Saïd me remit la clef …

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Dehors, elle palissait un peu, peut-être l’air pollué l’avait dérangé.

Saïd me remit la clef et me fit un clin d’oeil lorsqu’il vit avec qui j’allais monter.

On est entré dans l’immeuble, elle n’a pas aimé l’odeur dans l’escalier,

Moi évidemment, je ne sens plus rien, avec le temps on s’habitue à tout.

Mais qu’à cela ne tienne, je lui trouvais une réplique géniale du genre :

 » C’est rien, c’est la voisine ». Pas si géniale en fait, ça sentait la pisse et la voisine,

Je ne vois pas ce qu’elle avait à faire dans mes sales histoires, la pauvre fille.

La belle entra chez moi et fut surprise par mon stock de marchandises entreposé là

Dans ma chambre d’hôtel en attendant… Tu veux monter un Félix Potin ? me fit-elle.

Elle me gonflait à ne pas se taire, je la mis devant la télé pour avoir la paix.

Doutait-elle du sérieux de mon commerce ?

Qu’importe, cette nana est trop belle, elle me plait, je la garde.

Je descendis pour respirer de l’air frais, mais avant, je l’invitai à se laver,

La douche est sur le palier et la clef au-dessus de la porte.

Ici, ce n’est pas le Grand Hôtel de Cabourg avec Proust et de son tralala de riches,

Ici c’est l’immeuble ordinaire des pauvres qui vivent au jour le jour,

Voilà ma petite sur qui tu es tombé, c’est ça la vérité… Fallait que je voie Saïd.

J’avais faim, je me suis acheté un pain au chocolat à la boulangerie d’en face.

Saïd et moi, on est comme deux frères, je veux dire au niveau de nos affaires

Dans le domaine du tout-c’que-tu-veux-pour-dix-fois-moins-cher-qu’ailleurs.

Ma belle, restée toute seule là-haut, l’angoissait un peu, et si elle nous donnait aux flics ?

T’inquiètes, elle et moi c’est du sérieux, je me marie demain. Notre job, c’était de refourguer

Les objets volés par des policiers en civils, ceux qui rodent partout.

Ce sont en général des gars qu’ont des postes de responsabilité à la douane,

Ils peuvent nous avoir des lots super, à la seule condition d’aller les chercher

Dans des endroits glauques. Nous sommes actuellement sur un coup génial,

Mais il y a un hic, il nous faut du cash, mais pas un peu, beaucoup de cash.

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Filer à l’indienne sans payer l’hôtel…

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Ma mémoire fait souvent défaut, mais je retiens certains éléments

Pouvant me servir à l’occasion, en cas de difficulté, en l’occurrence présentement.

Pour filer à l’indienne sans payer l’hôtel, nous leur avons laissé quelques-unes

De ses affaires personnelles sans importance et une valise achetée au monoprix.

Après, nous sommes entrés à Paris qu’elle ne connaissait pas encore.

C’était une Normande de pure souche n’ayant jamais mis les pieds en dehors

De son département dont elle commençait à se lasser grave,

Ce qui expliqua ma facilité à la séduire si rapidement et si efficacement.

À Paris, nous irons voir l’Arc de triomphe, me suis-je dit, ne voulant pas prendre le

Risque de la perdre, elle était tellement belle, je n’en revenais pas qu’elle soit avec moi.

Au tunnel de Saint-Cloud, on est tombé dans les embouteillages du lundi matin,

Normal, les gens vont à leur travail, mais elle, ça l’a surpris. Sur le périphérique,

Je lui ai dit beaucoup de bien de Paris, c’est ma ville. Elle n’avait pas l’air de vouloir être

En accord avec moi sur ce point. Moi, j’étais content de rentrer.

J’habite en face de la gare du Nord, au-dessus d’un bar.

Je me demande si elle ne pense pas encore à l’hôtel de Cabourg où nous avons été

Si heureux tous les deux. Mais que voulez-vous, le bon temps ne peut durer éternellement,

Alors, la réalité, on doit la prendre comme elle vient, on n’a pas le choix.

J’ai trouvé une place dans la rue Lafayette. En descendant de la voiture,

Nous passâmes devant la gare de l’Est et j’ai eu beau lui montrer

Ce qu’il y avait de beau à voir, elle n’avait pas l’air de trouver Paris ni beau ni drôle,

C’était le genre de fille à faire la gueule pour un rien, par moment elle était un peu chiante. Devant le café, je lui ai demandé d’attendre un peu, je devais aller chercher les clefs

De ma chambre. J’ai préféré dans un premier temps, ne pas la voir entrer à l’intérieur

De ce café de poivrots. Dans la journée, c’est Saïd qui tient le bar, et le soir

C’est son frère. Bonjour, bonjour. Ça va ? Ça va, merci…

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La FIAC (Foire Internationale d’Art Contemporain)

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Mes beaux-parents étaient dans l’enseignement et vivaient en province.

Lorsqu’ils venaient à Paris pour faire une cure de cinéma ou de musées,

C’était dans cet hôtel à fonctionnaires de la rue de Valois qu’ils se posaient.

Ma belle-mère est décédée il y a quelques années, et à l’époque, je m’en étais voulu

De n’être pas allé à son enterrement, j’avais, faut dire, de réelles difficultés

À me déplacer pour raison de santé.

Je ne l’avais pas vu depuis très longtemps, mais j’avais quand même

De ses nouvelles par mon ex-épouse, sa fille, que je voyais encore à ce moment-là…

Je veux lui rendre hommage ici pour l’initiative qu’elle prit un jour d’une visite familiale

À la FIAC (Foire Internationale d’Art Contemporain). C’était la première fois

Que j’y mettais les pieds. Toutes ces oeuvres folles étaient pour moi une explosion

De l’imaginaire des artistes, je fus conquis immédiatement…

Suis-je devenu plus tard artiste peintre à mon tour grâce à cette visite ?

Peut-être, peut-être pas …

Pour la rassurer, je lui crachais au visage une phrase lue dans un livre :

 » T’inquiètes pas, du pognon j’en ai toujours eu,

Il n’y a pas de raison pour que ça s’arrête d’un coup ».

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Apprendre n’est pas « engranger des connaissances »…

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Apprendre n’est pas « engranger des connaissances » car nous ne sommes pas des canards

Que l’on gave pour en avoir le foie, le foie bien gras, bien malade, représentant

Symboliquement l’élite de nos sociétés structurés comme un langage… Lacanien.

Pourquoi je fais cette association, je ne sais pas, peu importe. Je replonge mon nez

Sur mon bouquin. Apprendre c’est chercher, inlassablement tout au long de son existence,

Des réponses à des questions que l’on se pose, qui ne peuvent en aucune façon être

Les mêmes pour tous, puisque chacun a une expérience de la vie tellement différente,

Regardez au sein d’une même famille, les divergences qu’il peut y avoir entre ses membres.

C’est là justement le terreau d’une richesse infinie, dans la conjugaison de ces variations

Formant in fine un ensemble diablement cohérent. Trouver l’unité dans le chaos,

Voilà de quoi vous assurer quelques heures de réflexion intéressante.

« Il suffit qu’un homme ou une femme reconnaisse la nécessité de l’école

Pour devenir la proie des autres institutions… », dit-il.

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Si les Universités n’existaient pas…

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Si les Universités n’existaient pas, les hommes seraient-ils moins intelligents ?

À quoi et à qui servent les diplômes ? Est-ce pour entretenir le système dans lequel

Nous sommes engulés, ou est-ce pour alimenter notre pensée, sans nous en rendre compte ?

Je crains que ces Universités ne soient que des bulles de savon enfermées

Dans leurs chaos respectifs de spécialistes. À l’évidence, l’intelligence du commun des mortels

N’est pas à chercher de ce côté-là. Critique de mes propres critiques, je mettrais un bémol

Là-dessus, n’ayant pas fréquenté ces lieux saints, mes affirmations sont donc à prendre

Avec des pincettes. Revenons à Illich, il dit : « Nous ne pouvons entreprendre une réforme

De l’éducation, à moins d’avoir compris que le rite de la scolarité ne sert,

Ni l’acquisition individuelle des connaissances, ni l’égalité sociale ».

Qui est prêt à signer ce manifeste ?

Il faudra utiliser mille stratagèmes, ce n’est pas gagné d’avance, pour entrer dans la danse

Du monde intellectuel si par malheur vous n’avez pas suivi le cursus règlementaire.

Nous ne cesserons jamais notre engagement à encourager chacun à trouver la bonne porte

Des jouissances infinies que procure la culture, tous médias confondus sans en oublier aucun.

L’école enseigne que sans diplômes vous n’êtes rien, et en effet, sans les méthodes enseignées

Par cette institution, la répétition des exercices à l’infini au point de vous rendre idiot,

Vous ne pourrez assurer la pérennité d’un emploi de fonctionnaire. Sans ces difficultés,

Ces épreuves à vous démonter physiquement et mentalement, où irions-nous,

Ce serait la bérézina ! Les choses se bousculent dans ma tête, mes mots sont contradictoires

Comme dans la vase à canards du bois de Vincennes où le zoo est encore fermé

Pour restauration réparatrice vu la vétusté des lieux accumulés le long des ans.

Qu’est-ce qu’apprendre ? Apprendre, voilà un concept erroné, fait pour engluer

L’ensemble de cette population avide de soumission, au complexe d’infériorité

Si naturel à la condition humaine. Complexe d’infériorité vécue dès le plus jeune âge,

Car jamais, vous m’entendez, jamais vous n’en saurez autant que vos aînés,

Vos putains de professeurs assermentés.

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L’école ne servait plus à rien…

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Elle était allongée dans ce lit sans baldaquin, car avec, le tarif de la chambre doublait,

Et ce jour-là, je ne pouvais pas me le permettre ; ce détail n’avait nullement dérangé

Notre relation idyllique, nous voguions un bonheur parfait dans ce cadre magestueux.

Seulement voilà, je me devais de lui dire la vérité : j’avais des tracas, des tracas d’argent.

Intelligente, elle se redressa calmement apparemment, mais je sentis immédiatement

Qu’elle ne s’attendait pas à ça, pas du tout. … Mais alors l’héritage de ton père mort

Dans un accident de voiture avec une assurance méga, c’était quoi ?

Des problèmes financiers, tu en as de bonnes, toi, ce matin !

C’était juste après le petit-déj. pris à la terrasse de la chambre et donnant sur la cour,

Pas sur la mer, c’était plus cher aussi… Je lui avais dit bien sûr des conneries,

Qu’aurait-elle fait si elle avait su la vérité tout de suite ?

La tête haute, maman peut disserter aussi honorablement que n’importe lequel

De ces Universitaires, qu’elle n’est pas, je vous rassure. Voilà la vraie révolution,

Aider la pensée à s’articuler autrement, librement. Nous aurons tout le loisir de parler plus tard

De notre société de consommation, mais je lis au paragraphe des Universités, les nombreuses

Critiques négatives d’Illich, les accusant de former, d’éduquer ses futurs cadres

À devenir principalement les clients de premier plan du capitalisme.

Je ne souffre pas de cette chose-là mais de son contraire : que des gens ne puissent pas

Consommer, à minima du moins, c’est ça le problème. Et puisque nous sommes sur ce thème,

Voyez le choix de vie d’Albert Cossery, dont je commence la lecture d’un livre

Lui étant consacré : « Monsieur Albert Cossery, une vie ». Lui, a fait le choix de la pauvreté

En allant s’installer dans une petite chambre d’hôtel à Saint-Germain-des-Prés pour y vivre

Pendant 56 années. Sur l’école, je relève cette charmante question qu’on lui pose :

« Vous n’y aviez pas été un élève très assidu. Vous ne cherchiez pas à l’être d’ailleurs.

Vous y alliez « à votre guise…Vous pensiez qu’une fois qu’on savait lire et écrire,

L’école ne servait plus à rien. »

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L’auto-stop…

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En dehors de ces chamailleries de gosses, mes vieux amis étaient la bonté même,

Chez eux, ils vous recevaient à toutes heures, faisant tout pour vous satisfaire.

Sur leur table, les meilleurs de leurs produits fermiers vous étaient servis

Et tout ça avec un naturel, une générosité rare dans nos contrées.

Nous étions à cent lieues de ces obséquieuses réceptions de banquiers

Tous intéressés par votre richesse, votre argent et vous recevant avec des arrières pensés,

Des manières à n’en pas finir, de quoi vous dégouter d’être riche. Là, rien de tel,

De surcroit après le repas du soir, on nous offrait une chambre pour la nuit,

Elle surtout, pour qui nous voir partir si tard eut été une contrariété.

Quant à lui, toujours le bon mot à la bouche, le mot rassurant :

À cette heure, vous n’y pensez pas, il y a tant de voyous, de voleurs prêts à tout

Pour vous piller, vous mettre à sac, non, rester donc, demain, à l’aube,

Vous serez plus frais pour continuer votre route.

Elle avait tout juste seize ans lorsque ma voiture s’arrêta pour sauver

Du jeu déplorable auquel les jeunes filles ne devraient jamais s’adonner :

L’auto-stop.

Ce moyen de transport est certes commode, mais les routes sont pleines d’hommes

Tentés par le diable et souvent près à tout pour satisfaire leurs désirs cochons.

Comme je ne suis pas autrement fait qu’eux, j’usais de tous mes atouts

Lors de notre rencontre. Et me voilà à Cabourg, au Grand-Hôtel où jadis Proust

Aimait à chercher autre chose que des jeunes filles en fleurs,

Comme quoi, il y a toujours des exceptions qui confirment la règle.

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