Dans son lit, il faisait trop chaud…

Chemiakine

À peine était-il réveillé, sa dévouée lui apportait une salade de fruits frais,

Qu’il avalait sans trop les macher et alors évidemment le goût de ces aliments,

Pourtant de si bonne qualité, lui paraissait insipide.

Par ailleurs, le couple aimait se dégourdir les jambes en allant faire un petit tour

Dans le jardin. Ils admiraient la beauté de la nature s’épanouissant à merveille

Dans cette propriété dont ils étaient les maîtres et puis au retour,

Madame entrait dans la cuisine et Monsieur s’allongeait comme d’habitude

Dans son transat et admirait ces jeunes personnes travaillant pour lui,

Et s’agitant à toutes sortes d’activités en rapport à ses affaires.

Dans son lit, il faisait trop chaud pour trouver le sommeil, alors notre homme

Faisait mille aller-retour dans la pièce, tel un loup dans sa cage. Sa femme inquiète

Le questionnait sur son mal de ventre insupportable, on y apposa de la glace sans résultat,

Il était indispensable de trouver le bon remède : avaler quelques bonnes nourritures

Calmant l’animal : de la compote de poires dans un bon bol de lait bien chaud,

Aussitôt dit aussitôt fait, servi, enfin apaisé après cet encas,

Il commença à jaser avec sa belle Pulchérie de ses inquiétudes,

Il voyait dans ses rèves leur maison brûler et s’imaginait n’avoir plus rien à manger,

Abandonné sur le bas côté de la route comme tant de gens autour d’eux.

Elle fit un signe de croix pour éloigner le mauvais sort.

Son mari avait souvent ce genre d’obsessions, alors pour le calmer,

Elle lui trouvait des solutions de repli, en cas de feu, nous pourrions toujours

Nous réfugier dans la chambre de la bonne, et si elle brûlait aussi,

Nous serions en droit, mon bon, de ne plus croire en Dieu ! Seulement,

Ni l’humour de sa dame, ni les solutions apportées n’apaisaient ses craintes,

Alors, elle se mettait en colère contre ces fadaises de vieux schtroumpfs,

Elle l’aurait frappé si les convenances l’avaient permis, mais

C’était une femme raisonnable, respectant son conjoint en toute circonstance

Et lui, la voyant ainsi déstabilisée, en son for intérieur souriait, s’amusait

Immobile sur sa chaise, de cette bonne blague qu’il lui avait jouée.

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Tout l’intérêt d’Amélie Nothomb pour la nourriture pourrissante…

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Tout le monde dans cette maison se bâfrait aux frais de leurs maîtres, volait effrontément,

Et se rassasiait plus qu’ils ne pouvaient, quant au surplus, ils le distribuaient généreusement

À leurs bons amis des villages voisins. Par cagettes, les fruits et les légumes

Quittaient la propriété sans jamais se faire arrêter par les propriétaires dont la terre,

Malgré ces pillages, donnait tout ce qu’elle pouvait, et elle n’arrêtait pas d’enrichir

Ces gens par ailleurs fort généreux, gentils, coulants.

Ne voulant pas contrarier le cocher un peu vieux et radotant beaucoup,

Une fois rentrée à la maison, elle ordonna une surveillance accrue à l’égard

Des arbres fruitiers, car elle craignait ne plus avoir de pommes et de poires

Pour dessert à la fin de chaque repas. Pour ce qui concernait la farine, les statisticiens

Prévoyant tout d’avance sans jamais faire d’erreur et les spécialistes décidèrent

De ne pas stocker trop de cette céréale, car chacun doit penser à sa ligne…

Faire le régime était leur obssession pour une santé meilleure, puis également

Faire des économies substantielles à la sécurité sociale de l’époque.

Mais ces gens-là étaient étranges, ils avaient probablement lu

Quelques articles parus dans les journaux depuis des années, faisant valoir

Tout l’intérêt d’Amélie Nothomb pour la nourriture pourrissante.

Comme elle, ils décidèrent de ne garder que la farine moisie ou mouillée par la pluie

Lors des tempêtes mémorables dont tout le monde se souvient encore aujourd’hui.

De la bonne marchandise, qu’en faisaient-t-ils ? Quels étaient leurs commerces secrets ?

Vous le saurez au prochain paragraphe, en attendant, je vous souhaite bon appétit !

Il arrivait à son époux de râler sur certains plats préparés en cuisine,

Mais elle le remettait à sa place ne voulant nullement que l’on mette en cause

Le travail de ses gens de maison et encore moins de ceux de la cuisine. Passif, n’insistant pas,

Il se taisait, et après le dessert, allait faire la sieste pour se reposer de tant d’émotion.

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Cher Sigmund,

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Dans ma tête, ce matin, me tournnaient en boucle ces quelques mots :

 » Si la lecture et l’écriture sont les deux mamelles du bonheur,

Alors pourquoi en sont exclus les pauvres en général ? « 

Ensuite, je me suis rendu dans ma cuisine préparer je ne sais quoi

Et j’en suis resté là pour un bon moment … Cette question, je le sais,

Me paralyse toujours, heureusement pas au point de ne rien faire de la journée.

La veille, j’avais noté sur un post-it : aller faire une visite

Au nouveau musée d’art contemporain de Vitry sur seine, Le MacVal.

L’ouverture était à midi, alors me suis-je dit, j’en profiterai pour déjeuner là-bas,

J’adore les restaurants de ces lieux de la culture. Pas de bol, le resto ce jour-là

Jouait  » fermeture exceptionnelle  » et donc il y avait impossibilité d’ingurgiter

Ne serait-ce qu’un sandwich dans cette maison de béton et de verre…

J’attendrai donc la fin de ma visite pour me nourrir ailleurs.

Tous les arts peuvent et doivent être gratuits.

Un artiste, un vrai, sera toujours content de savoir que ses œuvres sont vues et entendues

Par une majorité de gens, pauvres ou riches, ici ou là-bas, ça fait de la culture pour tous

Et à moindres frais. Je note scrupuleusement les noms de nos élus qui ont voté cette loi,

Promis, juré, ils peuvent compter sur moi pour voter pour eux.

Honte à tous ces représentants du peuple, honte à l’état d’avoir permis

Une telle stupidité, faisant maintenant que partout dans toutes les familles

La suspicion peut s’installer au point de regarder l’autre du coin de l’œil

Celui qui fait ce qui est interdit sur internet et qui risque de nous mettre

La police à nos trousses alors que nous ne sommes coupables de rien,

Nous payons nos impôts, nous travaillons, nous baisons normalement,

Alors faudra doubler de vigilance à la maison comme en terre ennemie

Et ceux qui voudront faire les petits malins on les donnera aux services adéquats

Avant qu’ils ne nous coupent ce cordon ombilical dont on est tous addicts.

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Et d’amours interdits…

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Un jour, elle voulut inspecter tout cela. Comme on la respectait beaucoup,

On lui prépara le moyen de transport le plus confortable pour l’y emmener

Avec de la musique pour atténuer le bruit des galops de ces chevaux trop lourds

Pour cette besogne. Ça grinçait de toute part tant la carlingue avait connu de guerres

Et d’amours interdits, et si l’on avait voulu traverser une ville d’une manière anonyme,

Il était préférable de prendre ses jambes pour tout moyen de locomotion.

Traversant la forêt, ses suspicions maintenant avaient trouvé leurs raisons d’être,

Ces voyous de pauvres avaient décapités les chênes magnifiques et séculaires de son enfance.

Sur un ton innocent, elle s’adressa à Nithchipor :

– Pourquoi ces arbres sont-ils devenus si clairsemés ?

Le bonhomme la regarda étonné : -Comment vous ne saviez pas, ils ont disparu

Du fait des intempéries dues au réchauffement climatique dont tout le monde parle

Sans savoir comment faire pour remédier à cette catastrophe naturelle.

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La nostalgie…

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L’homme avait toujours l’oreille attentive aux maux des autres,

Les encourageant même à formuler leurs désirs, leurs besoins, leurs volontés.

Malgré son grand âge, il ne disait jamais qu’hier était meilleur qu’aujourd’hui,

La nostalgie donnant vers le repli sur soi n’étant pas son genre, il écoutait plutôt

Très attentivement les discours de chacun avec attention, bonté et humilité.

Nos vieillards habitaient un petit logis bas de plafond, un feu allumé en permanence

Les chauffait, car avec le temps, ils devenaient frileux.

Prévoyants, ils avaient une réserve de paille impressionnante dans une pièce

Affectée à cet effet, mais pour éviter de perdre le bénéfice de leur bonne chaleur,

Ils n’ouvraient que trop rarement les portes et les fenêtres de leur logement pour aérer :

Leur univers devenait de plus en plus étouffant et dangereux pour leur santé.

Des tableaux anciens étaient accrochés aux murs, dont deux portraits représentaient

L’un un homme d’Église et l’autre un homme d’État, puis des dessins un peu partout

Décoraient la modeste demeure de notre petite famille. Curieusement,

Leur chambre rassemblait une multitude de caisses contenant un bric-à-brac pas possible

Récupéré ici ou là, et puis des sacs de semences à planter un jour ou l’autre dans leur jardin.

Des maîtres aux serviteurs, des préparations culinaires nourrissaient l’ensemble

Des gens de la maison, qui, pour les remercier, friponnaient sans vergogne les uns les autres

Dans les champs à tel point qu’il était difficile pour Pulchérie d’y aller sans avertir

Longtemps avant son arrivée… À la vérité, tout le monde, se sentait comme chez lui ici,

Et non chez des patrons. De la lutte des classes, les basses gens de notre domaine

N’en avaient cure, ils faisaient ce qu’ils voulaient et même parfois ne savaient

Où placer les limites, usant et abusant de la gentillesse de leurs seigneurs trop laxistes,

Ils profitaient du bois abattu des arbres pour construire leurs propres maisons dans des coins

Bien tranquilles, loin de tous, créant ainsi du bonheur à leurs familles sans frais.

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Ces gens de bas étage…

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Le dos courbé par l’âge, l’homme aimait être assis, le sourire toujours aux lèvres,

Écoutant son amie lui raconter des histoires, venant de lui peut-être d’ailleurs.

Jeune femme plutôt sérieuse, mais dans ses yeux on pouvait y lire tant de bonté,

Toujours prête à rendre service ou à donner ce qu’elle avait de meilleur.

Les rides marquées sur leurs visages révélaient leur vie calme, ils me faisaient penser

À Pierre et Marie Curie, ce couple extraordinaire à qui nous devons aujourd’hui

De vivre plus longtemps… Ils n’étaient pas comme ces gens de bas étage

Sautant comme des sauterelles sur les emplois publics pour devenir à vie

Des fonctionnaires extorquant jusqu’au dernier sou les impôts des pauvres travailleurs

Que nous sommes, tout en nous narguant d’avoir réussi là où nous avons échoué.

Vous l’avez compris, nos deux amis ne ressemblaient pas à ces odieuses personnes,

Ils ne se tutoyaient pas, se disaient vous, vous ceci, vous cela,

Faute d’enfants, ils avaient concentré toute leur tendresse sur eux-mêmes.

Lui, comme tout le monde, avait fait son service militaire, puis s’était marié à trente ans.

C’était un beau garçon, toujours bien fagoté, mais pour l’épouser il fallut l’arracher

À sa famille qui ne voulait pas de lui. Heureusement,

Tout cela s’est effacé de leurs mémoires, au point de n’en parler jamais…

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Patrons…

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Devant, une terrasse couverte protégeant de la pluie, du soleil et du vent,

Derrière, des arbres fruitiers plantés sur un parterre d’une pelouse verte. Un sentier mène

Du cellier à la cuisine, de la cuisine au logement des patrons, quelques animaux

Piaillent en choeur dans cette cour où la vie va son petit bonhomme de chemin.

Près d’une grange, un boeuf se vautre près d’une charette pleine de melons.

Tout cela a pour moi un charme fou… Pourtant, il n’existe maintenant

Que dans ma mémoire. Je me souviens des chevaux s’arrêtant devant la maison

Avec tous ces gens de campagne à notre service, nous respectant plus qu’il ne fallait

Parce que nous étions riches, et eux pauvres. Je m’abandonne souvent à ces rêveries,

Me retourne en arrière comme dans un film pour mieux y voir mon passé.

Je revois leurs visages humbles, bucoliques. Je ne peux oublier ces deux petits-vieux

Ancrés dans ma tête, j’éprouve un serrement au coeur parce qu’ils ne sont plus là,

j’imagine leurs maisons abandonnées recouvertes de ronces et de mauvaises herbes…

Ils étaient la bonté même, dans le village on les comparaissait à Philémon et Baucis,

Qui dans la mythologie grecque accordèrent l’hospitalité à Zeus et à Hermès

Déguisés en voyageurs, alors que leurs voisins les avaient rejetés.

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