… sa femme, de quoi il en retourne ?

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D’autres que moi ont des vues sur cette place disponible, mais taisons tout cela et entrons

Dans les vagues des banalités ordinaires.  » C’est bien triste tout de même,

Et de quoi est-il mort, les médecins étaient-ils à la hauteur de leurs tâches,

Moi, je pensais qu’il pourrait s’en tirer, au point que je ne suis même pas allé le voir,

Avait-il de la fortune, et puis sa femme, de quoi il en retourne ? « 

Le tout dit avec un sentiment qu’ils auraient voulu cacher, un sentiment de joie.

Chacun pensait :  » Il est mort, moi pas, ouf !  » Comme du temps de ma jeunesse,

Il avait été l’un de mes camarades d’école préférés, alors, j’allais voir sa femme,

Pour la soutenir dans son malheur. Près du perron de leur domicile, stationnaient

Quelques voitures, deux dames en noir se débarrassaient de leurs manteaux, l’une

Était la soeur du défunt, l’autre une inconnue. Un de mes collègues, maigre de son état,

Faisait une mine de ministre, ce qui contrastait avec son caractère de bougre

Toujours amusé des choses de la vie. Les lèvres légèrement pincées,

Il m’indiqua d’un mouvement de sourcils, la chambre du mort. J’entrais comme un automate,

Sans savoir ce que j’avais à faire. Alors, je fis un signe de croix par superstition probablement,

Je baissais aussi la tête par respect pour la mort, qui bien entendu, nous prendra tous,

Mais touchons du bois, on n’est pas pressé d’en finir avec cette vie de chien. Bêtement,

Je regardais à droite, à gauche, que cherchais-je ? Deux jeunes garçons sortaient

De la chambre en faisant un signe de croix aussi. Une atmosphère lourde régnait évidemment

En cette maison, une odeur de cadavre accompagnait cette impression désagréable.

De ce temps-là, il ne reste plus rien sinon des traces douloureuses comme le sont toujours

Ces vies anciennes que l’on aimerait effacer à tout jamais.

Ces souvenirs glacent son âme et la chaleur du jour n’y peut rien,

Ni la chaleur ni les images défilant en lui maintenant.

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Marche arrière…

Nicolas Dhervillers

C’est un voyageur perdu dans la foule des touristes, circulant dans ce village admirable,

Son regard se porte sur la façade de ces immeubles de pierre aux fenêtres étroites

Et dont une seule se protège du soleil par un rideau opaque, gris,

Posé là depuis un demi-siècle. Il devine des gens hors normes à l’intérieur,

Leur attribuant les qualités rares difficiles à croiser dans sa vie quotidienne.

Planté au milieu de cette place, il cesse de marcher. Pour la première fois,

Il regarde le monde, le ciel bleu lui tourne la tête, penseur, il sait,

Son trouble recèle de vastes trésors à revisiter plus tard

Quand la sérénité sera enfin revenue. Il fait marche arrière,

Revient à la fenêtre, à cette fenêtre où jadis, il était venu… Mais pas seul.

Entre collègues, nous étions là à discuter de l’actualité lorsqu’on nous annonça

Qu’il était bien mort. Nous l’apprîmes par le journal :

 » La famille du défunt a la douleur d’annoncer à ses parents et amis

La mort de cet homme irremplaçable, décédé ce jour même. La levée du corps aura lieu

Vendredi à une heure de l’après-midi « . Il travaillait avec nous et l’aimions tous,

Mais nous savions qu’il allait mourir, il était ce qu’on appelle dans notre pays

Un malade incurable, alors, nous avons préparé sa succession et savions même

Qui allait le remplacer au poste qu’il occupait parmi nous. Dans nos esprits,

Cette disparition n’allait pas seulement donner un coup à notre sensibilité,

Nous pensions obtenir maintenant des primes, hier impossibles, du fait de sa présence.

Personnellement, j’ai de fortes chances d’obtenir sa place après l’enterrement

Et tout de suite un salaire bien supérieur à celui que je connais maintenant.

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un homme nu…

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Au sommet de la ville, je vois les cimes des arbres sur le bitume

Abritant le parking affecté aux cars de touristes visitant en permanence

Ce village pittoresque que j’aime tant. Au loin, je vois un homme

Nu traverser une rivière d’or et d’argent… Actuellement, je ne vais pas bien.

Parfois, dans quelques délires, des corps de femmes désirables

Se prêtent à mon imagination dans des positions les plus serpentines,

Je m’imagine aux origines de cette vieille demeure et les premiers propriétaires

De ces lieux me réapparaissent comme des fantômes me jouant une scène

De Shakespeare où la belle se fait surprendre dans sa chambre nuptiale,

Avant l’heure du mariage, avec un homme qui n’est pas son futur mari.

Bien sûr, j’étais à cent lieues du niveau social où il était lui, mais

Je ne démoralisais pas pour autant, je me syndicalisais pour pénétrer ce milieu

Si fermé à toutes personnes étrangères à leurs causes. Je n’avais aucune intention de lâcher

Mon emprise sur ce garçon, riche maintenant et dont les pouvoirs commençaient

À être énormes. Ayant l’excuse de notre amitié, la porte m’était restée ouverte souvent.

Malgré ce lien nous liant tous deux, il restait radin vis-à-vis de son meilleur ami.

À la fin de ses repas, je n’avais que les miettes qu’il ne pouvait ingurgiter

Et devant aller à la poubelle si je n’avais été là à ce moment-là.

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Je volais ce que je pouvais…

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J’avais dix ans lorsque je découvris le vol, je volais ce que je pouvais à des gens sans intérêt.

Au collègue où j’allais contre mon plaisir, je fis la connaissance d’un garçon nommé Eugène,

Celui-là même qui maintenant est ministre et m’a apporté de l’aide à un moment difficile.

Tôt, il fut éduqué dans l’optique de devenir un jour un homme d’État, comme son père,

Marchand de vin, le souhaitait pour des raisons obscures, mais fermes et non discutables.

Faut dire, ce pater avait trempé toute sa vie dans des activités allant de la présidence

De grosses associations à l’assistance des syndicats les plus virulents du pays.

Dès les premières années de notre amitié, aux yeux de tous il était celui auquel

Nous voulions ressembler, son comportement outrancier bousculait nos petits méfaits,

Il avait toujours en bouche des phrases à vous casser en deux,

Et pour nous tous incompréhensibles. Il avait hérité de son père un sens de l’organisation,

Rapidement à l’école, nous qui nous plaignions de n’avoir aucune activité extra scolaire,

En avions tout à coup plus qu’il ne fallait, créant tantôt telle ou telle association sportive,

Et alors se constituaient des comités en tous genres sous son autorité,

Où il s’attribuait toujours le rôle de chef afin de garder la maîtrise de ce petit monde

Lui vouant un culte digne d’un curé pour sa paroisse… Sans oublier un petit détail

Ayant tout de même une importance capitale : tous les membres de ces associations

Versaient dans l’escarcelle de mon ami leur cotisation renouvelable tous les mois.

Ces abonnés, pour ne pas contrarier Eugène Mortain, s’abonnaient aussi

À sa revue de propagande développant toutes ses bonnes idées favorables

À ces hommes et femmes dont il avait la responsabilité morale.

J’avais en commun avec lui cette volonté de profiter de la connerie

De ces gens pitoyables, toujours fidèles à en devenir idiot et surtout

Ouverts à toutes les grugeries possibles et imaginables.

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Devant cette image, je reste planté…

Picasso

Comme dans certains films, elle s’ouvre avec un bruit à faire trembler,

Elle a du tempérament face à ce décor un peu pâle, parfois lassant,

Ce paysage ordinaire, ordinaire en apparence.

Dans le fond, il est un bout du monde

Et puis il a la faculté d’exister, comme existe un tableau, une oeuvre d’art.

Alors devant cette image, je reste planté là à le contempler,

Oubliant tout ce que je n’ai plus, je me l’approprie, et les souvenirs anciens reviennent,

Je les reçois avec bonheur, sans aucune nostalgie.

Je compris qu’il était préférable de faire du commerce que de voler,

Dans le premier cas il y avait des bénéfices, dans le second on allait en prison.

Comme vous le voyez, je fus éduqué dans cette morale tordant le cou

À l’esprit saint du jeune homme que j’étais. Seul face à mes parents,

Je me développai livré à moi-même sans aucun guide pouvant m’apporter

Une hauteur d’âme me manquant à la maison.

En ce temps-là monsieur, les gosses s’élevaient comme ils pouvaient,

Dans la rue, sur les trottoirs, on n’avait pas le temps de s’occuper de leur éducation,

Alors ça marchait ou ne marchait pas, telle est la vie dans toute sa cruauté !

Il m’est arrivé parfois sans le vouloir d’aider mes parents dans leurs manigances

Tel un lanceur de cailloux au service d’un vitrier…

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Madame Simon, la boulangère…

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Comme elles se présentent aux éliminations pour le prochain réality chaud de TF1,

Je n’ai rien dit de particulier, je voulais qu’on en parle tous les deux tranquillement.

Ce soir, comme tu n’étais pas à la maison, j’ai acheté, vite fait,

Un sandwich chez Madame Simon, la boulangère. Elle a eu l’air surprise

De me voir seul sans toi, elle m’a regardé bizarrement, elle n’a pas l’habitude,

La bougresse… Comme je ne sais à quelle heure se termine ta conférence,

Je te laisse ce petit mot et vais me coucher, car la journée a été harassante, je te raconterai …

Avant de m’endormir, parfois je m’imagine dans la brousse en Afrique, en Asie, en Europe

Et pourquoi pas en Amérique, en Australie, continents vus dans des documentaires à la télé.

La brousse, vaste étendue plutôt plane, désertique, idéale pour éprouver le vague à l’âme

Nécessaire à nourrir la pensée de l’artiste que je suis en mal d’inspiration, désolé

De ne pouvoir fouler le sol de mes ancêtres auquels j’ai moult fois fait le pied de nez…

Voilà dix jours que je suis là dans cette maison à la fenêtre ouverte,

Faite de bric et de broc, jamais l’eau de pluie n’entre ni par le toit

Ni par la porte, tout est étanche, lumineux, sécurisant.

Pourtant la fenêtre est ancienne,

Recouverte d’un vert, passé par les années,

Rongé par le vent de ce midi capricieux,

De ce midi émouvant, rural.

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Le psy de ma mère…

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Les rendez-vous avec le psy de ma mère, intermède pour nous deux,

Elle, voyant son fils ailleurs que dans son appartement, et moi, la sortant de chez elle,

Lui faisant visiter ce lieu historique que j’aime et parcours toujours sans jamais me lasser.

Garer ma voiture, descendre la rue de la Gaîté où j’ai travaillé il y a plus de trente ans,

Aux théâtres Montparnasse Gaston Baty et en face à la Gaîté Montparnasse.

Ces lieux produisent aujourd’hui le même genre de spectacles, comme si le travail du temps

N’avait eu aucun impact sur eux.

À quatorze ans, je voulais me défaire d’une terrible perversion,

Celle de lire des bandes dessinées, qui à l’époque n’avaient pas l’aura

Que l’on connaît aujourd’hui, c’était plutôt la honte,

Le signe que l’on était encore un gamin. Alors, je m’étais donc décidé à mettre

Tous mes “Akim” et tous mes “Tarzans” dans une cagette pour les vendre quatre sous

Dans un de ces kiosques des quais de la Seine.

C’est ainsi que je devins grand garçon et me mis à lire Jean Paul Sartre,

Auteur en vogue à ce moment-là où Bardot montrait son cul partout…

Notre fille et moi, nous sommes allés au restaurant à midi, celui où

Nous n’allons plus maintenant ensemble… Elle a insisté pour nous y retrouver là-bas,

Elle a été souriante et joyeuse tout au long du repas, je la trouve plutôt changée

Depuis qu’elle vit avec son amie Juliette, qui fait des études aussi.

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Eugène Ionesco…

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Eugène Ionesco a habité dans le quartier de mon enfance, rue du Roi de Sicile,

Mais je ne l’ai jamais rencontré, malgré toute l’affection que j’avais

Pour son théâtre et sa personne. Lorsqu’il a commencé à vieillir,

Il a préféré nous quitter pour aller s’installer, le traitre, Boulevard du Montparnasse

Tout près du restaurant La Coupole. Là non plus je ne l’ai jamais croisé, pourtant en 1990,

À cet endroit, sur les murs entre les colonnes, j’avais organisé une exposition

De mes oeuvres picturales. Le roi est mort maintenant, tout comme mon père

Mort il y a quelques mois… Mon père était-il Ionesquien ?

Aurai-je voulu d’un père comme cet auteur que j’admirais ?

Le mien, avait-il comme lui le sens de l’absurde ?

Stupides questions, car on ne choisit ni son père ni sa mère,

Ni personne d’autre d’ailleurs, tout est tellement illusoire …

C’est pourquoi, demain, nous n’irons pas au bois,

Nous resterons tranquillement chez nous, à la maison, à lire le dernier livre

Que nous avons choisi ensemble, celui d’Amélie Notomb.

Ensuite, nous irons dans quelques magasins, acheter plein de tralalas pour la fête

Organisée à la mémoire de Léa, puis, nous nous quitterons un instant,

Notre fille désire parler à son père d’une chose lui tenant particulièrement à cœur.

Montparnasse, avec tous ses restos où nous sommes allés, chers amis,

Si souvent, ensemble pour le partage de moments privilégiés où la parole

Tenait une place essentielle dans nos bonnes relations.

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Chapitre 50

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Tu es venu vivre chez moi, pas longtemps, trois mois.

Ce fut heureux, pas toujours, parfois.

À la fin, c’était devenu l’enfer, j’avais du mal à accepter tes travers.

Tu n’étais pourtant pas un porc, une brute,

Non, plutôt gentil dans l’ensemble.

Le samedi soir, lorsqu’à la maison il n’y avait aucune fête,

Alors, tu sortais pour ne revenir qu’au petit matin.

Je n’étais pas ta mère… Pourtant, mon comportement était semblable.

J’éprouvais de la crainte, j’avais peur,

Je te sentais malheureux et cela me rendait malade

De te savoir dehors, je ne sais où,

Probablement dans quelques trous noirs dans ce Paris fou.

Pour ces sorties, tu portais une deuxième peau,

Comme si la tienne ne te convenait pas,

Pour aller là-bas quelque part dont je tairais ici l’endroit.

Je n’arrivais pas à fermer l’oeil de la nuit.

Comment comprendre quelque chose à ces histoires d’une autre peau,

Que tu portais toujours dans tes sorties nocturnes

Auxquels d’ailleurs je n’étais jamais convié,

Ces vêtements de cuirs hard que tu portais

Dans de drôles de clubs faits pour ça…

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Examen fatal…

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Que nous dit cette bible du journal « Le Monde » sur ce qu’il faut savoir pour obtenir

Cet examen fatal. Avant tout, et afin de vous faire une idée du travail des écrivains en général,

Voilà un encart vous donnant une définition auquel je ne comprends pas grand-chose :

« La caractérisation du personnage se fait par l’intermédiaire de plusieurs « techniques ».

La description est, bien sûr, l’outil privilégié du romancier qui veut « donner à voir »

Son personnage. Les images (comparaisons et métaphores) sont également essentielles

Pour concrétiser un trait de caractère, par exemple. Quant à la focalisation, elle permet

Des variations dans la présentation et la découverte du héros, engageant parfois

Le sens de l’œuvre tout entière. Il en existe trois types : la focalisation « zéro » où le narrateur

Est omniscient, la focalisation interne qui fait entrer le lecteur dans la conscience

D’un personnage ou, au contraire, la focalisation externe qui le place en situation

D’observateur. » Cessons ces bavardages barbares et venons à l’essentiel :

Relevons les références béton, récoltées dans les dix premières pages d’une culture

Que j’avoue avoir mis plus d’un demi-siècle pour m’en faire une source de plaisir.

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