Flou dans ce monde de la nuit…

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C’est en ce lieu où le soleil se couche que j’aimerai être en ce moment pour ressentir

Le protocole miraculeux du mariage de cette boule de feu avec cette terre humide.

Ensuite, tout s’éteint, même les arbres, je me sens un peu flou dans ce monde de la nuit,

Pourtant, j’ai mes repères habituels, mes habitudes d’homme vivant seul.

De cette solitude ressort un vide, une grande absence, un effacement de mon âme,

Ce pays est léthargique, c’est ce spectacle que l’on voit de l’autre côté de la fenêtre.

J’entrais dans l’intérieur du corps d’un malade ayant trouvé pour survivre

Un moyen d’expression que beaucoup d’entre vous connaissent pour le pratiquer au quotidien,

Mais on n’est pas là pour faire votre procès, laissons cela à mon collègue Kafka,

Beaucoup plus au fait de ces questions paranoïaques… Après coup, je me suis dit

Aujourd’hui c’est ça qu’il faut, entrer dans le corps intime de l’individu pour le libérer

De ses conneries débordantes, au sein même de sa folie ordinaire. Je voulais parler

De l’inconscient d’un homme dans ce qu’il pouvait avoir de commun

Avec celui de chacun d’entre nous, et nous serions entrés dans un labyrinthe…

Je fais une liste des arbres de la région, je me documente dans les dictionnaires posés là

Sur le rebord de la cheminée, fenêtre symbole de toutes mes rêveries, de tous mes désirs.

Pour me détacher de ce qui m’obsède, je vais dans la cuisine, encore la nature revient,

Mais cette fois-ci elle prend la forme de fruits et de légumes

Offrant à mes mains de quoi les honorer voluptueusement.

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Roudoudous et malabars…

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D’alcool plein jusqu’au coeur, mon rival continuait ses invectives,

Dévoilant ce qu’il fit jadis pour réussir dans la vie, c’est à dire, voler comme un vautour.

Devant tant de larcins commis, comment pouvais-je me faire valoir, moi qui

Pour l’instant du moins, n’avais volé que des roudoudous et des malabars.

Lors d’une réunion extraordinaire rassemblant toutes sortes de gens,

Je fus hué par la salle pour avoir exprimé ma volonté de faire du nettoyage

Dans ce monde d’hommes déshonorant notre moralité par leurs agissements.

Pour avoir dit ce qu’en mon coeur il y avait de meilleur, on me jeta à la figure

Les pires insanités et les coups vinrent ensuite m’achever complètement.

Je m’en sortis avec six dents cassées et trois côtes dans un état pitoyable, et tout cela,

Je le devais au piston de mon dit ami pour un poste de spécialiste en betterave.

J’étais outré, on m’enfermait dans ce créneau avec obligation de n’en point sortir,

Et si par malheur je voulais tenter une ouverture en direction d’une élection, le préfet

Et d’autres fonctionnaires m’interdirent toute velléité de progrès à caractère politique.

En plus de ces gens de pouvoir, les journalistes aussi se mettaient à me lâcher

Au point d’éveiller en mon for intérieur un sentiment paranoïaque déjà bien installé

Dans mes entrailles et ce, dès le premier jour de ma naissance.

Devais-je pour autant baisser la tête et ronger mon frein ? Non, j’allais à Paris,

Ville de tous les possibles, pour y faire un éclat au risque de tout perdre.

Je fus accueilli par mon souteneur de ministre qui me dit :

Mon cher, que veux-tu, je n’y peux pas grand-chose à tes malheurs sinon les comprendre

Mais je ne suis pas le seul à décider la marche du monde et … A ces mots,

Je sursautais fou de rage et lui criais violemment : tu m’as trahi, toi, un ami, c’est ignoble !

Il essaya de me calmer en proférant son bla-bla-bla habituel, mais cette fois-ci

Je n’avais aucune intention de me laisser faire par ce bonhomme,

Ma décision était prise maintenant, j’allais passer au stade supérieur, me venger de lui.

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On naît ici, pas ailleurs…

19 déc.2013

On pourrait disserter pendant des heures de l’insatisfaction de nos relations

Avec nos amis, notre famille, les hommes faisant partie de notre vie quotidienne

Ou bien ceux qui, bien que loin de nous, touchent notre conscience en profondeur.

Parce qu’on nous a mis là sans nous demander notre avis,

Je sais combien on peut dire du mal du monde qui est le nôtre.

On naît ici, pas ailleurs, alors toutes ces histoires de vies après la mort, je m’en bats l’œil,

Ce qui m’importe, ce sont ces gens avec qui je peux partager un moment agréable.

La condition humaine, ce n’est pas toujours la joie, mais on va faire avec,

D’ailleurs, qu’avons-nous d’autre comme choix ?

Je pense souvent à vous lorsque je me sens seul…

Passe le bonjour à Jeanne de ma part, j’espère qu’elle va bien

Et fais une grosse bise à Julien et à Paulette

Qui doivent être bien grands maintenant.

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Retrouver le Rank que tu as beaucoup aimé…

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Nous savons que de nos amis nous pouvons attendre le meilleur comme le pire.

En août 1924, tu reçois une lettre de ton ancien collaborateur et ami Rank,

Où il te traite comme un chien et toi, tu lui rédiges une réponse, mais ne la postes pas …

Tu lui fais part des points vous séparant, mais les derniers mots de cette lettre

Sont ceux de ta volonté de retrouver le Rank que tu as beaucoup aimé.

Maintenant il est vrai, la distance qui vous sépare n’arrange rien, lui est aux Etats Unis

Et toi à Vienne …Je ne crois pas qu’il faille insister lorsque ça ne va plus,

Les ruptures ont l’avantage de faire place à d’autres histoires,

Mais il est vrai, nous aimerions tous que l’amitié soit éternelle,

Car nous sommes des romantiques peureux, peureux de nous trouver seuls

Face à nous-mêmes, face à notre solitude…

Tu souffres de mille feux de ta maladie maxillaire et de problèmes cardiaques.

Ferenczy se permet de profiter de ton état déplorable pour te faire

Ce diagnostic à quatre sous :

 » Je pense que le cœur doit être soutenu non seulement médicalement,

Mais aussi psychiquement… « . Cela part d’un bon sentiment… Tu parles !

Il prend la revanche d’un fils sur son père symbolique affaibli, il se venge, le traite.

Il se propose de venir passer quelques mois auprès de toi pour te servir

De psychanalyste, si tu ne le jettes pas dehors, ajoute-t-il.

Il t’a toujours considéré comme son  » Maître « , son supérieur. C’est terrible,

Cette maladie de vouloir toujours un Dieu au-dessus de soi.

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Devant son ordinateur…

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Au départ, c’est ainsi que je voyais les choses,

Un handicapé entre en scène, traverse le plateau,

S’installe à sa table de travail devant son ordinateur

Et commence sa journée à regarder les journaux, ensuite,

Après son petit déjeuner, il fait le tour des sites de discussions

Où il passe la plus grande partie de ses journées à dialoguer

Avec des gens en leur faisant miroiter qu’il est

Un jeune homme bloqué à la maison par la présence

De son père handicapé et dont il a la charge exclusive.

Ici, je laisse s’égarer mon âme devant cette fenêtre, je compte toutes ces heures passées

À regarder au travers le paysage que je crois connaître maintenant par coeur.

Férenczi se dévoile : il y a du mystique en lui. Ça transparaît de temps en temps

Et plus particulièrement le 14 juin 1923, quand il écrit :

 » On se prend à espérer une providence ou une justice, on se révolte contre le destin « .

Que viennent faire là, à la case psychanalyse, ces bouts de rien de ma concierge,

Déconsidérant ce si grand travail dans lequel vous vous êtes lancé, toi, Sigmund,

Lui et tant d’autres ? Ces faiblesses sont-elles significatives, où faut-il les considérer

Comme de simples failles révélatrices de nos propres imperfections à tous ?

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Les betteraves et les betteraviers…

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Tu regardes intensément les objets qui nous entourent, les livres et tes vêtements

Posés négligemment sur une chaise en bois. Les meubles, détachés par le blanc des murs,

Ressemblent à une installation d’un musée contemporain, ils sont là plantés

Comme des arbres anciens, rassurants, décorant cette grande chambre

Où je suis, pour l’instant, à vivre las de tout.

La fenêtre, toujours elle, en premier plan, donne une vue sur le monde tel qu’il est,

Je me penche, vois le lierre sur la façade. Soudain, je doute de la douceur de cette nature.

Vexé par la réflexion inutile et désobligeante de mon ami et patron,

Je pensais lui rappeler son passé à lui, mais je sus me taire et réfréner mes pulsions,

Mettre un mouchoir sur cette bave d’idiot de pauvre ministre.

De la betterave, encore et toujours de la betterave, tel était mon programme, mon destin,

Et pour l’accepter, il me remit discrètement quelques billets de banque et me salua.

Ce programme, je le suivis fidèlement, seulement maintenant, je m’en rends compte,

J’eus tort, car ces conseils ne me menèrent nulle part, et devant le peuple,

Je perdis aux élections devant me voir au premier rang de la scène politique

Auquel j’aspirais malgré les betteraves et les betteraviers.

Mon adversaire du moment n’était rien de moins qu’une sacrée canaille faisant miroiter

Ses canailleries comme des diadèmes d’or et d’argent et finalement, me dis-je,

Plus un politique est infâme, plus le peuple est disposé à lui confier son portefeuille.

À la vérité, cet homme était un grand bandit, un voleur de longue date et loin de s’en cacher,

Il s’en vantait avec cynisme. Plus cela me répugnait, plus il le criait sur tous les toits :

J’ai volé, j’ai volé et j’assume … À ces cris, tout le monde, un verre d’alcool à la main,

De betterave probablement, déployait leur admiration pour ce sale bonhomme.

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La betterave, rien que la betterave…

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La betterave, rien que la betterave, le reste ne compte pas, tu es dans le concret,

Le réel de l’agriculture, mieux que ça, exclusivement betteravier, ne l’oublie pas.

Je ne connaissais rien à la betterave ni aux betteraviers d’ailleurs, j’avais toujours vécu

Au sein de notre capitale, le long de la Seine, dans une famille raisonnable

Depuis des siècles, alors me voir dans les responsabilités de cette nature

Me faisait avoir le bourdon et j’étais à deux pas de voir éclore sur tout mon corps

 » Les boutons de la colère « .

Je savais au moins une chose, de la betterave on tire un suc pour en faire du sucre,

Et également de l’alcool. Bravo ! cela suffit, applaudit le ministre, marche

Carrément sur cette donnée … Promets des rendements fabuleux et de l’essence à bas cout,

Des routes bien entretenues pour les camions pleins de ce divin légume,

Annonce des primes aux cultivateurs… Bref, tu l’as compris, dans le domaine

De la betterave, tu as carte blanche et sois assuré de notre soutien dans ta fonction

Qui doit rester modeste et surtout ne pas déranger l’ensemble des travaux de tous mes amis,

Mis en place par mes soins, dans cette assemblée dont nous sommes tous très fiers.

En contrepartie, nous effacerons ton passé plutôt gênant…

Un handicapé dans son fauteuil traverse la scène de théâtre et s’installe devant son ordinateur.

Dans le fond du plateau est installé un écran géant. L’homme est prêt à allumer sa machine.

Il va consulter les journaux du matin, faire le tour des nouvelles du jour sans porter

Attention aux évènements, c’est par habitude qu’il fait ces gestes,

Qu’il a ces mouvements, qu’il a ces lectures.

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Aller à l’Assemblée Nationale…

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La fenêtre m’indique le chemin, tout près, palpable, mais aussi loin,

À l’étranger peut-être. Je me sens en marge.

Dans cette chambre d’une douceur rare,

L’instant passe irrémédiablement et ne concède rien.

La fenêtre est ouverte sur l’extérieur, il n’y a rien, il n’y a personne.

Suivi par une série de malchances, je passais devant la Seine

Avec des idées plutôt noires. C’était avant d’aller à l’Assemblée Nationale

Rejoindre mes confrères, dont j’avais pour obligation d’entretenir avec eux

Un minimum de sympathie pour me faire une place parmi eux, une place au soleil.

Pistonné par le ministre, ami de longue date puisque nous étions d’anciens camarades d’école,

J’avais obtenu ce poste dans cette maison si noble à mes yeux et surtout à ceux qui

Ne se doutent pas de ce qui s’y passe à l’intérieur. On me dit intelligent, séduisant,

Bon garçon quand je veux m’investir dans une tâche, c’est pourquoi mon ami m’a choisi

Pour me former à devenir plus tard, pas trop tard je l’espère, député et ainsi

Avoir un revenu dépassant la moyenne des gens ordinaires dont vous faite

Peut-être partis, pardonnez-moi, mais enfin comprenez-moi, si l’on veut habiter

Un bel appartement à Paris, c’est ce salaire qu’il faut, pas celui d’un petit comptable,

Comme celui de Pessoa par exemple, le pauvre. Il me demanda de bien comprendre

Avant tout la situation ; du reste très simple, a-t-il ajouté, lors de notre dernière entrevue,

Et surtout pas de politique qui est la mère de tous les tracas…

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Chapitre 49

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Plan suivant, l’homme au bandeau sur l’oeil est assis face à une jeune fille au foulard rouge.

La fenêtre laisse entrer une lumière magnifique, contrejour idéal pour une photo.

Louis a été opéré, sa voisine Monique, inquiète, vient lui rendre visite, car elle le sait seul,

Âgé maintenant et sans personne à s’occuper de lui. Mais comme toujours

Chez les êtres humains, si elle est venue pour lui apporter du réconfort, elle en profite,

Pour se plaindre de manquer de bois, alors que lui ne sait qu’en faire…

De l’autre côté de la fenêtre, dehors, mon regard se porte sur ce pré, avec ses arbres,

Son chemin menant à cette maison aux tuiles rondes et si intrigantes à mes yeux.

Ce paysage me fait divaguer vers une autre existence sans toi, pleine d’ennui.

Mélancoliquement, j’apprécie cet éloignement, je prends à bras le corps ce passage

De l’hiver au printemps. Très agréablement, le temps roucoule à mes oreilles.

J’écoute le battement de mon coeur, je pense à l’été.

Ici, il n’y a plus grand monde aux alentours, mes voisins sont partis en vacances,

Seule la végétation me reste fidèle. Ce pays se déploie derrière l’horizon,

Je trouve les journées abstraites, interminables parfois, je suis désoeuvré,

Je vis à peine, mon emploi du temps est vide, mon agenda superflu.

Je dors beaucoup et entre les moments de sommeil, je pense, je réfléchis

Accoudé à la fenêtre. Je suis à la mi-temps de ma vie, je regarde ma montre, il est midi.

Lorsque Dieu décide de laisser en vie une personne, têtu il ne vous lâche pas,

Vous repêche à la moindre occasion, pervers, il fait de vous le porte-drapeau d’une cause

Qu’il considère intéressante à explorer ici-bas, puisqu’il est incapable de prendre position

Sur les affaires des hommes de là où il est, toujours dans ses limbes, il se joue de nous,

Et dans le cas de figure nous concernant ici, il se joue de moi en particulier.

Je suis écartelé entre deux pôles que tout oppose. Chaque année, je me surprends à voir,

À vivre cette difficulté d’être, cette impotence consubstantielle à ma personne.

La campagne me met toujours dans cet état-là,

La solitude au bout d’un moment fait son travail dans mes entrailles

Avec cet espoir indescriptible enfoui dans mon intimité.

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