Préoccupations du peuple qui souffre …

EL BULLI 09
EL BULLI 09

… À ces hors-d’oeuvre s’ajoutent les deux premiers « Articles du Monde »,

Où l’on est entre gens sérieux qui savent de quoi qu’on cause dans certaines sphères

De l’intelligentsia, loin des préoccupations du peuple qui souffre …

« Le Zola bâtisseur d’Henri Mitterand » et « Émile Zola, solitaire et solidaire »,

Deux articles de 2001 et 2002, où Michel Contat, grand intellectuel critique et ex-secrétaire

De notre ami Sartre, nous fait part du bonheur qu’il y a à prendre en se plongeant

Dans les travaux de ce Monsieur Henri Mitterand, surtout si l’on veut comprendre

L’œuvre colossale de Zola, Les Rougon-Macquart. Relevons ce détail :

« Zola, bâtisseur qui compose en vingt-cinq années de travail acharné vingt romans… « 

Il lui aura fallu ce temps-là, vingt-cinq ans, pour créer cette œuvre que les jeunes doivent, eux,

Se farcir en quelques mois, vingt-cinq ans/quelques mois, en plus des dizaines autres

Auteurs et œuvres inscrites au programme. Je sais bien que ces bouquins ils les ont lus,

Pour certains, au cours des dix années d’études qu’ils ont sur les gencives d’écoliers.

Nonobstant, je me demande quelle organisation mentale permet d’absorber l’essence

De ces millions d’informations dont regorgent ces livres, issues de ces têtes d’auteurs

Pas toujours fréquentables, je ne vous dis que cela, car pour certains, à les croiser dans la rue,

Je ne sais quelles seraient mes réactions de lecteurs apeurés ?

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Pour passer son Bac, voilà ce qu’il faut avoir lu…

04Desayuno

Pour passer son Bac, voilà ce qu’il faut avoir lu, des titres fondateurs de la littérature.

– Le roman pastoral, d’Honorée d’Urfé ou Madeleine de Scudéry

– La Princesse de Clèves, de Mme de La Fayette

– Pantagruel, Gargantua, trois autres Livres, de Rabelais

– Voyages au bout de la nuit, de Céline

– L’espoir, La condition humaine, d’André Malraux

– La Peste, Le Mythe de Sisyphe, d’Albert Camus

– Les Lettres persanes, de Montesquieu

– La Nouvelle Héloïse, de Jean Jacques Rousseau

– Les Liaisons dangereuses, de Choderlos de Laclos

– La Comédie humaine, Les Chouans, d’Honoré de Balzac

– Quatre-Vingt-treize, Les Misérables, Notre-Dame de Paris, de Victor Hugo

– L’Éducation sentimentale, Bel-Ami, de Guy de Maupassant

– Madame Bovary, de Gustave Flaubert

– Les Rougon-Macquart (Nana, Germinal, L’œuvre, La Bête humaine…), d’Émile Zola

– De la terre à la Lune, Vingt mille lieues sous les mers, Le Château des Carpathes, de

Jules Vernes

– Le Complot contre l’Amérique de Philippe Roth

– La Part de l’autre, d’Éric-Emmanuel Schmitt

– Le Rouge et le Noir, La Chartreuse de Parme, de Stendhal

– Les Trois Mousquetaires, La Reine Margot, d’Alexandre Dumas

– Le Comte de Monte-Cristo, de Dumas Père

– Le Feu, d’Henri Barbusse

– Les Croix de bois, de Roland Dorgelès

– Le Grand Voyage, L’Écriture ou la Vie, de Jorge Semprun

– Les Bouts de bois de Dieu, de Sembène Ousmane

– Thérèse Desqueyroux, de François Mauriac

– Les Choses, de Georges Pérec

– L’écume des jours, de Boris Vian

– Nourritures terrestres, d’André Gide

– La Nausée, de Jean Paul Sartre

– Les Gommes, d’Alain Robbe-Grillet

– La Modification, de Michel Butor

– Une vie, de Jeanne Le Perthuis des Vauds

– La Promesse de l’aube, de Romain Gary

– La Petite Fille de Monsieur Linh, de Philippe Claudel

– Carmen, Les âmes du purgatoire, de Mérimée

– Atala, de François-René de Chateaubriand

– Zadig, Candide, de Voltaire

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Pour gagner sa croute…

EL BULLI 20
EL BULLI 20

Les jours filent sans qu’il ne se passe rien, ni ici ni en moi,

Tout au plus j’éprouve des impressions étranges en rapport avec la terre du paysan

Travaillant à la sueur de son front pour gagner sa croute avec son blé

Si la récolte fut bonne et si le cours n’est pas à la baisse.

Je regarde toujours au-dehors de là où je suis,

Par la fenêtre, je vois les champs au loin,

Et j’imagine. Oui, je me mets à rêver à d’autres vies,

Je renais, je suis un autre plus proche de cette nature et loin des mots,

Ces mots qui m’aliènent souvent et me font plus de mal que de bien.

Le pouf peu confortable m’obligeait à une certaine raideur, mais ça allait parfaitement

Avec la situation et je tendais l’oreille par politesse, par intérêt aussi.

Mon cher ami, si vous saviez comme il a souffert ses derniers jours, c’était atroce

De l’entendre crier pendant des heures sans interruption, trois jours et trois nuits

Interminables, à vous tuer une femme pleine de bonne volonté.

Que pouvais-je répondre à cette plainte sinon quelques banalités du genre :

– Était-il conscient, qu’a-t-il dit à la fin ?

Le fait de l’avoir su souffrir à ce point-là, lui, les yeux grands ouverts sur sa propre fin,

Lui l’ami d’enfance, de l’adolescence à la maturité, avec qui j’avais partagé des heures entières

À jouer aux cartes et à parler sans réserve, m’angoissa maintenant, me terrifia.

Je me mis à penser à ma propre mort. Trois jours et trois nuits,

Tant d’heures de calvaire pour rien, pire, pour mourir, pourquoi donc est-ce ainsi ?

Il fallait me ressaisir, et je me dis que le mort c’était lui, lui et pas moi.

Mais l’arbre est fort, il accepte mon attention, fixe, obsédante,

Il en a tant vu depuis des millénaires, alors un de plus

C’est comme un sur des millions, une goutte d’eau dans la mer,

Et puis toute sa force, il la consacre à contrecarrer la poussée violente

De l’air chaud sur ses côtes, il se cambre tel un animal devant l’ennemi,

Fait le dos rond, se dégage, s’épanouit en combattant, sachant que toujours

Il en sortira vainqueur, contre l’autre et aussi contre lui-même.

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Les docteurs et les malades…

EL BULLI 39
EL BULLI 39

Tu as les docteurs et les malades, les maîtres et les élèves, les patrons et les employés,

Les exploitants, les exploités, les aimants et les aimés… Mais rêvons,

À l’école, il n’y a plus d’évaluation,

Les gosses entrent dans la classe et ce n’est plus comme avant.

Maintenant, l’enseignant a pour fonction de permettre à chacun de découvrir,

Non pas un programme à faire avaler « un socle de connaissance », mais toute autre chose :

Il a pour fonction d’exciter chacun à chercher ardemment ce qui l’intéresse et à l’explorer

D’une manière personnelle par tous les moyens qu’il aura à sa disposition.

Que chacun apporte à la connaissance des autres ce qui l’intéresse, aussi divers

Et disparate qu’il puisse paraître, est porteur d’énergie, c’est au fond cela le plus important…

Ne plus noter, ne plus évaluer, ne plus juger

C’est assurer à chacun une part réelle d’existence.

Le droit à l’erreur, n’est-ce pas justement

Cela que les « autorités  » ne supportent pas ?

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La veuve…

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La veuve, toute de noir vêtue, installée en face de moi, qu’avait-elle à me dire ?

Tout en me posant cette question, je fixais son châle fait de dentelle noire

Qu’elle se devait de porter pour l’occasion et s’en servit pour essuyer ses larmes

Lui restant sur ses joues, preuve de l’amour qu’elle avait pour son mari Ivan,

Maintenant mort dans la chambre voisine. L’atmosphère devenait lourde

Lorsqu’enfin un homme vint annoncer à la maîtresse de maison

Que l’emplacement de la tombe au cimetière allait coûter une certaine somme d’argent,

Elle s’arrêta de pleurer et me regarda dans les yeux, j’eus peur ! Elle dut le sentir,

Ele m’invita à prendre une cigarette, puis s’occupa de régler ce problème,

Trouver l’endroit où on allait l’enterrer et d’autres choses annexes liées à

Cet évènement pouvant survenir à chacun de nous et fort peu intéressantes.

– Aujourd’hui seule, je dois tout affronter en gardant la tête froide

Et ce décès ne doit en aucune façon m’abattre plus que de raison.

En fait, me fit-elle, j’ai quelque chose à vous demander.

Je pourrai écrire mes histoires sur des tableaux et vous foutre la paix,

Plutôt que de prendre votre temps impunément. Heureusement,

J’ai d’autres objectifs dans la vie que de vous ennuyer.

Lorsque la lecture peut servir, aider à écrire, alors le bouquin devient un outil,

Une invitation à créer à la suite de l’écrivain. Que le livre soit fait pour cela,

Voilà une bonne et noble raison de le voir encore exister. Malheureusement,

Il est trop souvent attaché à une image culturelle interdisant à beaucoup son accès.

Le livre est trop associé à cette alternative : soit « c’est pour moi » soit « ce n’est pas pour moi ».

C’est la récréation, des enfants jouent, ça court dans tous les sens. Dans cet espace,

Tout peut advenir, les joies, l’amitié, mais aussi la violence et la haine …

Ils entrent dans la classe, et déjà, il y a les dominants, les dominés,

Ceux qui ont le pouvoir et ceux qui ne l’ont pas.

Il en est toujours ainsi dès lors qu’il y a des êtres vivants…

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Pauvres parisiens perdus…

01Desayuno

Aucune larme pourtant ne vient, je me sens aussi sec que cette terre

Manquant d’eau depuis longtemps dans cet environnement où le soleil frappe

L’ombre de tout ce qui dépasse et avec lui, ce vent du midi portant sur les nerfs

Les pauvres parisiens perdus dans ces contrées.

L’arbre est comme l’homme, il fait ce qu’il faut pour survivre, il évite les dégâts, les ratages.

Ce peuplier, je l’aime, je l’ai fait mien, il m’habite de tout son long,

C’est Don Quichotte en personne, et moi, je ne peux être son serviteur,

Assis sur mon rockincher à le regarder se défendre contre les éléments.

Bien que je fusse invité à une partie de cartes promettant d’être fort animée,

Mon destin m’appelait ailleurs. Madame Praskovia nous pria de prendre place

Dans la chambre du mort, car l’office allait commencer. Comment refuser ?

Mon ami Schwarz, lui, hésita entre accepter ou non cette invitation.

Mais moi, à peine dans la pièce, ne m’a-t-on pas fait valoir notre amitié ancienne

Auquel je me devais de répondre par un geste compatissant, une émotion même devait

Resortir de mon visage, ce qui fut le cas, au point de voir la Praskovia imiter ma peine.

Elle s’approcha de moi et me prit le bras pour me parler confidentiellement.

Nous jouerons plus tard aux cartes, pour l’heure, entrons dans mon salon et causons,

Fit-elle, tout en s’assoyant sur un divan, et moi sur un petit pouf par humilité.

À peine assis, je regardais autour de moi et me revinrent des souvenirs du temps

Où Ivan Ilitch, vivant, m’avait demandé quelques conseils de décoration pour les murs.

Je me souviens bien de cette cretonne rose à feuillage vert, choisie ensemble,

Un samedi matin dans un magasin dont je ne me souviens ni l’endroit ni le nom.

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Mentalement, j’étais un peu flou…

vigneviergeb

Je remarquai la présence d’un homme proche du défunt, ayant servi de garde-malade

Et s’étant fait aimer par tous dans cette maison. Mentalement, j’étais un peu flou,

Ce lieu et les choses de Dieu m’incommodaient. Après un long moment d’ennui,

Je me mis à regarder le défunt, non les yeux dans les yeux, mais enfin presque.

Il était étendu sur un drap blanc, pesamment, comme tous les morts,

Les membres affreusement raidies, rigides.

Je vous passe les détails que vous trouverez dans n’importe quel roman

Traitant de ce sujet macabre, mais moi, j’avais remarqué une chose, il avait changé.

Depuis notre dernière entrevue, il avait maigri, mais son visage était plus beau

Qu’à l’accoutumée, il était majestueux. Il portait l’expression du devoir bien accompli,

Avec toutefois un reproche adressé aux vivants que nous sommes,

J’avais l’impression d’un avertissement. Mais de quoi voulait-il nous avertir,

Et puis comment le savoir ? Devant une telle question, je ne pus faire autrement,

Je sortis de la pièce. Mon collègue m’attendait dans la salle voisine, sa mine réjouie

Me secoua de ma torpeur. Je compris qu’il était en dehors de ce spectacle attristant,

Il pensait déjà à ce soir, à cette partie de cartes que nous allions faire

Et passer ainsi, un des moments les plus agréables de la journée.

Avant, j’ai vécu ma vie comme tout le monde entre deux chaises, puis un jour,

Je me suis pris par la main, j’ai consulté un psychanalyste « pour voir » comme au poker,

Et j’ai vu que c’était ce qu’il me fallait impérativement au risque de mettre ma vie en danger,

En danger de je ne sais quoi, mais en danger de toute façon.

Voilà quinze jours de passés,

Mon regard se porte sur cet arbre devant la fenêtre,

Toute ma mélancolie verse sur son manque d’énergie.

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L’âme humaine…

PortraitPatrickRoger 2

Je me trouve dans une drôle de situation, assis dans ce fauteuil,

Je vous regarde, vous tous unis comme un seul homme,

Dans cette salle, réceptacle de l’âme humaine.

Bruits de pluie, bruits d’orage, quelques tonnerres résonnent,

Le régisseur de ce théâtre sait rythmer le spectacle avec sons et lumières

Car sans cela, je m’égarerai dans mes diarrhéiques paroles,

Et au bout d’un moment vous n’aurez qu’une envie :

Aller voir ailleurs si j’y suis. Mais ailleurs je n’y serais pas

Pour une raison simple, je ne peux être et ici et dehors en même temps, c’est ainsi,

Les expériences en la matière n’ont rien démontré de concluant.

À nouveau, debout sur place, il revit mille histoires confuses,

Troublantes, le menant droit à la dérive, à la déroute.

Puis, regardant au loin, en dehors du village, cette maison,

Il se souvient. À l’intérieur un homme l’habite, il l’avait croisé

Lors d’une soirée organisée un Quatorze Juillet chez les pompiers,

Un soixante-huitard à la philosophie étrange, désespérante.

Il ne se souvient pas de ce qui avait été dit, ne lui reste seulement

Qu’une vague impression liée à cet endroit, à ce jeune homme.

Un jour peut-être viendra où la plume calligraphiera

Ce moment qui demain ne sera que passé intouchable, irréversible.

Ainsi va la vie, se dit-il, nous ne sommes que de passage,

Et je le vois partir de ma fenêtre me protégeant du vent et de la pluie…

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