Il y aurait des voix, là-bas…

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Un homme me raconta des histoires anciennes calmant en moi cette agitation

M’ayant poussé à faire ce voyage. Dans le coin, on dit des choses pas possibles,

Il y aurait des voix, là-bas dans les dunes, qui communiqueraient entre elles,

Des voix humaines, et à ceux qui croient encore au père Noël, on raconte l’existence

D’un homme et d’une femme ayant des corps d’animaux, parlant sans cesse,

Sauf au moment des amours où là ils crient. Septique, je souris à mon narrateur.

Comment savoir de quoi était faite l’âme de cet homme des montagnes vivant seul

Parmi les bêtes et dont l’esprit a été peu confronté à la réalité de l’existence

Commune à chacun de nous qui vivons dans les villes, dans les cités.

À peine cette phrase est-elle terminée, que tout à coup le monde bascule,

Un enfer de tsunami se déverse sur le Japon, alors qu’en même temps

Un tremblement de terre de magnitude 9 secoue le pays, et pour combler le tout,

Des centrales nucléaires se mettent à cracher le feu à Fukushima

Comme dans le pire des cauchemars.

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Ilot noyé de vert…

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Toutes les nuits me surviennent des cauchemars impossibles à maîtriser, à canaliser,

Je ne sais comment m’en débarrasser, j’ai peur qu’elles me détériorent à la longue.

Je ne comprends pas pourquoi mon esprit agit ainsi avec moi, que lui ai-je fait

Pour qu’il me persécute ainsi ? Alors, pour fatiguer mon corps, je sors dehors,

Vais dans une forêt afin de renouveler mon sang malade, objet de tous mes tracas.

Dans cet ilot noyé de vert, sans me soucier de rien, j’y entrai paisiblement,

Lorsque survint une angoisse inhabituelle, d’autant plus inquiétante que j’étais seul,

Avec une impression d’être suivi alors qu’il n’y avait personne.

Une frayeur subite me fit faire n’importe quoi, je tournai autour d’un arbre cent fois,

Ma tête eut un violent vertige, je ne savais plus où j’étais, où j’allais.

La nuit fut horrible et, n’en pouvant plus de souffrir, je pris la décision de partir,

D’aller faire un voyage pour me remettre en état, et ce fut une bonne décision,

Car elle me remit sur pied. Un mois plus tard, je me sens guéri, ce doit être

La visite du mont Saint-Michel ou mon séjour à Avranches, ville surplombant

Une baie avec un monument fantastique. La mer basse, j’allai vers l’abbaye,

Elle me faisait penser à l’église de Combray, j’y entrai, léger, frêle comme un nourrisson.

C’était un bijou fait de pierres taillées par la main des hommes plus robustes que moi…

J’ouvre les yeux et regarde indifférent ces sculptures religieuses,

Savourant le calme régnant en ce lieu, sauf le bruit du vent.

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Ce mal incongru…

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Mon sang est-il le principal fautif à ce mal incongru germant dans ma chair et

M’empêchant de trouver le sommeil ? Le médecin consulté a trouvé mon pouls rapide,

L’oeil dilaté, les nerfs vibrants, mais à part ça, il m’a trouvé pas trop mal,

Et pour toute ordonnance, m’a prescrit de bonnes douches froides et du potassium.

Malgré ces remèdes, je me sens toujours aussi azimuté,

Surtout à l’approche du soir, une inquiétude incompréhensible m’envahit

Comme si la nuit cachait pour moi une menace terrible. Je dîne trop vite, trop tôt aussi.

Après, je me mets à lire, ne comprends pas les mots, distingue à peine les lettres,

Alors, je me lève et vais de long en large pour tuer le temps, repoussant comme je peux

L’heure du coucher. À peine entré dans ma chambre, m’enferme à double tour, j’ai peur.

J’ouvre l’armoire, je regarde sous mon lit, j’écoute s’il y a du bruit, mais j’écoute quoi ?

Cet état n’est peut-être qu’un simple malaise, un trouble dans les connexions

Si complexes des nerfs ou de je ne sais quoi d’autre. Notre machine est si fragile

Si sensible, qu’au moindre dérèglement, elle rendrait mélancolique le plus joyeux

Des hommes. Je me couche et j’attends le sommeil. Mes jambes frémissent,

Mon coeur bât la chamade, tressaille, trouve au bout d’un moment

Le repos tant attendu, les yeux se ferment, je me sens anéanti.

Je dors deux ou trois heures, puis un cauchemar m’étreint, quelqu’un s’approche de moi,

Il veut m’étrangler. Je me sens dans une impuissance atroce,

Je ne peux ni crier ni remuer, je suis paralysé.

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Chapitre 44

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Aujourd’hui, étendu sur la pelouse de ma maison, j’ai passé une journée admirable,

Sous l’énorme platane généreux d’ombrage et de tranquillité.

J’aime vivre dans ce pays pour y avoir mes racines ancrées dans cette terre

De mes ancêtres, j’aime ces villages et son air si bon, cette demeure où j’ai grandi.

De ma fenêtre, je vois la grande et large Seine couverte de bateaux au passage

Doux et perpétuel. Rouen est ma ville. Ses toits bleus et ses clochers gothiques

Sonnent un chant aux sons métalliques si parfait, si agréable à entendre.

Ce matin il fait bon, les navires défilent devant ma fenêtre et se montrent

Tels de magnifiques mannequins pour un défilé de mode ou je ne sais

Quel autre exercice leur demandant de la prestance et bien sûr beaucoup d’élégance.

J’aime à les saluer lorsqu’ils sont beaux, mais là j’ai un peu de fièvre,

Je me sens souffrant, triste également.

Quelle est cette langueur qui pénètre mon coeur sans raison ?

Je m’éveille plein de gaieté, d’envie de chanter, de m’amuser, alors pourquoi

Après cette promenade je rentre désolé comme si quelque malheur m’attendait chez moi.

Pourquoi ai-je donc ce frisson, ces nervosités ? Mon âme, mon âme, que t’arrive-t-il ?

Je suis sujet à la variation du temps, de la forme des nuages et du ciel gris.

Au moindre désordre extérieur, mon corps tout entier répond d’une façon inconsidérée,

Les choses se passent du côté de l’invisible des choses

La science n’y peut rien encore, elle n’en est qu’à ses débuts, la pauvre science.

Je suis si malade maintenant, alors que j’étais si bien le mois dernier !

Je sens mes nerfs au bord de l’éclatement, et cela n’est pas bon pour mon corps,

Je me sens en permanence sur le qui-vive d’une mort qui approche…

Je regrette d’avoir à venir vous attrister avec mes histoires de santé pas bien gaies,

Mais enfin lorsqu’on écrit, c’est aussi ça qu’on écrit.

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Arendt (suite)

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Enfin, Arendt ne se pose pas la question, elle tranche d’une plume acerbe ce qu’elle ressent

À l’audition d’Eichmann. L’argument du nazi était celui revendiqué par tous les criminels

Nazis : ILS ONT SUIVI LES ORDRES. Alors sa motivation est de nous faire

Prendre conscience qu’il y a des moments où écouter les ordres est criminel.

J’ai déjà entendu un discours similaire de la bouche d’un vieux philosophe israélien,

Yeshayahou Leibowitz, qui allait encore plus loin en dénonçant les actes des juifs, ses frères,

Envers les Palestiniens, les qualifiant d’actes fascistes, puisque personne ne met en cause

Les décisions, et donc les ordres de ces politiques fous.

Vous êtes enseignants et vous suivez à la lettre les ordres de vos supérieurs

Sans vous poser la question si ce que vous faites est bien ou mal…

Voilà, c’est dit, je me tais.

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Hannah Arendt…

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Je sors d’une séance de cinéma et m’apprête à continuer à écrire sur l’école.

Seulement peut-être faudrait-il parler un peu ici du film que je viens de voir :

 » Hannah Arendt « . Tout le monde connaît cette philosophe, soit pour l’avoir sérieusement lu,

Soit pour en avoir entendu parlé. Je fais partie de la deuxième catégorie,

Ce qui ne m’a pas empêché de me rendre le premier jour de la sortie de ce film.

Arendt fut l’élève et la maîtresse de Heidegger dans sa jeunesse, mais après la guerre,

Est allé s’installer avec son mari, un philosophe allemand, Günther Stern, à New York City.

En Israël, à Jérusalem, on envisage le procès d’Adolf Eichmann. Elle décide d’y aller

Et d’en donner son point de vue. Pourquoi je vous parle de ça ici, notre thème

N’est-il pas l’école ? Accrochez-vous et attendez-vous au pire. Je vous passe la description

De ce film franco-allemand… car vous allez y aller et donc ne perdons pas notre temps,

Voyons seulement le fond. L’idée d’Arendt fut de dire que ces horreurs commises par ce nazi,

N’étaient pas ceux d’un tueur terrifiant, mais ceux d’un homme médiocre,

Comme n’importe qui d’entres nous, ayant tout simplement suivi les ordres

De son supérieur hiérarchique : Adolf Hitler.

À Eichmann fut posée la question suivante : si son maître lui avait donné l’ordre de tuer

Son propre père, l’aurait-il fait ? Si Hitler m’avait donné des preuves que mon père

Était un traître, oui, je l’aurai fait. Hannah Arendt met le doigt sur les activités désastreuses

Commises par son propre peuple et qui ressortent effectivement lors du procès :

Des juifs ont aidé le travail des Allemands, et, dit-elle provocatrice, si cela n’avait pas été,

Il n’y aurait pas eu six millions de juifs exterminés. Elle quitte Jérusalem

Et revient à New York pour rédiger son livre qui sera diffusé en cinq épisodes

Dans un des journaux les plus importants du pays. Dès la première parution,

Ses positions révoltent le monde. Pourquoi ? Il va m’être difficile d’explorer plus avant

Cette question, mais je sais que c’est justement là où résident les raisons de mon rejet

À l’égard de cette femme, de sa philosophie. Peut-on tout dire, tout exprimer, tout exposer ?

Certains écrivains déclarent : souvent, on écrit pour ne pas dire l’essentiel… Peut-être,

Mais cette affirmation peut-elle s’appliquer aux philosophes, aux créateurs,

Aux artistes cherchant une certaine vérité, aux analystes voulant explorer

Les zones d’ombres de la nature humaine ?

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Je suis Léonardo DiCaprio…

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Je suis dans une galère et je le sais, le Titanic coule, je suis Léonardo DiCaprio

Et elle Kate Winslet. L’amour c’est toujours le même bordel, à chaque fois

On se fait prendre comme un puceau à la sortie du lycée. Seulement à aucun prix

Je ne lâcherai le morceau, la fin du monde peut arriver, je m’en fous,

Je ne veux rien espérer d’autre que ce corps, je le veux avec l’âme dedans,

Je le veux tout entier, tout le temps… Qu’elle me quitte, je la tue.

Ses mains sentant mes pensées en désordre, en profitent pour se jeter sur mes jambes,

Les caresser, en alarmer les sens et les rendre dignes de sa beauté.

Illich insiste sur l’impressionnant pouvoir de l’enseignant, remplaçant tous les pouvoirs,

Se substituant aux confesseurs, aux Psys toutes catégories, et enfin, aux parents.

Seulement cette critique bon teint, bon genre, où nous mène-t-elle ?

Quelles seraient les limites, les réelles fonctions de la fonction ? Ne va-t-il pas trop loin

En proférant : « Du fait que les élèves soient mineurs, les voilà écartés des garanties consenties

Aux adultes dans ces lieux d’asile modernes que sont les établissements psychiatriques,

Les monastères ou les pénitenciers. » Il évoque le sentiment de culpabilité ressenti

Par les élèves… Comment ne pas être dans cette situation dégradante en permanence

Puisque la perfection n’est pas de ce monde, dans un lieu la voulant à cor et à cri,

À n’importe quel prix, au lieu d’être au contraire l’endroit idéal pour l’essai, le droit à l’erreur,

Et surtout à l’émerveillement permanent. Certains chercheurs ont démontré l’inexistence

Du sentiment de peur chez les enfants, et cela jusqu’à un âge avancé, jusqu’à la puberté,

Ils fonctionnent sans penser aux conséquences, et on les voit targuer leurs parents

Avec des actes contraires au sens commun, cela est dû, d’après les scientifiques toujours,

Qu’un endroit du cerveau de l’enfant ne répond pas de la même manière

À certains stimulus que chez l’adulte…

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Je la sentis comme une biche…

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Ensuite, douce, aimante, je la sentis comme une biche, puis brusquement

Se ressaisit pour se refaire le visage avec poudre et rimmel qu’elle avait sorti de son sac,

Et regardant par la vitre arrière elle me dit : on nous suit !

Bof, lorsqu’on est bien, on n’imagine pas le pire : laisse tomber ma belle et regarde ailleurs.

Seulement, prenant cela au sérieux elle ordonna au taxi d’aller plus vite

Car sa vie était en danger, il fallait échapper à cette poursuite à tout prix.

… Mais le chauffeur aussi aimable fut-il, ne pouvait aller plus vite que la musique,

Et ma belle craignant la fin du monde lui courir aux fesses, s’accrocha à moi dans ce taxi

Nous menant je ne sais où, pourvu qu’il calmât cette peur terrifiante de ma belle Mara.

À coup sûr, elle réagissait violemment à la prise d’une drogue,

Mais le doute s’installa en moi, peut-être en effet y avait-il des gens voulant lui faire la peau,

D’ailleurs elle ne cessait de le répéter comme une malade. Alors, je me demandais

Sur qui j’étais tombé, cette poulette me rendant fou d’amour était peut-être

L’élément d’un système mafieux des plus effrayant de la terre. À la première occasion,

Il faudra m’en défaire, sauter à pieds joints au prochain feu rouge, la planter là,

J’en ai ras le bol de ces histoires, je ne suis ni l’Abbé Pierre ni l’Armée du Salut, merde alors !

Et puis si j’accepte de donner un doigt, le bras y passera et jamais plus

Je ne pourrais m’en débarrasser. Je connais trop la comédie, avec ces plans à la con

Mettant notre vie en lambeaux. Stop, j’arrête cette fille, elle est trop belle pour moi,

Je dois trouver une nana normale, une maitresse d’école ou je ne sais quoi…

Non, non, non et non, je ne veux pas d’une caissière de supermarché

Je ne mange pas de ce pain-là, j’veux la crème de l’emmerde et à ce jeu j’ai tapé dans le mille,

Il n’y a qu’à regarder dans quelle merde je suis maintenant avec cette glue,

Elle me colle partout et son corps, je ne vois que lui, je le veux pour moi et pour moi seul,

Je l’ai dans la peau cette conne et je suis un gros con, quel beau couple on fait tous les deux,

Là assis dans ce taxi, c’est dingue ! La drogue passée, détendue, épanouie,

Plus belle que jamais, je la regarde, ses lèvres s’entrouvrent pour me dire

Qu’on ne la suivait plus, qu’elle pouvait respirer enfin, elle s’empressa

De m’embrasser comme une folle n’ayant pas fait l’amour depuis un an.

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La belle Mara me sauta dessus…

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Dans le taxi, excitée à mort, la belle Mara me sauta dessus pour libérer ses pulsions

Et comme une femme en manque, y alla violemment sans se soucier ni du chauffeur

Ni de moi non plus, bref, elle se rassasia juste au moment où nous arrivions

Sur une place gardée par un flic. J’étais épuisé par tant de violence,

Mais j’essayai tant bien que mal d’être à la hauteur de la situation.

Belle comme une Joconde, cette chienne lâcha prise et se laissa choir

Toute débraillée dans son coin, je m’approchai d’elle pour l’embrasser encore et encore

Sur ses lèvres, dans son cou, partout, partout, partout…

Telle une louve en furie, elle s’agrippa à moi, son corps s’offrait non seulement à son amant

Mais au monde tout entier. Plus rien n’avait d’importance sinon ce moment

Où toutes les parties de nos corps se fondaient pour ne plus faire qu’un,

Nous étions dans une tornade nous foudroyant de toute part,

Nous eûmes des spasmes et des spasmes à répétition,

Et sans vouloir faire de jaloux, je peux avancer qu’il s’est agît d’un moment

Exceptionnel dans la vie d’un homme, et aussi d’une femme.

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