À Grizac…

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C’est un couple de paysans avec leurs préoccupations, mais comme ils sont trop vieux,

Ils envisagent de céder « l’affaire » à quelqu’un d’autre, à un jeune.

Plan suivant à Grizac, un homme nous reçoit chez lui, il a un pansement à l’oeil droit,

Nous sommes dans sa vieille cuisine, il boit son café…

Je descends d’une des plus anciennes familles de Bretagne, sans pour autant faire parti

Des plus élevés dans le rang des seigneurs de ce pays de cocagne.

Mes ancêtres donnaient dans la chevalerie, ils signaient  » Ducs de Bretagne « 

Dans les actes notariés retrouvés. Des chercheurs ont voulu savoir qui étaient

Ces gens de ma famille. Ils trouvèrent beaucoup de morts évidemment, mais aussi

Qu’ils étaient propriétaires d’un nombre considérable de terres. Ils trouvèrent assez

D’éléments fiables pour élaborer une généalogie la plus complète.

Je vous passe leur histoire avec un grand H, ils en ont rempli les livres

De nos écoles et de nos bibliothèques, car ils ont survécu aux ouragans de la révolution.

Il y eut des tas de problèmes, ils s’arrachèrent même les yeux pour des questions

De successions, ils en arrivèrent même à des conflits d’armes.

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Je m’en fous…

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Je me considère appartenant à mes lecteurs et mes succès littéraires

Dus à mon écriture acerbe dénonçant les hommes et leurs comportements,

Ce qui me valut beaucoup d’ennuis et d’ennemis, et de cela, que voulez-vous,

Je n’en suis pas maître, et puis je m’en fous. Par contre, je ne peux m’empêcher de penser

Que tout homme ayant joué un rôle important dans le monde doit laisser des traces

De son passage personnel. Je vais essayer honnêtement, à la hauteur de mes discours,

De me montrer comme je suis, évitant le mensonge, je dirais toute la vérité sur mes idées,

Sur mes sentiments. Je commencerai à parler de ma famille, de mon père

Dont le caractère a été déterminant dans la construction de ma personnalité.

Dans les Cévennes les gens parlent deux langues : l’officielle et celle du pays.

Raymond Depardon tient la caméra, deux personnages sont là dans une étable

Vide désaffectée, elle me fait penser à des abattoirs, à des camps de concentration,

Ils évoluent sur leur territoire, c’est ça leur vie, leur lien au monde.

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Le feu au sein…

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Je n’écrirais jamais l’histoire de ma vie, il y a eu tellement de gens l’ayant fait

Avant moi et le feront après, que cela me paraît relever d’un plaisir douteux.

Parler de soi à la première personne pour y dire des secrets

Pouvant mettre le feu au sein des familles, merci, trop peu pour moi !

Me voilà en train de poser les premiers jalons de mes histoires toutes personnelles,

Et pour ne pas avoir honte de mes contradictions, je dois m’imposer quelques règles,

Et d’abord parler de ma vie privée. Je me rends compte de ce que je n’ai jamais été heureux,

Je n’ai jamais atteint le bonheur, et pourtant, ce n’est pas la persévérance qui a fait défaut,

Mon âme à l’ardeur si naturelle, que cherchait-elle dans le fond ? J’ai fait peu état de moi,

Et si je me suis beaucoup exprimé dans mes écrits, à chaque fois je créais des personnages

Pour mieux me cacher dans leurs jaquettes feutrées. Aujourd’hui, vieux, j’éprouve

Le besoin de revenir aux sources, au temps de ma jeunesse, et dans cette introspection

J’espère découvrir les lambeaux d’une vie bien remplie.

Je visiterai ces gens m’ayant accompagné dans la joie ou dans la peine …

Je laisserai de côté le milieu où je vis, dont je me sens de plus en plus étranger.

Faire ce travail me permettra de prendre de la distance face à tous mes anciens écrits

M’apparaissant maintenant très pénibles à relire. Aujoud’hui,

Je veux trouver du plaisir à raconter mes sensations quand je suis éveillé ou en sommeil.

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Chapitre 48

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Les premières images de ce film représentent une route, nous sommes en voiture

Et allons visiter des paysans, du moins c’est là notre projet.

Cela se passe en Lozère, dans le centre de la France.

La première dame convoquée pour le film est âgée, elle invite au respect,

Je ne sais pourquoi je vous dis ça ? Ce doit être ses cheveux blancs.

Elle vient s’asseoir sur sa chaise en osier posée là devant cette table à la toile cirée.

Un poêle à charbon et un canapé composent un coin séjour au centre de cette cuisine rustique.

La vieille dame a quatre-vingt-cinq ans, veuve, elle vient de perdre son fils Roger,

Soixante ans, agriculteur, mort de la maladie de Charcot. Aujourd’hui, elle attend

Son voisin pour parler en occitan avec lui. Succession de plans fixes, l’homme est là,

Tous deux posent leurs coudes sur la table et conversent tranquillement,

Mais leurs paroles ne sont pas reconnaissables pour le quidam que je suis,

Pourtant nous sommes bien en France…

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http://art-psy.com/notes.docx

http://art-psy.com/notes.docx4

J’ai longtemps proposé de ne jamais noter un devoir,

Ne jamais juger un autre que soi, ne jamais évaluer quiconque,

Et de toujours s’intéresser à la production d’un enfant, et à l’aider à voir le bon côté des choses,

À avancer un peu plus loin… N’est-ce pas cela la fonction première de toutes œuvres,

Livresques ou de tous autres médiums,

Nous rendre plus intelligent, et pourquoi pas plus heureux ?

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Une société sans école…

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Revenons à « Une société sans école » d’Ivan Illich. Mes poils se hérissent :

Comment peut-on envisager un tel retour en arrière lorsqu’on voit ces sociétés

Où les gosses sont livrés à eux-mêmes et se trouvent dès le plus jeune âge à devoir travailler,

Souvent pour nourrir leurs familles. De toute urgence, ce qu’il faudrait pour l’ensemble

De notre vaste monde, c’est abolir la misère… Vaste programme ! Illich insiste beaucoup

Sur le fait que l’école nous prépare à devenir de bons consommateurs, alors qu’elle est sensée

Former le jugement critique. Il préconise, face à cette force provenant de la vie familiale,

De l’armée, des services de santé, des médias… d’en sortir par soi-même. Curieusement,

Pour ma part, je n’abonderai pas dans ce sens, car cette société de consommation

Ne me révolte que parce que beaucoup trop d’hommes et de femmes en sont exclus,

Mais ça, je vous l’ai déjà dit. Mais lui ne décroche pas d’un iota :

« Il faut comprendre que si l’on veut s’affranchir de la consommation envahissante,

On doit d’abord se libérer de l’école obligatoire. Nous sommes tous prisonniers

Du système scolaire et notre effort pour nous libérer de cette école

Fera apparaître des résistances à renoncer à la consommation ».

Notons ce parallèle qu’il fait obsessionnellement : école/consommation.

J’ai du mal à comprendre là où il veut en venir en jetant en bloc cette institution,

Mais plus j’avance dans cette lecture, plus je m’oblige à penser ce qu’il me propose,

Même si je ne suis pas toujours d’accord avec lui. L’école, n’est-ce pas ce lieu effrayant

Où tant d’échecs scolaires ont entrainés, depuis des décennies, tant de catastrophes,

Accouchant un monde d’hommes frustrés de n’avoir pas été reconnus lorsqu’ils étaient

Encore enfants, encouragés à aimer la vie, aidés à comprendre le monde en marche,

À faire la part de ce qu’ils vivaient à l’intérieur comme à l’extérieur de l’établissement.

Inlassablement nous devons penser, chercher, chercher, et peut-être trouver ?

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Comprendre les Américains…

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Je ne suis pas fait pour comprendre les Américains, et madame Arendt en particulier,

J’en veux pour preuve cette simple phrase :

« … pour préserver ce qui est neuf et révolutionnaire dans chaque enfant,

L’éducation doit être conservatrice, elle doit protéger cette nouveauté et l’introduire

Comme un ferment nouveau dans un monde déjà vieux… ». Que voulez-vous, je n’y peux rien,

Pour moi ce genre de littérature c’est de l’hébreu. Je ne sais pas si cela est spécifique

Aux philosophes, mais il m’est apparu parfois, au cours de mes lectures, de croiser des phrases

Comprenant une idée et son contraire. C’est probablement une technique de penseurs avertis ;

Pour ma pomme, c’est du foutage de gueule, et ça madame, ça m’emmerde pas mal,

Car je perds mon temps toujours à essayer de trouver une cohérence à l’idée exprimée…

Si j’avais suivi le « cursus normal » des études normales, je n’en serais pas là aujourd’hui.

Mais, où en serais-je ? Fin d’Hannah Arendt.

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Mes cheveux gris et mes jambes flageolantes…

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Le renouveau ne peut advenir que de la part des « jeunes », mais ce sont toujours

Les anciens qui tiennent les bâtons de la loi, doigts pointés autoritairement

Sur le chemin à suivre que l’on connaît, et surtout pas celui du nouveau, celui du hasard.

Écrivant ces mots, je ne peux cacher mes cheveux gris et mes jambes flageolantes,

Plus que la moyenne des hommes en général à cet âge-là, je n’ai plus la force du corps,

Curieusement, persiste en moi une tranquille jeunesse nourrissant chacun de mes instants.

« Éduquons les enfants et profitons-en pour éduquer leurs parents », voilà l’objectif

De l’Amérique plurielle, ouverte à tous, puisqu’un Nouveau Monde s’édifiait.

« Ce qui distingue chaque être humain des autres est qu’il n’est pas un étranger dans le monde,

Mais « quelque chose » qui n’a jamais existé auparavant ». Peut-on imaginer l’enfant,

Ce nouvel arrivant parmi les vivants, comme quelque chose qui n’a jamais existé ?

Cette formule est bien sympathique, mais n’est-elle pas issue de la culture Judéo-Chrétienne,

De l’idée positive que l’on se fait de l’autre, c’est-à-dire de Dieu ? J’ai trop peur

Qu’en orientant l’objectif de notre attention de ce côté-ci, nous ne perdions notre temps

Et surtout évacuions l’essentiel qui est que l’enfant a besoin d’être écouté, entendu et respecté.

Installé à la terrasse du Rostand, café situé face au jardin du Luxembourg,

J’essaie de lire, de saisir les idées d’Hannah Arendt. À gauche et à droite de moi,

Les gens parlent, draguent, ce qui est tout à fait légal en pareil endroit, alors je fais un effort

Pour soutenir mon attention, j’y arrive, mais ne comprends pas grand-chose aux mots

Défilant devant mes yeux grands ouverts. Cela n’est pas important, si une phrase

Me convoque, je saurais y répondre, sinon, demain je reprendrais paisiblement mon ami fidèle

Ivan Illich sur lequel je travaille maintenant depuis plus de quatre mois.

« Le monde est fait par des mortels, il s’use et parce que ses habitants changent

Continuellement, il court le risque de devenir mortel comme eux »…

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N’être pas grand-chose…

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On se mit à l’écart des autres personnes présentes pour prier dans une chambre

Avec une calotte sur la tête, la sienne était noire, la mienne blanche.

Le livre de prières à la main, il commença à lire à haute voix et moi après lui,

Je devais répéter bêtement ces mots en hébreu que je ne connaissais pas du tout.

Je pris conscience de n’être pas grand-chose devant cette mascarade,

Je ne pouvais pas dire non, refuser de faire ce qu’on me demandait :

Je n’étais pas encore un homme puisqu’impuissant devant cette tache à exécuter,

Comme un perroquet, je suivais le mouvement de ses lèvres pour dire à peu près

Les mêmes mots avec les mêmes intonations, c’était grotesque.

Pendant un court instant mon esprit s’en allait. Par la fenêtre je voyais

Des gens aller, des gens venir, mais il importait de rester toujours dans la prière,

Car c’était la seule façon que j’avais, d’après les dires de mon oncle,

De faire quelque chose pour mon père. Je dois reconnaitre à sa décharge,

Qu’en effet cet acte commun à toutes les religions apporte du soulagement

Même si la terre tremble sous vos pieds, même devant la pire des situations…

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trois comprimés de Di-Antlavic…

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Il avait l’air satisfait de me voir grand parmi les grands de la famille,

Il fit même quelques commentaires sur mon intelligence et mes bons sentiments,

D’après lui je me comportais en garçon responsable devant les hommes

Mais aussi devant Dieu bien sûr. Après avoir parlé ainsi avec moi,

Il se sentit un peu mieux, il était arrivé à occuper ce temps-là où l’angoisse

L’aurait emporté, l’aurait rendu malade. Mon père partait et lui non, alors

On devait prier pour qu’il revienne bientôt, seulement au son de sa voix,

J’avais l’impression qu’il partait pour toujours et que jamais nous ne le reverrons.

Sa tristesse révélait son visage des mauvais jours, miné en profondeur et aussi pâle

Qu’un lépreux en phase terminale, j’en fus terrorisé, mais il me fallait sortir de ce trou

Dans lequel il me mettait, ce gouffre d’angoisse, d’angoisse et de mort.

J’ai toujours voulu être dans un processus créatif, pas seulement pour me dire

Voilà je suis capable de faire ça, mais derrière chacun de mes projets,

Il y a, en arrière-fond, une volonté pédagogique. Mais, puisqu’il m’était impossible

De continuer à peindre ou à écrire en cette période où ma vie commençait à flancher,

Je devais m’accrocher à quelque chose pour continuer à créer.

Un idée m’est venue alors, un exercice à essayer :

Regarder un film et mettre des mots au fur et mesure du déroulement des images,

Je profiterai de l’arrêt sur image possible grâce à la télécommande, pour prendre

Tout mon temps pour rédiger et ainsi jeter sur le papier les mots me venant comme une bouée

À un désespéré en plein naufrage. À ce moment-là, je n’étais pas sûr de m’en sortir,

De retrouver mes esprits et ma force de vivre…Je ne pensais pas encore

À ces quelques milligrammes d’opiacés contenus dans trois comprimés de Di-Antlavic.

Pour cet essai littéraire de survie, j’ai choisi le film de Depardon : « Profils Paysants ».

C’est ce texte que je vais vous donner à lire maintenant et à cela

S’ajoutera un autre projet, l’ébauche d’une pièce de théâtre.

Ces deux exercices se mêlaient dans ma tête, car rien ne pouvait

Se construire raisonnablement, il me fallait papillonner plus qu’à l’habitude…

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