Être ou ne pas être…

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Être ou ne pas être, pensais-je bêtement, fumer peut-être ?

Tout cela n’était qu’une seule et même chose. Si je tombais raide mort là maintenant,

Qui viendrait à mon secours ? Personne. Le monde ne va nulle part,

Il bouge aveuglément. Partout, ça entre, ça sort, des mouches, des moustiques,

Ils se nourrissent comme des chiens, ces gueux, ces messieurs aux chapeaux de travers,

Ces cadres de mes deux … Dans une prochaine vie, je serai un autre,

Un cannibale, un vautour se repaissant de ces charognes, morts ou vifs,

J’irai sur leurs tombes cracher, je vous le dis, j’irai cracher sur leurs tombes. Pour l’heure,

Les choses s’arrangent, le moral remonte à mesure que l’on approche de l’heure fatidique

De toutes mes concupiscences. Elle me fera un sourire égal à celui de la Joconde

Et je sentirai autour de mon cou, la chaleur de ses bras…

Fier, je rentre dans l’arène du bal des initiés. Des humains dansent, bougent, gesticulent

Pour oublier je ne sais quoi, le bruit des pin-pon dehors ou les sons fous sortants de ce piano.

Elle n’est pas sur la piste… Qu’elle fasse ce qu’elle veut, pourvu que je ne sois pas là

Dans ses moments de grandes excitations devant ces hommes bien foutus,

Bien montés dont j’ai horreur. Tout cela est d’un tel convenu, stéréotypé au point

D’en vomir dans le caniveau la gueule ouverte. Il faut être dégénéré pour aimer cette folle,

Mais sans elle je me sens inéxister. Partout, je demande si on l’a vu,

Une nana peut me donner des infos, mais faut casquer et danser avec,

Alors j’accepte et n’ai en retour que son corps trempé de sueur à l’eau de rose

Version jardin des tropiques, un pur bonheur, histoire de changer.

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Comme un zombie…

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J’étais terriblement agité, fiévreux d’impatience. Attendre encore était un supplice,

Je n’en pouvais plus. Je me rendis au parc d’à côté de chez moi,

La tête vide comme un zombie. Les enfants jouaient au bord du bassin

Avec leurs petits bateaux, j’entendais la musique du manège,

Le vent de l’air frappa mon visage, me réveilla un peu de ma torpeur

Et des images de mon enfance me sont revenues, quelques nostalgies,

Quelques regrets aussi. Combien d’hommes de mon âge, pensais-je,

Ont déjà commencé leur grande oeuvre, alors que moi, mes ambitions mortes,

Je n’avais qu’un désir, la retrouver. Je voulais entendre à nouveau sa voix me rassurer,

Savoir qu’elle pense à moi comme je pense à elle. Désormais, je voulais la voir

Tous les jours de ma vie, je serais ainsi illuminé par sa présence.

N’en pouvant plus, je lui téléphonais, mais elle n’était pas là.

J’essayai de savoir à quelle heure elle rentrerait, on me raccrocha au nez,

Le ciel me tombait sur la tête. De désespoir, je téléphonai à ma femme pour lui annoncer

Que je ne dinerai pas à la maison, alors en pensée j’entendis sa réplique :

 » Tu peux crever, espèce de sale con ! « 

Et moi de lui répondre :  » Je me fiche bien de toi, morte ou vive, je m’en fous ! « 

J’entrais dans le bus, m’installant sur la banquette du fond comme jadis à l’école

Au fond de la classe, j’allais de terminus en terminus, passant ainsi une bonne partie

De la journée à essayer de calmer les tentions internes me bouffant toute l’énergie nécessaire

À quelques actions bienveillantes à l’égard de mon prochain.

À la vue d’un marchand de glace installé au bord de l’eau, je descendis du bus

Je marchais jusqu’au quai, j’avais encore du temps à perdre avant l’ouverture du dancing.

Je n’avais rien à faire de la journée, j’étais pourtant vidé, sans ressource,

Sauf cette volonté tenace. Je trouvai un peu de force pour repartir, mais sans conviction,

J’étais un fantôme errant dans un vide absolu.

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Chapitre 43

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… Je la rencontrai un jeudi soir dans un dancing et nous passâmes la nuit ensemble,

Mais le lendemain, au bureau, j’avais l’air d’un somnambule,

J’étais dans les nuages toute la journée. Le soir venu, je fus heureux d’entrer chez moi.

Je m’endormis sans demander mon reste, seulement après le repos, le diable est venu

Me rendre visite, m’invitant à la revoir impérativement, coute que coute.

J’avais prévu pour cela une ouverture, je devais lui donner un livre dont je lui avais parlé

Et l’idée me vint d’y adjoindre un bouquet de fleurs. J’avais trente-trois ans

Et j’avais tout échoué dans la vie. J’étais ce qu’on appelle un nul.

C’était donc un samedi matin et j’étais loin de me douter de ce qui allait m’arriver :

Sept années de bonheur. Le chiffre sept est important, pas une seconde je n’ai songé

Aux conséquences de cette rencontre. Je la désirai et ne voulais pas la perdre.

Je me mis à lui écrire une longue lettre après lui avoir envoyé

Le livre et le bouquet par un messager, je lui disais que l’on pourrait se retrouver

Au dancing dès que possible et donc je lui téléphonerai ce soir même.

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À penser, à aimer, à sentir…

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Naturellement, nous apprenons loin de l’apprentissage scolaire, car nous sommes tous nourris

À la même soupe de la vie au quotidien depuis la nuit des temps et de toute part

Dans le monde, partout. Mais ces chercheurs sont-ils vraiment fiables ?

Cela reste une question en suspens, je n’oserai pas trancher dans le vif l’intelligence

De ces hommes bienveillants peuplant la planète. « Où avons-nous appris la plus grande part

De ce que nous savons ? En dehors de l’école… C’est en dehors de ce lieu que tout le monde

Apprend à vivre, apprend à parler, à penser, à aimer, à sentir, à jouer, à jurer, à se débrouiller,

Et aussi à travailler. » Je ne sais pas pour vous, mais pour moi cela est clair,

À dix-sept ans et demi, j’ai laissé mon cartable d’écolier au fond d’un placard et dehors,

Je me suis mis à chercher ma voie, avec un certificat d’études primaires en poche,

Puisque le CAP m’a été refusé pour une demi-faute d’orthographe de trop,

Pour devenir enfin le magnifique intellectuel que je suis aujourd’hui à soixante-six ans.

Nonobstant tout ce que je dis, plus je lis son rejet de l’école,

Plus j’ai du mal à le rejoindre pleinement. En moi persiste l’idée…

… Que l’école est bénéfique malgré tout, même si je suis tout aussi critique que lui.

J’ai toujours trouvé insupportable que des hommes et des femmes, respectables qui plus est,

Puissent se permettre de juger le travail d’autrui en le notant. L’évaluation relève d’un acte

De violence insoutenable. Pour cette seule raison, je suis prêt à balancer cette institution

À la gorge des loups pour la remplacer par des lieux bienveillants d’activités, où le culturel,

Dans toute sa diversité, trouverait sa place dans le bonheur de ses enfants et non

L’unique obtention de diplômes. Ne connaissant rien à l’histoire personnelle d’Ivan Illich,

Sauf qu’il a été longtemps dans les hautes sphères de l’Église, je me demande où en était-il

Au moment de la rédaction de ces écrits critiques sur nos institutions ?

Je n’en sais rien et ne m’en porte pas plus mal, mais il est rassurant de l’entendre écrire :

« Les enseignants comme les prêtres sont les seuls hommes de métier qui se sentent investis

Du droit de pénétrer les secrets de la vie privée de leurs ouailles… »

L’homme a-t-il retrouvé sa liberté originelle ?

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Les sans diplômes…

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À partir du moment où il y a des gens avec diplômes, il y a les autres, les sans diplômes.

Voilà la grande injustice d’un système nullement prêt à mettre la clef sous le paillasson…

Phénoménologie de l’école. « Voilà quelques fonctions de l’école :

Elle est gardienne des enfants, elle a la charge de la sélection, de l’endoctrinement,

De l’instruction. » Ne voit-on pas Illich aborder cette question de ce qui existait avant l’école ?

… De ce qui existait du temps de ma grand-mère, je veux dire depuis Adam et Eve.

Alors le voilà parti à déblatérer sur l’école, plus encore que je ne le ferais moi-même,

Il fait valoir que la notion « d’enfant » n’existait pas jadis, et encore maintenant

Dans certaines contrées du monde loin de tout. Que pensent de cela les chercheurs

Travaillant sur le cerveau humain aujourd’hui ? Cette question tombe à pic, j’ai reçu ce matin

Le dernier numéro de « Sciences Humaines » traitant de cette chose. Tout d’abord

On nous explique que le cerveau dès le plus jeune âge entre dans un processus statisticien,

C’est-à-dire qu’il va observer ce qui se passe dans mille circonstances pour mieux anticiper

Ensuite ses actions au pif, au feeling. « Penser, c’est prédire » dit-il, et ça bien avant

L’école maternelle. D’autres étudient l’esprit humain forgeant des catégories mentales,

Les imaginent, les classent, inventent et interprètent les situations nouvelles par analogies.

Penser, c’est comparer, dit l’article.

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« La perspective Nevski »

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Je voudrais vous lire ces quelques lignes de la « La perspective Nevski » de Gogol.

« Il n’y a rien de plus beau que la Perspective Nevki,

Tout au moins à Pétersbourg ; et dans la vie de la capitale,

Elle joue un rôle unique ! … Et les dames! Oh !

Quant aux dames, la Perspective Nevski,

Leur offre encore plus d’agréments !

Mais à qui donc n’en offre-t-elle pas ?

À peine se trouve-t-on dans cette rue qu’on se sent

Aussitôt disposé à la flânerie. La Perspective Nevski

Est la grande ligne de communication pétersbourgeoise.

À midi, la Perspective Nevski est envahie par des percepteurs

Appartenant à toutes les nations… »

Elle irait à Paris…

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Gaie, elle prépara pour tous un petit déjeuner copieux, coloré, fumant, gouteux,

En un mot, appétissant, et se mit à dire pourquoi elle était si heureuse maintenant,

Sa décision était prise, elle irait à Paris tout prochainement pour chercher et trouver

Un fonds de commerce, elle l’exploiterait avec Thérèse, et toi mon fils,

Tu feras ce que tu veux, nous ne nous mêlerons pas de tes affaires,

Que tu travailles ou non, ce sera ton problème, pas le nôtre. Le fils se leva solennellement

Et dit : je trouverai un emploi, je ne resterai pas sans rien faire.

Mais pourquoi donc ce nouveau marié avait-il eu envie de tout chambouler ici ?

Ne supportant plus d’être la dernière roue d’un carrosse menée d’une main de fer,

Camille voulait se prouver qu’il était un homme, un vrai, capable de prendre

Son destin en adulte, et devenir fonctionnaire dans une grande administration.

La jeune femme écoutait ces projets sans rien dire, d’ailleurs elle ne disait rien,

Elle avait pris l’habitude d’obéir, et cela depuis le jour où elle mit le pied

Dans cette maison, dans cette famille. Elle suivrait, travaillerait aux côtés

De sa belle mère à Paris, puisqu’elle l’avait décidé ainsi, avec le consentement de son fils,

Elle accepterait sans donner son avis, sans broncher, indifférente à tout.

Ma mère se souvient encore de Rome. Ce voyage épique fut un moment privilégié,

Car le premier où elle quitta Paris pour aller si loin, dans une ville l’ayant tant éblouie.

À cinquante-cinq ans, il était temps que cela advienne. Mais de ces souvenirs

Merveilleux qu’elle narre avec bonheur aujourd’hui encore, à moi, il ne reste rien,

Sinon quelques images floues de l’hôtel où dans la chambre, j’avais passé

Trois jours et trois nuits à être malade comme un chien…

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Paris…

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Paris lui paraissait l’endroit idéal où il pourrait construire quelque chose de nouveau,

De neuf dans sa vie. Alors imaginez la réaction de cette mama castratrice devant son fils

Voulant prendre le large maintenant qu’il était marié. Elle qui avait tout arrangé

Pour l’avenir de son « petit malade » et voilà qu’il veut la quitter ? Non, pas question mon gars !

Qu’elle lui dit sauvagement, et pour la première fois, ce fils chétif et dépendant

Réagit en homme responsable, il la regarda dans les yeux, sa décision était prise,

Il partirait à la fin du mois.

Après cette discussion avec son fils, Madame Raquin ne ferma pas l’oeil de la nuit.

Il voulait maintenant prendre le large avec sa femme, quitter cette mère

Pour vivre sa vie à lui, selon sa volonté et non sous le joug de l’autorité maternelle.

Petit à petit l’idée prit place dans l’esprit de cette femme ayant eu à affronter

Les difficultés de la vie sans l’aide de personne, elle se trouverait donc seule,

La belle affaire, elle acceptera ce coup difficile, car elle aimait son fils et sa belle-fille

Et ce choix étant le leur, elle s’y plierait, un point c’est tout.

Au milieu de la nuit, elle faillit perdre conscience et dormir, mais, tout à coup,

Elle pensa à l’avenir : lorsque ses enfants auront des enfants à leur tour,

Qui leur laissera un héritage leur assurant un bon avenir sinon elle-même ?

Elle se mit à construire des châteaux en Espagne, se voyant à la tête d’une entreprise

Avec Thérèse, et ça tournait, ça tournait dans sa tête de femme abandonnée

S’accrochant à la branche d’un arbre mort pour ne pas tomber, ne pas sombrer

Dans la mélancolie. Au petit matin, acceptant leur départ pour la fin du mois,

Elle se sentit plus légère, plus à même de construire des projets pour eux trois,

Dans un autre cadre que celui confortable de ce qui était habituel,

De toute façon elle n’avait pas d’autres choix.

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Ils allaient parfois au bord de l’eau…

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Le soir, ils allaient parfois au bord de l’eau, il lui confiait son agacement

À l’endroit de cette mère se comportant comme une infirmière avec lui,

Alors, il aurait voulu fuir avec elle, partir, se dégager de cette emprise…

Elle, entendait son appel, et pour le distraire s’amusait de tout et de rien,

Ils étaient tels deux bons copains à la sortie des classes.

Quelquefois ces jeux prenaient un tournant étrange, à la limite violent,

Ils se roulaient sur l’herbe comme n’importe quel couple, mais très vite

Il ressentait une peur soudaine, une angoisse le paralysant de la tête aux pieds

Et le jeu devait s’arrêter immédiatement au risque de provoquer chez lui

Une crise pénible. Le temps passa ainsi, puis vint le jour fixé pour le mariage.

Prévenante, la tante Raquin prit sa belle-fille à part et lui raconta l’histoire de toute sa vie

Sse soucier si c’était le moment, le lieu pour ça, elle avait éprouvé le besoin

De vider son sac avant de donner son fils.

Thérèse écouta poliment le discours de la vieille et le soir de noces, après la fête,

Elle alla rejoindre son mari dans son lit, rien de plus. Le lendemain,

Ils descendirent avec le même visage chacun, celui de la veille, des jours, des années

Ayant précédé ce passage devant monsieur le maire. Mais huit jours après,

Le marié s’approcha de sa mère pour lui faire part d’une envie d’aller s’installer ailleurs.

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Petit garçon en tout…

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On laissa passer le temps, car il n’y avait pas péril en la demeure,

Son futur homme, usé par la souffrance, les médicaments qu’il ingurgitait toute la journée

Le rendant physiquement et mentalement petit garçon en tout, même qu’il embrassait

Sa cousine sur le front sans jamais penser à mal. Il considérait sa cousine

Comme il se doit en cousine, mais oh grand jamais en jeune femme. Pourtant,

Tous deux avaient largement dépassé l’âge de l’innocence. Ce qu’il aimait en elle,

C’est qu’elle se comportait en mère avec lui. Ensemble, ils jouaient

Comme lorsqu’ils étaient enfants, avec les mêmes pensées, les mêmes comportements,

Surement trop purs pour des jeunes gens en bonne santé. Lui a toujours été chétif

Et Thérèse l’accompagnait dans cette froideur, cette indifférence

Vis à vis des questions ayant un rapport avec le corps. Parfois,

Elle le fixait de ses grands et beaux yeux verts, sans rien dire, pas un mot,

Pas un son ne sortaient d’entre ses lèvres qui, à d’autres qu’à lui,

Auraient inspiré les plus chaudes attentions. Et le projet de Madame Raquin

Suivait son cours, on attendait leur majorité pour les marier.

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