Dans une boîte de nuit…

basquiat71

Il me fallait remonter la pente, ne pas me laisser griser par le désespoir,

Mais tout de même, ne pas avoir un sou en poche en ce moment

Où j’étais accompagné de la plus belle fille du monde, dans une boîte de nuit

Où le prix des consommations n’est pas celui d’un Mac Donald.

Pour me sortir de cette fâcheuse situation, je téléphonais à un ami travaillant la nuit

Et lui demandais de m’envoyer par courrier spécial un billet de cinquante dollars

Pour me lever d’une mauvaise passe qui trouverait son dénuement dans la journée

Et ainsi, je serais en mesure de lui rendre cette somme le soir même. Rapidement

Un homme se présenta à l’entrée du lieu où j’étais avec ce billet tant attendu.

Mais cet homme je le connaissais depuis longtemps et pour lui j’étais une sorte

De Bon Dieu, il me savait être écrivain, un artiste, alors me voyant là à moitié soul

Il me proposa vingt-cinq dollars de sa poche et de bon coeur. Comment refuser

Une telle marque de confiance ? J’acceptai et le remerciai vivement.

Ouf, j’étais sauvé puisqu’en mesure maintenant de payer la note de nos boissons

Et un pourboire de riches au serveur et à la dame du vestiaire.

 Patchwork (cliquez ici)

Seule la pulsion gérait mes actions…

basquiat70

Après ces exercices, tels quels, je les envoyais à cette conne comme si je les adressai

À une maison d’édition, sans trop y croire, seule la pulsion gérait mes actions

Et me calmait un peu, après quoi, je pouvais aller rejoindre ma femme

Dans le lit conjugal. Étant prêt à tout sauf à vivre sans elle,

Son refus m’apparut impossible, dans ce cas j’aurai donné mon sang, tout mon sang

Généreusement à une association de la Croix-Rouge, juste avant de mourir d’amour.

Je retournai au dancing, elle y avait laissé un message, elle voulait bien me voir

Le lendemain à minuit. Au rendez-vous, l’hypocrisie chez la femme étant une seconde nature,

Elle me fit fête comme si de rien n’était. J’allais perdre la vie à cause d’elle,

Et tout naturellement, elle, là, à présent à me faire des bisous partout comme si j’étais

Son petit ami attitré exclusif. Où allons-nous ? me fit-elle, étais-je en état

De faire un quelconque choix devant cette fille que je voulais baiser tout de suite,

Là sur place je me fous de tout, je la veux, en chair et en os, un point c’est tout.

Je vous passe le taxi pris, l’endroit où nous allions passer des heures à boire et à fumer,

À planer grave de bonheur sans raison sauf qu’elle était là, bien vivante, près de moi.

Seulement, tout cela a un prix qu’il me fallait payer puisque c’est encore la norme

Dans nos sociétés de machos, la note était salée, il me fallait un chèque

Et je n’avais pas mon chéquier, pas d’argent, pas de chéquier,

Nous retrouvions la réalité de la vie dans ce qu’elle a de plus trivial :

J’étais sans le sou, donc un pauvre mec, un pauvre con.

 Patchwork (cliquez ici)

Les chocolats venus de Paris…

basquiat69

Je passe mon dimanche avec les gens normaux de ma famille et ça me fait chier

Surtout maintenant, je voudrais la voir, être auprès d’elle, mais là où je suis

On sert la tarte aux pommes, le café et les chocolats venus de Paris. Je m’ennuie.

Comment peut-elle rester sans me donner signe de vie après ce qu’on a vécu

Pendant une nuit entière à ne faire que ça comme des chiens, comme des fauves.

Lorsque ma femme sera couchée, j’irai lui écrire une lettre pour lui dire de que je ressens

Sans elle dans cet appartement sordide dans ce quartier de bourgeois pourris.

La présence de ma femme dans une autre pièce me bloque pour écrire,

Je devine sa tristesse traversant les murs, elle me contamine en profondeur.

Un jour, je fus gravement malade, alors je voulus profiter de l’occasion

Pour souffrir le plus possible sans me soigner pour ainsi ressentir

Ce que tout artiste doit expérimenter : l’approche de la mort, toucher la limite…

Dans cette situation extrême, je réappris à respirer, explorant chacune des pièces

De là où je vivais avec un oeil neuf, mais la cuisine était ma préférée.

J’y restais de longues heures et c’est là que m’est venue l’idée de partir,

De m’évader d’ici, de rompre avec ce confort débile m’aliénant

Au point de faire de moi un homme serpillère sans ressource pour rebondir,

Ne serait-ce que pour aller la chercher dans les bas-fonds de la ville.

C’est dans la cuisine que j’ai pu trouver de quoi écrire entre la vaisselle sale

Et les photos de souvenirs de notre couple aujourd’hui en déroute,

Je rédigeais des lettres folles pouvant injecter du peps à un vieillard mourant,

J’usais ma plume jusqu’à plus soif, mes cahiers d’écolier

De la première à la dernière page. J’essayais d’aller où bon me semblait,

Toutes les routes étaient bonnes, même si le résultat n’était pas concluant, je voulais

Entrer dans les méandres inexplorés de mon âme par l’écriture, par les mots.

 Patchwork (cliquez ici)

Ribes…

basquiat68

Au Rond-Point, tu n’as qu’à voir le restaurant, impossible de se nourrir

Pour moins de trente cinquante euros. Où est le temps du sandwich à quatre sous,

Au théâtre de la Ville, ou la soupe gratuite d’Ariane Mnouchkine ?

Pourquoi Ribes a-t-il du mal à nous parler de ces hommes et ces femmes qu’il côtoie

Tous les jours ? Pourquoi est-ce si difficile pour lui de s’impliquer à fond dans la

Dénonciation des difficultés de sa fonction, car c’est bien de cela dont il veut nous parler ?

Quel danger aurait-il donc à dévoiler ce qui le tracasse ?

Quelle peur bloque cette confidence, plus proche de sa réalité ?

C’est quoi la fonction du directeur de théâtre ?

Est-ce de faire venir un maximum de gens, de remplir les salles,

De faire du chiffre d’affaires comme n’importe quel commerce… De divertir ?

Ou est-ce avant tout de faire un choix de ce qu’il est important de montrer aujourd’hui,

Parce qu’il est encore temps … De faire voir ce qu’il y a de meilleur, d’expérimental. Bref,

Si ce spectacle avait été bon, j’aurais classé l’affaire sans avoir eu besoin d’écrire là-dessus.

 Patchwork (cliquez ici)

Dans leur appartement…

basquiat67

Dans leur appartement de l’île Saint Louis, je n’y suis pas allé

Puisqu’ils ne m’y ont jamais invité. Je ne suis pas rancunier, mais quand même !

Ils auraient pu faire ce geste …Ils habitaient là, tous les deux avec Sapha, leur chienne.

Elle avait été engagée en même temps que moi, pour négocier dans la joie et la bonne humeur,

La vente de logements neufs situés à Juan les Pins.

Le promoteur avait fait les choses en grand,

Nous avions un appartement-témoin magnifique donnant sur un jardin paradisiaque,

Il y avait des fleurs partout et pour nous qui vivions à Paris, ça nous changeait.

Tous deux étions sans nos conjoints respectifs, alors tous les soirs nous sortions

Et faisions la fête dans toutes les boîtes du coin… Parfois, son homme venait

La voir le week-end, que voulez-vous c’est un peu normal, faut pas exagérer.

Il est bon, dit-on, qu’un couple se retrouve de temps en temps pour durer… Mais lui,

Jaloux de tout l’était de moi aussi, ce qui est une aberration pour qui me connaît un peu…

Notre succès commercial fut tellement concluant,

Qu’on me mit à la porte de l’entreprise à la fin de l’opération.

En fait, ce n’était pas grave, les échecs, ça oblige à passer à autre chose.

Je la cherche partout, où est-elle donc passée cette salope,

Avec qui est-elle en train de fricoter encore sans moi, va falloir la mater cette petite,

Elle a trop la tête en l’air et évidemment les gens en profitent puisqu’elle a

Ce dont tous les males rêvent d’avoir dans leur lit.

 Patchwork (cliquez ici)

Gérer son budget…

basquiat66

Physiquement, je n’étais pas bien, pas bien du tout, alors, pourquoi y étais-je allé ?

Madeleine Renaud jouait le rôle de la femme embourbée jusqu’au cou,

Moi, je n’aurai jamais pu faire ça, d’abord parce que je ne suis pas une femme,

Mais surtout je suis claustrophobe, alors, être enterré pendant deux heures tous les soirs,

Merci, même pour un premier rôle, j’aurai refusé. Il y a des limites tout de même,

On demande aux acteurs de faire n’importe quoi. Au cinéma par exemple, si vous

N’êtes pas prêt à vous montrer nu en train de faire l’amour, vous pouvez changer de métier.

 Voilà une chose que tous nos politiques n’ont pas su faire : savoir gérer son budget,

Et cette situation nous met dans des difficultés impensables,

Puisqu’aujourd’hui personne ne sait résorber ce cancer. Alors comment

Ne pas vous faire part de cette idée ridicule, mais trop drôle pour ne pas vous la soumettre,

Histoire de détendre l’atmosphère. Dans notre beau pays, nous avons beaucoup de musées,

Et dans ces hauts lieux de la culture que j’adore, beaucoup d’oeuvres sont accrochées

Sur les cimaises de nos beaux bâtiments visités par millions d’individus, ou bien

Sont en attente dans des réserves pleines à craquer.

Dans la rue je croise une femme, je la regarde, elle me regarde, je n’ai aucune envie

D’en savoir plus, sa gueule m’a suffi. C’est dimanche matin et je sonne à sa porte…

À peine ai-je sonné à la porte de chez elle, qu’un mec, fait comme un diable

Se présente et me demande de quoi je veux lui causer, je lui demande si elle est là,

Son regard me transperce de haut en bas, elle n’est pas là, que lui voulez-vous ?

Vlan, la porte se ferme, je reste heureux de ne pas l’avoir reçu sur la poire,

De bon matin c’est plutôt désagréable ! C’est qui ce con ?

Dans ma cave j’ai une carabine et dans mon grenier une hache,

Mon petit bonhomme, prends garde, si je te croise une seconde fois…

 Patchwork (cliquez ici)

Pris de passion…

basquiat64

Déjà, je devais pressentir que du point de vue de la maladie,

J’allais dérouiller, alors, je me suis pris de passion pour cette chose-là,

Une passion qui ne m’a jamais quittée depuis.

Ici, le psychanalyste Anzieu prend Beckett en otage pour entrer dans le trouble du théâtre

Et trouver avec les mots quelque chose à pondre,

Plutôt que de rester dans le silence comme tout bon psychanalyste qui se respecte.

À vrai dire, il fait comme moi, il se promène.

Un jour, l’idée peut vous prendre de vouloir venir en aide aux autres

En devenant psychanalyste. Vous y avez pensé quelques fois

Sans jamais oser faire le premier pas, puis vous tombez sur ce livre où ce Didier-là

Vous dévoile certaines faces cachées de son métier.

J’ai l’impression qu’il doit arriver très souvent qu’un transfert vienne gâcher

Votre élan d’homme voulant être utile, pour se transformer rapidement en

Une relation conflictuelle, malsaine avec votre client et frôlant les limites de la médiocrité.

Alors, votre velléité de vouloir sauver la terre entière en prend un coup, ce malade, ce client,

Ce pékin qu’on ne connaît ni d’Eve ni d’Adam, rapidement, va vous jeter

À la figure les déjections que personne dans son entourage ne veut, et pour cause…

C’est là qu’intervient le contre-transfert. Vous êtes obligé de lui renvoyer

À votre tour, je ne sais quoi exactement, je n’ai pas bien compris, mais

Enfin tout ça, ce n’est pas bon pour le moral des gens fragiles comme moi.

 Patchwork (cliquez ici)

Beckett et la Psychanalyse…

basquiat63

J’ouvre les yeux et que vois-je, la ville où j’habite, rien ne rappelle la nature, pas même

Une vache à laquelle m’accrocher comme Dubillard l’a fait chez son ami le peintre.

Et l’avenir là-dedans, il est où ? Pourquoi ai-je trimé dans la compromission

Sans me poser les questions fondamentales que tout le monde devrait se poser

Pour les avoir eus au moins une fois en tête,

Est-il nécessaire pour cela de connaître Shakespeare, Racine ou Beckett ?

À peine je commence à lire « Beckett et la Psychanalyse » de Didier Anzieu,

Déjà mon esprit est ailleurs. La première fois où j’entendis ce mot barbare : psychanalyse,

C’était chez mes voisins où je passais la plus grande partie de mon temps.

Ma voisine devait avoir à l’époque dix-sept ans. Un jeune professeur de philosophie

Venait lui donner des cours à la maison, mais des cours de quoi, je ne savais pas trop bien.

Je me souviens qu’ils s’isolaient pour parler en adultes, en tête à tête, loin du monde,

Loin de moi, mais je les avais entendus prononcer ce mot. Quelque temps après,

Au théâtre du Gymnase, la psychanalyse était au centre d’une pièce

Dont le titre me revient comme si c’était hier :

« Le fil rouge », avec Curd Jurgens et Nicole Hiss. Il était question de Freud

Et de l’une de ses malades, on nous montrait qu’en laissant les souvenirs

Se dérouler par la parole, la maladie pouvait s’envoler. Je trouvais ça pas mal,

Comme concept de guérison, j’avais quinze ans, mes parents étaient

Tout à fait normaux sur le plan culturel, c’est-à-dire le calme plat, niveau zéro.

 Patchwork (cliquez ici)

Vient petite sinon je suis perdu.

basquiat62

J’en approche une autre, fraîche comme un géranium ayant convoité tout l’après-midi

Avec des lycéens en mal d’amour. La soirée commence bien !J’apprends qu’elle viendra,

Je patiente, mais à minuit je m’en vais pour ne pas louper le dernier métro,

Je veux rester en bonne santé, dormir tôt et ne pas me soucier des autres en dehors de moi…

Nonobstant ces bonnes résolutions, je dois regarder les choses en face, je souffre,

J’ai le mal d’amour, je suis un chien en chaleur, en rut, suis au coin d’une rue

Prêt à sauter sur la première pute venue. Avec ces pensées agitées, je me jette au lit

Pour dormir, rêver ! Rien d’intéressant ne vient là non plus, à quoi ça sert tout ça ?

Dimanche matin, j’irai à la première heure chez elle la réveiller,

La sortir de ses rêves opaques pour qu’elle m’aime, je veux qu’elle m’aime,

Me prenne dans ses bras, cette chienne, baisons avant la messe, feu de Dieu,

Crachons l’eau bénite dans l’bénitier, prends-moi, je n’en puis plus,

Je suis un désespéré de l’amour, avec toi je veux aller au bout du monde

Et s’il faut y amener ta maman, on la prendra. Vois comme je suis lorsque j’aime,

Je prends tout. Allons viens, partons à la recherche de tes origines,

Oh ma vierge, je suis ton Saint-Esprit, vient petite sinon je suis perdu.

 Patchwork (cliquez ici)