Iéfimovitch Golovine. Il avait eu trois fils,

Ivan Ilitch en était le second. Son frère ainé avait fait la même carrière que son père

Pour arriver aux mêmes résultats, désastreux pour le peuple, qui lui s’échinait

À travailler plus qu’il ne pouvait afin de payer ses impôts, de plus en plus conséquents

À cause des dépenses inconsidérées de ces fonctionnaires inutiles.

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L’odeur de la mort…

EL BULLI 06
EL BULLI 06

Pourquoi me suis-je rendu malade tout au long de ma vie

Au point d’en être réduit où j’en suis aujourd’hui ?

Ça c’est la question, la vraie question à laquelle je devrais m’atteler,

Mais pour l’heure, je préfère remettre ces choses à plus tard… Toujours plus tard,

Et petit à petit on est pris au piège du temps, et un jour on se trouve face à soi-même,

Idiot, idiot de n’y avoir pas pensé avant, idiot devant cette glace grossissante

Renvoyant votre propre image comme vous ne l’avez jamais vue.

Pour l’heure, je dois vivre le réel au quotidien, mais faut-il encore en avoir les moyens,

Et les moyens je ne les ai plus, plus depuis longtemps.

Comme dans un film d’époque, je fus ramené dans ma voiture par le domestique

Souriant de ses belles dents blanches, à la mine joviale.

En moi l’odeur de la mort s’était accumulée et une fois dehors, je n’eus de cesse

De vider mes poumons pour en ressortir toute la tristesse s’y étant installée.

Le cocher me réveilla de cette gymnastique et me demanda où nous devions aller,

Alors tout naturellement je lui répondis chez Fiodor Vassiliévitch.

À peine arrivé chez mon ami, je m’installais avec la fine équipe pour une partie

De carte commencée depuis quelques heures déjà. Ivan Ilitch maintenant mort,

Il est peut-être temps de vous parler de son histoire personnelle à la fois simple,

Très ordinaire et parfaitement atroce par certains côtés.

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La fille d’Ivan…

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Tout à coup, je me sentis rejeté par cette veuve aux dents longues, alors
Je me levais et la quittais promptement. Dans la salle à manger où je me rendis,

Un prêtre, assisté de quelques personnes honorables, priait religieusement en silence,

Et parmi ce petit monde, je reconnus la fille d’Ivan, habillée de noir,

Belle comme une déesse, comme une princesse. Son regard se porta sur moi

Et malgré un salut de courtoisie, je sentis un reproche de sa part.

À côté d’elle se tenait un jeune homme promis à la belle, et à la mine triste.

Une fois vidé de toutes mes aliénations, de ces fardeaux qu’on porte sur nos épaules,

Léger comme une plume, je me suis remis à vivre libre de mes mouvements,

Personne n’avait à me dire ce que je devais faire ou penser, je me sentais heureux

Tel un prince en son château maintenant déserté enfin de tous ces faux-culs.

Voilà où j’en étais à ce moment difficile à définir dans un calendrier,

Tout cela est de l’ordre de l’intemporel, je ne chercherai pas à retrouver les dates.

Me retournant pour aller rejoindre la pièce où était exposé Ivan, je me suis trouvé

Nez à nez avec son fils, au visage copie conforme à celui de son père. Ce garçon de treize,

Quatorze ans, avait pleuré, mais j’entrevis dans ses yeux une personnalité déjà bien établie.

À ma vue, il fut surpris d’abord, puis gêné ensuite… L’office commença avec tous ses rites,

Mais ma décision de ne me laisser emporté sous aucun prétexte par la tristesse de ce deuil,

À la première occasion je quittais ce lieu infernal. Dehors, personne, sinon un domestique

Me présentant ma pelisse dans le cas où je voudrais partir. Je le considérais

En lui disant quelques mots de circonstance, il me répondit sur le même ton,

En me rappelant que nous étions tous mortels.

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Gagner beaucoup d’argent…

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Des institutions comme le Frac (Fonds Regional d’Art Contemporain),

Certains critiques d’art, des combinards politiques en cheville avec des marchands

Tous, avide de gagner beaucoup d’argent sur le dos des artistes.

Au fil des ans, un stock mégalomaniaque s’est constitué dans l’ensemble du territoire français.

Des tableaux, des photos, des sculptures, des installations, par millions d’objets

Dorment dans des réserves. Ces achats, ces investissements, sont-ils contestables ?

Le décès d’Ilitch n’était pas le mien et je n’avais aucune raison de culpabiliser,

Je voulais certes depuis longtemps récupérer son poste au ministère,

Mais à part ça, nous avions des relations cordiales. Regardez mon collègue Schwarz,

Croyez-vous qu’il ait quelques états d’âme ?

Il ne pense qu’à la partie de cartes à jouer entre amis après l’enterrement.

La dame du mort passa près de moi, ensemble nous nous assîmes dans un coin

De la pièce, elle pleura un moment, puis se ressaisit et s’approcha de moi afin de me confier

Un secret caché, qu’il était temps de vider au risque qu’il ne se transforma en cancer.

Nous avions assez d’un mort pour l’instant, en ajouter un autre n’arrangerait en rien

La marche du monde. J’écoutais sa parole, et très vite je compris l’objet de sa plainte :

Comment profiter de cet évènement fâcheux pour soutirer à l’État un maximum d’argent,

Soit d’un seul bloc, soit sous forme d’une pension à vie indexable évidemment.

Elle m’avait l’air très informé sur la chose, seulement n’y avait-il pas un autre moyen auquel

Elle n’avait pas pensé, et c’était à moi que revenait l’audit des comptes de madame.

Après avoir étudié attentivement les éléments financiers

Mis cartes sur table par l’intéressée, je ne vis rien de mieux à faire.

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L’artiste Monorri…

EL BULLI 31
EL BULLI 31

Le « Responsable du rez-de-chaussée », c’est ainsi qu’il s’est présenté à

Mon auguste personne, me dit que l’interdiction est uniquement appliquée

Pour l’expo de l’artiste Monorri, mais pour ce qui concerne

La collection permanente du musée, filmer est autorisé. Bon, ça me calme un peu.

La télé a présenté cette ouverture comme une chance pour la ville de Vitry,

Franchement, je ne veux pas louper un tel événement, j’y vais, j’y cours !

Ça y est, j’y suis. Je m’adresse à un gars habillé en gardien et rapidement

La conversation prend forme, il me rassure, me confirme que l’art est bien fait

Pour tout le monde et même à l’intention des jeunes du coin… Même que les écoles

Viennent en nombre, mais aujourd’hui, pas de chance, il n’y a que des adultes,

Invitations des gens de l’art, la Drac, le frac fric et compagnie,

Pour une présentation officielle du bunker. Le jeune homme continu à m’informer,

Répète : il y a beaucoup de classes qui viennent et les jeunes, dans l’ensemble,

N’aiment pas tout ce qu’il y a ici, mais enfin chacun fait son choix.

Et nous aurions pu continuer à bavarder comme cela un bon bout de temps,

Seulement, pas de relâchement intempestif s’il vous plait, parler est dangereux,

Le responsable du magasin, le même que tout à l’heure à m’interdire de filmer,

A discrètement demandé à mon interlocuteur de calmer sa tchatche…

Ce lieu me rappelle le centre commercial de la Belle-épine où je vais régulièrement

Faire des courses chez Darty ou acheter mes préservatifs dans un libre service discret.

Je blague, bien que le cœur n’y est pas, à vrai dire je suis très en colère.

Ce qui me révolte, c’est ce qu’il y a à l’intérieur. Depuis des décennies, l’état a investi

Des millions de Francs et d’euros pour l’achat d’œuvres d’artistes représentants

L’art contemporain officiel. Mais qui décide de ça ?

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Chapitre 51

05Ventresca-1

À un moment de mon adolescence où il ne se passait pas grand-chose,

En quelques heures, j’ai découvert la musique de Django Reinhardt.

Le lieu ou s’est passé ce miracle se situe rue Simon le Franc.

Un soir que je me promenais sur les quais de la Seine en direction du boul’mich,

Un attroupement de jeunes s’était constitué autour d’un guitariste. Badaud,

Je m’y suis approché et ma première surprise fut de voir cette chaleur humaine inhabituelle

Que dégageait ce groupe, bien avant 1968, par cette musique que je ne connaissais pas

Et pour cause, je n’ai pas l’oreille musicale…Mais enfin c’était formidable quand même.

Le gars à la guitare invita tout le monde à aller chez lui écouter son Maître

Puisqu’il possédait l’intégralité de l’œuvre sur disques vinyle. Je n’ai pas hésité,

Le garçon, jeune, pédagogue, sympathique, inspirait la confiance.

Une bonne douzaine de gus envahirent son petit studio dans un respect œcuménique.

À l’intérieur de cette petite pièce, sur des étagères trônait un tourne-disque

Et des trente-trois tours n’attendant pas mieux qu’à se faire entendre toute la nuit.

Je me suis rendu au MacVal en voiture, avec ma caméra Sony,

Histoire de ne pas la laisser tout l’hiver sans fonctionner. Premières prises,

Premières réprimandes de la part d’un gardien. Avec mes cheveux blancs,

On a osé m’interpeller comme si j’étais un gosse. Merde, je ne vois pas pourquoi

On ne filmerait pas les oeuvres des autres…Demandez l’autorisation à l’accueil, m’a-t-on dit.

Marche arrière toute, quémander, dire qu’on est un artiste …On me dit qu’il faut écrire,

Tu vois le genre c’est déjà l’administration, l’enfer, Kafka, en trois exemplaires s’il vous plait…

Alors, minable, j’explique qu’il me sera difficile de revenir, car tout me fatigue…

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Le monde de l’école…

05Desayuno

Abordons maintenant les dix pages suivantes de ce fascicule du Monde. Lisons,

Calmement, sans a priori. Pages 16 et 17, article de Robert Solé de 2009 et sur notre très chère

Nancy Huston, pour son roman « Lignes de faille ». Vous avez tous lu, j’en suis certain,

Ma version « remastérisée » de son « Adoration ». J’ai relevé quelques mots, picorés de-ci, de-là

Les voici :  » À six ans, on n’est pas encore entré dans le monde de l’école qui va formater,

Jusqu’à un certain point, nos opinions et notre intelligence ». « Tous les enfants

Sont hypersensibles. Ils reçoivent les mots adultes comme des coups ou des caresses

En pleine figure ». « Pendant ces six mois d’écriture, je me sentais toute petite.

Le nez dans l’entrejambe du monde adulte, entourée de géants effrayants, imprévisibles,

Violents … L’enfance est toutes sortes de choses – heureuse, malheureuse, tragique, terrible,

Joyeuse – elle peut même être amusante, mais elle n’est pas drôle. » Deuxième article,

Celui de Patrick Kechichian sur Bernard Pingaud et son roman « Bartoldi le comédien ».

« Ce roman, imaginaire si on peut oser le dire, est censé raconter la vie d’Auguste Constant,

Alias Bartoldi, comédien célèbre, qui un jour de printemps de 1970…

… Il se suicide avec un révolver à l’issue d’une représentation de « La Mouette » qui marquait,

Après une longue absence, son retour à la scène. Rappelons que cette pièce de Tchekhov

Se termine par le suicide de Constantin, le personnage miné par la mélancolie

Qu’incarne précisément Bartoldi… » Les deux pages suivantes vont traiter du suicide,

Particularité de certains « personnages romantiques » et, comme par hasard, de certains jeunes

D’hier et d’aujourd’hui. Je vous dirais tout à l’heure comment les choses m’apparaissent

Et les raisons me poussant à faire ce travail, mais là, découvrons ensemble ces pages

Dans lesquelles nous nous sommes engagées pour le pire comme pour le meilleur.

Chaque page porte en elle de multitudes images éveillant en moi des souvenirs de lecture,

Mais pas uniquement, de films, de pièces de théâtre, d’expositions… Tout cela

Entraine notre mémoire dans des espaces plutôt agréables, liés au plaisir, au centre

De notre être profond. La culture c’est ça, cette masse d’éléments enfouit qui ne demande

Qu’à sortir au moindre signe, et ici, je ne parle pas de connaissance et encore moins

De celle que « l’institution » veut nous imposer.

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