Tout remettre à plat…

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J’ai du mal à imaginer qu’ils n’engueulent pas leurs endormis et ne les poussent pas

À la porte de leurs cours pour prendre l’air et retrouver leurs esprits.

Peu importe qu’il s’agisse de ma part de pathologie ou non, toujours est-il que rien

N’est parfait en ce bas monde, et qu’il est temps de tout remettre à plat,

Je ne sais encore comment ! Tout le monde connaît cette formule de Socrate :

« La seule chose que je sais, c’est que je ne sais rien »… ou pas grand-chose.

Chaque année ces revues de fin d’année scolaire me mettent le nez devant cette réalité-là,

Socrate avait raison, du moins pour ce qui me concerne, c’est clair. Alors, pourquoi

« Ceux qui savent » infligent-ils leurs savoirs à leurs petits enfants, et oublient

Cette vérité absolue ? Comment peuvent-ils imposer, d’une poigne de fer de militaires,

Ce qu’on a, cinquante ans avant, mis dans leurs caboches d’élèves bien éduqués ?

La complaisance des pouvoirs politiques n’est pas prête à virer de bord, seulement

Peut-être pour quelques modifications d’horaires de cours, et tout cela suscitant les remous

Que l’on sait dans les hémicycles de nos institutions, dont les exclus sont exclus, je le précise.

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Ces postulants au baccalauréat…

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Année après année, c’est toujours la même histoire : les fascicules pour la révision du BAC

Tendent leurs bras à mes récurrentes frustrations anciennes de n’avoir pas fait d’études,

Et donc de n’avoir pas eu ce diplôme. Tous les arguments, faux ou vrais, me poussent

À m’en approprier quelques-uns pour me faire une idée de quoi il en retourne aujourd’hui

Des questions posées à ces postulants au baccalauréat. Les six hors séries proposées

Par Le Monde ont un avantage, aucune pub ne perturbera notre concentration de lecture.

Prenons « Français ». Dès les premières pages, mon attention s’évade, sa fixation est difficile,

Presque impossible, plus précisément, tout effort chez moi provoque une grosse fatigue,

Plus encore, une souffrance. Dans le domaine intellectuel comme dans bien d’autres,

Je n’ai d’autres choix que de m’attacher à ce qui donne du plaisir, pas à ce qui n’en donne pas.

Dix à quinze minutes d’effort et mes yeux se ferment, je perds conscience un léger instant,

Je dors quelques secondes. Ce genre de réaction arrive-t-il à certains de nos gosses ?

Si oui, comment réagissent les enseignants à de tels comportements ?

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Je suis un rescapé de l’échec scolaire…

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Ce matin en me levant, une pensée m’a traversé l’esprit :

« Je suis un rescapé de l’échec scolaire ». Heureusement, de cette école-désastre,

Il y a des survivants, mais combien M’sieurs-Dames les statisticiens de l’Éducation nationale ?

Cette école obligatoire m’a permis, comme je l’ai écrit un jour, d’avoir été gardé au chaud

Entre ces murs-là plutôt qu’à la rue, tout bêtement d’avoir grandi. Une fois sorti de cet endroit

Sans intérêt pour moi, j’allais dire de cet enfer, j’ai connu d’autres univers, tournant autour

Des choses de la culture : le théâtre, le cinéma, le livre (difficilement), la peinture,

Les musées… tous, plus excitants les uns que les autres, me donnant encore aujourd’hui

À soixante-six ans, une force m’ayant souvent sauvé d’un découragement fatal,

Dû à des problèmes de santé physique. Je veux dire par là qu’il est capital d’éviter que l’école

Soit responsable, ce qui est le cas maintenant, des pires catastrophes survenant

Après son passage obligé. Mille fois j’ai été confronté à des personnes de cette catégorie :

« Échec scolaire », refusant de prendre un livre, de regarder un tableau, d’aller au théâtre,

Au musée, sous prétexte que ce n’était pas fait pour eux. Et pourquoi ?

Parce qu’ils en ont été rejetés dès le plus jeune âge par ces mauvaises notes à répétition,

Par cette institution représentant justement « la culture »…

Du sceau fatal des autorités supérieures, cette école les a estampillées, jugées « nuls »

À tout jamais. Alors, quels recours ont-ils pour ne pas sombrer dans la dépression

Et survivre malgré tout ? Leur vengeance prendra mille formes, je vous laisse le soin

D’en deviner certains… La majorité d’entre eux va rejeter, au long de son existence,

Ce qui fait penser à l’école : les cahiers, les livres, la lecture, l’écriture. Ces recalés

De nos sociétés vous les retrouverez plus facilement dans les hôpitaux, les prisons,

Au chômage, qu’au théâtre, à la bibliothèque ou à un poste de travail valorisant,

Car l’école des mauvaises notes dévalorise en profondeur l’âme de ces enfants,

Ces hommes en devenir. Je sais , je sais, je sais, je me répète, mais on est pédagogue

Ou on ne l’est pas ! Tous, ne tombent pas dans ce cas de figure, certains s’en sortent,

Mais toujours, toujours avec des séquelles sur le dos. Le plus surprenant dans ce combat,

Pour l’abolition des notes à l’école, mené depuis près de vingt années, est de voir

Le peu d’entrain des enseignants à comprendre cette démarche, comme si

Cette simple formalité, ne pas noter, remettait en cause leur métier, leur raison d’être,

Alors qu’elle élèverait leur statut d’accompagnant.

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L’école abime les adultes en devenir…

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Quelle légitimité ai-je de vous parler d’école ? Sinon d’avoir été concerné par elle,

Comme la plupart d’entre nous, à un moment où je n’avais aucune ressource

Pour me débattre dans les problèmes qu’elle soulève depuis toujours.

Est-ce une vengeance que je prends là ? Je ne crois pas, j’ai d’autres motivations :

Je ne veux pas que l’école abime les adultes en devenir, qu’elle cause des dégâts irréparables.

Les enfants sont sous le joug de leurs parents, de leurs institutions, ils réagissent

Chacun à leur manière, selon leur caractère et les résultats de leur travail ;

Pas que de cela bien sûr, mais de cela aussi. Selon que les notes évaluent l’élève

Dans un sens ou dans l’autre, il connaîtra ce que veut dire vivre heureux parmi les siens,

Sinon il y a risque de le voir dans un flue incessant de violence contre les autres

Ou contre lui-même. Quelle légitimité ai-je donc, n’ayant aucune expérience en la matière ?

Ni enseignant, ni parent d’élèves, ni diplômé de je ne sais qu’elle université,

Rien, je ne suis rien, comme beaucoup d’entre vous d’ailleurs…

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C’était tout près d’une Abbaye…

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Ma grand-mère, la mère de ma mère, vivait avec sa soeur à deux pas de là,

Il n’y avait qu’un pont à traverser pour aller les voir, c’était tout près d’une Abbaye

Appartenant aux Bénédictins. Puisque j’étais né sous le signe du malheur,

La première nourrice n’avait pas de lait en son sein, alors je faillis mourir de faim,

Car personne dans ma famille ne s’en était rendu compte, ils avaient tous, l’esprit ailleurs,

Dans leurs affaires probablement, et le bébé que j’étais pouvait vivre ou mourir

C’était sans importance dans le fond. Mais pour moi, à priori, mourir ou vivre

N’était pas la même chose, mon destin me poussant à continuer cette route,

Mal commencée certes, mais devant avoir de bons côtés malgré tout,

À commencer par cette chance inouïe d’avoir été repêché du néant
Par une femme très pauvre, mais ayant mis au monde un petit gars comme moi,

Du lait, elle en produisait pour deux, son corps me considérant probablement

Comme un enfant à elle. Depuis toujours ma santé a été des plus précaires, c’est pourquoi

On pria une grande dame d’église de me laisser vivant et si ce voeu était exaucé,

Alors je porterais plus tard, la robe de soie transparente de tous ces mignons petits garçons

À la messe le dimanche en l’honneur de la Sainte Vierge. Personne n’y vit d’inconvénient

Àcette promesse, Pas même ma mère, la sainte femme, toujours prête à sacrifier

Quelque chose sur l’autel des sacrifices. Je fus sauvé, dommage !

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La vieille dame…

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Pour la vieille dame c’est le moment de lâcher-prise, mais comme il est difficile

De se défaire des choses qui vous entourent, le moindre évènement

Prends une importance folle, un peu comme s’il vous filait entre les pattes

Vous mettant en face de votre propre réalité. Alors les jeunes négocient,

Mais qu’y a-t-il donc à négocier ? Elle est d’accord sur tout, sur presque tout,

Elle garde la tête haute, histoire de dire je ne baisse pas les bras, j’ai encore mon mot à dire…

Alors elle conseille sur les vaches, sur les veaux, et eux répliquent qu’il leur faut

Des aides de l’état pour une installation plus conforme aux normes européennes.

Je ne suis ni le premier ni le dernier des hommes dont la naissance ne fut pas un bonheur

Dont ce seul souvenir à chaque fois m’attriste sans trouver une branche où m’accrocher.

Tout ce qui touche à ma naissance n’est donc qu’un flot de malheur,

La chambre où ma mère me mit au monde, les meubles, les objets de la pièce,

Tout, absolument tout, revient dans mes rêves chaque nuit, me persécutant inlassablement,

Faisant de moi un martyr, un homme souffrant. Était-ce le signe d’un destin particulier,

Hors du commun ? Né dans ces circonstances, je n’avais rien à perdre, rien à gagner à vivre

Cette vie, puisqu’elle m’avait été donnée sans que jamais je n’en eusse éprouvé le besoin.

Heureusement, on me jeta dans les bras d’une nourrice dans un joli village

Où un parent maternel avait, ne rigolez pas merci, un château fort, nommé : « mon choix ».

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la famille Deleuze

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J’eus pour parrains mon Jean-Baptiste de frère et une comtesse de grande noblesse,

On me nomma François, René, sans trop se faire d’illusion sur ce bout de chair

Qui venait de naître… On n’entendit même pas mes cris, le bruit de la mer

Les avaient tous recouvert de sa toute-puissance, j’étais presque mort

Lorsque je sortis du ventre de ma mère. Tout cela je l’appris plus tard, bien entendu,

De la bouche bienveillante de mes deux soeurs.

La jeune dame vouée à la succession a pour nom de famille Deleuze,

Je la regarde, rêvant y déceler l’air coquin de Maître Gilles ; non il n’y a rien,

Rien de rien, ce doit être une autre branche de l’arbre de la famille Deleuze.

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C’est ça l’homo sapiens…

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Les dégâts de cette boisson n’est plus un sujet tabou, mais voir la dégradation

De l’homme au travail n’est pas des plus ragoutants non plus. En attendant,

On continue à manger, à boire, et pour le reste, nous nous tiendrons à taire

Ce qui n’est pas montré dans le film. Dehors, il a neigé.

L’homme traverse son domaine pour aller faire quelque chose, c’est ça l’homo sapiens,

Il va d’un endroit à l’autre, ça bouge tout le temps, et le revoilà vociférant ses « yé-yé-yé »

À l’intention de ses brebis pour les avertir de sa venue, c’est reparti pour un tour.

Le plan suivant nous met dans une situation de voyeur. La vieille dame, propriétaire des lieux

Est face au jeune couple devant prendre la relève, cette intimité est dérangeante,

Les protagonistes n’ont rien à se dire et pourtant on continue à les filmer

Comme des bêtes de cirque.

Elle eut un enfant tout de suite qui ne vécut pas plus de trois jours, puis un autre

Quelques mois plus tard, et deux petites filles aussi, mais ces quatre frères et soeurs

Mourrurent tous par une malformation du cerveau.

Enfin Jean-Baptiste naquit et resta en vie, il devint le gendre d’un homme illustre

Et avec lui, monta, la tête bien droite, sur l’échafaud pour se la voir confisquée.

Après sa naissance, il y eut quatre filles encore, mais seules deux d’entre elles

Ont survécu à la révolution, en plus de ma personne. J’étais donc le dernier

D’une lignée de dix infortunés. Ma naissance, un 4 octobre, se fit dans la maison

De Monsieur de Boigarrain, père d’une jolie princesse, dont nous parlerons plus tard.

Cette bâtisse, située dans une petite rue de Saint-Malo, donnait sur la mer.

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Apauline de Bedée…

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Apauline de Bedée était son nom, petite et laide, ma bonne mère, heureusement,

Avait pour elle ses yeux : ils étaient les plus beaux du monde.

Elle et mon père contrastaient lorsqu’on les voyait ensemble, elle toute en nuance,

Élégante, intelligente et lui, d’une rudesse de matelots, d’un calme menaçant

À faire froid dans le dos. Elle aimait la compagnie et les amusements,

Il s’adonnait à la solitude et à l’indifférence. Mais aussi forte que fût sa personnalité

Ma mère au bout d’un temps devint mélancolique malgré elle, l’atmosphère

De la maison s’assombrissait de jour en jour, même la parole lui devenait

Presque interdite, tant son homme par sa tristesse la contaminait, alors

Pour exister, elle se rabattit sur l’église, sur la religion. Lorsqu’ils se marièrent,

Tous deux n’avaient presque rien et firent le choix de s’installer à Saint-Malo.

…Et ça coupe le pain avec une main pleine de doigts dont une est enrobée d’un sparadrap,

Mais l’oeil reste toujours vif et les joues rouge sang du vin de table.

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Quelques verres Monoprix…

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En fait, ce ne sont pas des moutons, mais des brebis, il en a quatre-vingt-dix environs.

Retour plan fixe sur la table, sur la toile cirée jaune sont posés quelques verres Monoprix

Et un bol jaune pour rappeler la toile de fond, avec à l’intérieur une purée de pommes de terre,

Puis à côté, une assiette de viande bien rouge. Une bouteille de vin à moitié vide,

Millésimée, l’image n’est pas assez nette pour en lire l’année, un pain blanc,

Symbole de la France profonde dans ce qu’elle a de meilleur, et notre personnage de roman,

Ce paysan pur souche, signé Raymond Depardon, apparait alors comme une présence

Physique ne pouvant rien inspirer à quiconque de normalement constitué.

Alors, ça mange, ça mange, comme partout dans les campagnes du monde entier.

Mon père décida de se marier pour me voir venir ici-bas ou pour une autre raison.

Il revenait d’un de ses voyages lointains et heureux de retrouver ses racines en France,

Se mit en chasse pour tomber sur ma mère. Elle était la quatrième enfant

D’une famille nombreuse et son père, un gentilhomme,

Vivait à la campagne du revenu de ses terres, tout près de Saint-Malo.

Une de nos arrières grands-mères, connut Madame de Maintenon en personne,

Et en avait profité pour bien éduquer ses filles et ses petites-filles

Dans la pure tradition de ce milieu privilégié. Comme Marcel, j’eus la chance

D’avoir une mère douée de beaucoup d’esprit et d’une imagination fertile,

Ses passions littéraires l’avaient nourri et les écrits de Racine,

De Madame de Sévigné et de bien d’autres, alimentèrent son jardin secret,

Sans compter toutes ces anecdotes des gens de la cour de Louis XIV.

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